Les Louves de Silvana Minchella

Les Louves de Silvana Minchella

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Débézed, le 25 mars 2013 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 71 ans)
La note : 8 étoiles
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Femmes de feu et d'eau

Les Louves, des femmes qui ont souffert dans leur chair, dans leur corps, dans leur sexe, dans leur cœur et dans leur âme, se rebiffent sous la plume de leur chef de meute, la narratrice, qui n’est peut-être autre que la réunion des ses diverses femmes en un seule : une jeune Italienne du sud, mariée, trop tôt, de force par son père, à un homme âgé, un peu dérangé, moins pauvre que lui, qui honore sa jeune épouse comme un animal monte sa femelle, une femme habitée par ses contradictions cherchant ses émois de jeunesse dans le corps d’une jeune amoureuse récemment décédée, une femme qui croit en la réincarnation, une femme qui pense que notre monde se prolonge probablement ailleurs.

A travers quatre récits très différents, qui peuvent, en s’assemblant comme les pièces d’un puzzle, raconter l’histoire des femmes, celles que Silvana aurait connues ? Probablement ; l’histoire de la femme qu’elle est aujourd’hui ? Peut-être aussi ; l’histoire des femmes maltraitées, humiliées, considérées comme du bétail en Italie du sud, pas très loin du pays décrit par Carlo Levi. Un texte pour dire le malheur de ces femmes, leur triste condition, leur soumission de bêtes de somme et d’animaux reproducteurs dans une société patriarcale, superstitieuse, inculte, soumise à la religion et à l’aristocratie terrienne. Le Christ semble bien s’être arrêté à Eboli.

Mais la révolte sonne et les Louves montrent leurs crocs et leurs griffes, elles veulent sortir du cycle rituel : soumission, interdit, désir insatisfait, révélation hors des lois sociales, religieuses et familiales, punition, vengeance. Elles veulent avoir droit au plaisir et à la liberté de l’esprit, du cœur et du corps, elles sont prêtes à remonter le temps pour retrouver la jeunesse, l’effervescence des sens, en refusant le temps qui passe, l’échéance inéluctable. Elles croient en la réincarnation, la possibilité d’un autre monde, d’un monde ailleurs rendant la mort beaucoup moins définitive et laissant l’espoir de vivre encore … ailleurs … autrement.

Un texte dur qui évoque l’Italie du sud, celle de Carlo Levi, avec ses sols rocailleux et son soleil accablant, un texte qui raconte un peuple austère, sévère, surtout avec les femmes, qui fait passer sa dignité et son image avant toute autre chose, un texte où la mort est omniprésente, inquiète, fait peur, mais les Louves la contournent en croyant à autre chose, à un autre monde où le droit au plaisir, le refus de toutes les conventions religieuses, sociales, ethniques, familiales… la liberté du cœur, du corps et de l’âme seraient les seules conventions.

Entre le confort de la fidélité et l’extase du plaisir, entre la satisfaction du cœur et l’effervescence du corps, Silvana hésite, «cachant sa vulnérabilité sous un maquillage étudié », elle balance, mais elle ne veut pas croire au hasard, la vie est programmée, organisée, tout est prévu. Peut-être ? On dirait cependant que ce petit livre est empli d’une douleur longtemps tue, d’une frustration jamais oubliée. Silvana, l’eau de tes yeux, celle de l’aigue-marine, n’éteindra jamais le feu qui brûle dans tes mots.

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