La servante et le catcheur de Horacio Castellanos Moya

La servante et le catcheur de Horacio Castellanos Moya
(La sirvienta y el luchador)

Catégorie(s) : Littérature => Sud-américaine

Critiqué par Septularisen, le 18 mars 2013 (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 51 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (21 531ème position).
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48 HEURES À SAN SALVADOR, EN PLEINE GUERRE CIVILE!..

San Salvador, capitale du Salvador en 1979-1980, nous vivons les signes avant coureur de la guerre civile qui va ravager le pays pendant plus de 12 ans (1980-1992) et faire plus de 100.000 morts. L’extrême gauche et la guérilla armée luttent contre la junte militaire de droite.

Le héros (ou devrais-je dire un des héros du livre puisque comme souvent chez CASTELLANOS-MOYA le roman est polyphonique et nous présente le point de vue de plusieurs personnages…) est un ancienne «star» du catch, surnommé «Le Viking» (comme souvent aussi dans les livres de l’écrivain à aucun moment on ne saura le vrai nom du personnage…), il vit dans la nostalgie de son passé glorieux, mais n’est plus aujourd’hui qu’un vieil homme malade du cancer et un policier, un tortionnaire, au service de la junte militaire en place, qui font régner la terreur parmi la population civile.

Un matin on lui ordonne de participer à une rafle. Avec quelques collègues ils enlèvent un jeune couple dont ils ignorent tout. Direction les cachots du «Palais noir» le sinistre quartier général des paramilitaires, où torture, humiliations et viols sont monnaie courante… Et plus spécialement, la salle dite «l’Opéra» (appelée ainsi par les paramilitaires car les prisonniers y «chantent» tous ce qu’ils ont à dire…) et où des «Découpeurs» sont chargés à coup de machette de «faire parler» les prisonniers…

Ce faisant, il vient d’enlever les nouveaux patrons de Maria Elena, Brita (d'origine Danoise) et Albertico, qui venaient juste de rentrer au pays. La vieille servante se rendait chez eux pour faire le ménage. Maria Elena modeste femme de ménage au service de la famille des deux jeunes depuis des lustres décide de chercher le Viking (qui lui avait jadis fait la cour) et de lui demander son aide pour découvrir ce qu’il est advenu de ses nouveaux employeurs. L’espace de deux journées leurs deux destins (et ceux de la famille de Maria Elena), ne vont pas cesser de se croiser et de se recroiser, le drame national va devenir leur drame familial, et ils vont, par la force du destin, devenir, chacun, l’alter ego de l’autre…

Le livre comporte de quatre chapitres d'inégale longueur et un très court épilogue. Dans chaque chapitre, le point de vue d’un personnage domine, sans toutefois être exclusif. Celui du Viking, dans le premier chapitre, puis celui de Maria Elena la servante, puis celui de son petit-fils, Joselito, (et non pas Joselita, comme on peut le lire à la page 136, «bravo» à M. le correcteur pour avoir "bien fait" son travail, en passant…) et enfin à nouveau celui de Maria Elena.

Les descriptions et les dialogues sont sans métaphores, et sans digressions, directs et parfois très très crus. Les réflexions des personnages sont décrites avec une vertigineuse précision, comme leurs gestes et ce qu’ils font d’une manière minutieuse, presque clinique. La psychologie des personnages est très bien décrite et on apprendra au fur et à mesure du récit que mêmes les personnages secondaires (la grosse Rita, le Chicharron, le gros Silva… ) ont leur importance.

L’écriture de CASTELLANOS-MOYA est toujours pareille à elle-même, belle, neutre, rapide, nette, nerveuse, tranchante, envoûtante et remarquablement sobre. Il ne nous passe rien, ne nous épargne rien. Il nous plonge dans la «fange» de l’humanité en nous décrivant les choses, les plus petites, les plus insignifiantes, les plus absurdes, le plus sordides, du quotidien d'une guerre civile...
Bien que ne nous décrivant aucune scène "très dure" directement, (il n'y a p. ex. pas de scène de torture...) l'auteur ne nous épargne rien de toute l'horreur d'une guerre civile... Certains passages font littéralement froid dans le dos!.. (Ce livre n’est d’ailleurs pas sans rappeler d’autres livres du même auteur, comme «Déraison», ou «L’homme en arme»…). Il nous décrit par les menus détails, la vie des «petits gens» plongés malgré eux au cœur d’une guerre civile qui les dépasse, les phagocyte, les étouffe peu à peu, et dont le seul but est d’essayer, malgré tout, de vivre, de survivre...

Horacio CASTELLANOS MOYA, (actuellement enseignant dans l’Iowa aux Etats-Unis d’Amérique), après avoir été édité chez "Les Allusifs" arrive maintenant chez "Métailié". Nouvelle maison d’édition, nouveau traducteur, mais, et je dois le reconnaître, avec toujours autant de talent!...

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Les éditions

  • La servante et le catcheur [Texte imprimé] Horacio Castellanos Moya traduit de l'espagnol (Salvador) par René Solis
    de Castellanos Moya, Horacio Solis, René (Traducteur)
    Métailié / Bibliothèque hispano-américaine
    ISBN : 9782864248965 ; EUR 18,00 ; 17/01/2013 ; 235 p. ; Broché
  • La servante et le catcheur [Texte imprimé] Horacio Castellanos Moya traduit de l'espagnol (Salvador) par René Solis
    de Castellanos Moya, Horacio Solis, René (Traducteur)
    Métailié / Suites (Paris)
    ISBN : 9791022604437 ; EUR 10,00 ; 03/09/2015 ; 237 p. ; Poche
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Brutalité policière au Salvador

8 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 63 ans) - 5 juillet 2013

Ce roman de Moya a pour thème principal la brutalité policière au Salvador pendant la guerre civile à la fin des années 1970. Un jeune couple est arrêté par la police alors qu’il était sorti faire des courses. Leur servante, une amie de longue date de la famille, s’inquiète de trouver la maison vide. Elle interroge l’entourage et apprend leur arrestation. Dès lors, elle entreprend une enquête afin de savoir ce qu’ils sont devenus et surtout, s’ils sont encore en vie car les méthodes de la police salvadorienne ne laissent pas beaucoup d’espoir en ce sens.

Un livre terrible, hallucinant, comme seul Moya est capable d’en écrire. Je suis une inconditionnelle de cet écrivain. Je trouve ses romans bien construits, réglés comme une machine bien huilée où tout s’enchaîne et rien n’est laissé au hasard. Les personnages sont toujours très typés en particulier les hommes vieillissants aux prises avec la maladie et dont la mort approche inexorablement. C’est le cas du « Viking », un ancien catcheur reconverti dans la police et dont la brutalité est au diapason de ses collègues. Mais le Viking n’en a plus pour longtemps, tout le monde le sait et personne n’ose le dire. Moya décrit avec force détails répugnants l’agonie lente et douloureuse du vieil homme souffrant d’un ulcère et dont les douleurs terribles viennent le torturer et l’empêchent de plus en plus d’accomplir son travail correctement. C’est un personnage très fort, qui malheureusement, s’efface lors de la deuxième partie du récit. Par contre, j’ai moins aimé la servante, un personnage assez terne et décevant.

Je ne m’attendais pas à un roman à l’eau de rose mais je dois avouer que j’ai été souvent choquée par les scènes de viol et de liquidation dont les policiers se rendent coupables presque à chacune de leurs opérations. La fin est du grand art, du Moya dans toute sa splendeur. Pas le meilleur mais j’ai lu sans pouvoir m’arrêter tellement le rythme du récit tient en haleine du début à la fin.

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