Une mère
de Marie-Christine Arbour

critiqué par Libris québécis, le 10 février 2013
(Montréal - 82 ans)


La note:  étoiles
Le Marché des coeurs à vendre
Après avoir été une banlieusarde de Laval, fière d’être mariée à un homme qui a réussi dans la vie, Madeleine se retrouve, du jour au lendemain, seule avec sa fille Caroline, la narratrice, dont elle a la garde. Sa situation n’est pas unique, mais elle n’en est pas moins accolée à la pauvreté.

Pour contrer la panade, elle est prête à tous les sacrifices pour survivre au rejet dont elle est victime. Elle parcourt, comme une agente immobilière, le marché des cœurs à vendre. Le succès de l’entreprise repose sur l’apparence. Sa victoire contre les rides et les poignées d’amour lui mérite un second mari, un notaire avec qui elle vit les affres d’une famille reconstituée. C’est encore l’échec qui la projette finalement dans les bras d’amants d’infortune. En fait, Madeleine ne conçoit son existence qu’en menant une vie de couple, consentante même à sacrifier l’icône maternelle traditionnelle. Elle s’éprend d’un Américain, avec qui elle mène la vie primitive des hippies. Comme les privations pécuniaires ne sont pas son fort, elle continue d’essayer de réintégrer le rang des femmes bien argentées.

Sans concession, Marie-Christine Arbour décrit la géhenne qui attend la femme rejetée par son mari au profit des jeunes corps. Un enfer qui étale avec pudeur les tripes des personnages dans de longues associations de mots du plus bel effet. Bref, à travers des envolées lyriques surannées qui s’égarent dans des champs sémantiques vaporeux, le roman présente une femme mûre, incapable de s’imposer comme égérie.