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Plus vrai que vrai !
Dans une édition de 1931 de « L’âne rouge » Simenon met ceci en note : « Pendant plusieurs années, j'ai écrit des romans populaires, à raison de quatre-vingts pages dans la journée. Puis j'ai connu, avec les Maigret, une production presque personnelle. Encore fallait-il chaque fois un cadavre, une enquête, des suspects, un coupable. Un jour vint, enfin, où il me fut donné d'écrire à ma guise, sans souci d'une collection ou d'un public déterminé. J’étais donc maître de mon histoire et de mes personnages, de ceux-ci surtout, qu’il m'était loisible de prendre dans la vie et non plus dans le magasin aux accessoires de la littérature alimentaire. Pendant les mois qui suivirent, je ne me lassai pas de créer des hommes qui ne devaient l’existence qu'à moi seul et que je lançai dans l’espace avec un ravissement mêlé d’un peu d'effroi. »
Dans « La Marie Du Port » manifestement Simenon s’en donne à cÏur joie et libère vraiment tout son talent.
L’histoire est assez simple. Elle se passe à Port-en-Bessin, petit port de pêche pas bien loin du Cotentin et de Cherbourg. Le capitaine Le Flem est décédé et c'est le jour de son enterrement. Nous lui découvrons cinq enfants, mais seules l'aînée, Odile, et la seconde, Marie, vont jouer un véritable rôle. Odile a quitté Port-en-Bessin pour aller à la grande ville qu'est Cherbourg. Elle y est devenue la maîtresse du patron du café restaurant dans lequel elle travaille. Marie décide de rester au village et se fait engager dans un des bistrots le long du quai.
Odile est venue pour l’enterrement accompagnée de son amant, un homme jeune et fort qui possède une voiture. Elle est plutôt du genre pulpeuse et molle, alors que Marie est sèche, petite, mal fagotée et volontaire.
Chatelard, l’amant d’Odile, est un homme pour le moins sûr de lui, fort de sa réussite, et, à se demander pourquoi, il remarque Marie. Un peu par bravade, il va acheter un bateau de pêche en vente forcée et décidera de le laisser à Port-en-Bessin en y mettant un nouveau capitaine de Cherbourg.
Quelques autres personnages secondaires, comme Viaux père et Viaux fils, les oncles et tantes des enfants Le Flem, les autres pêcheurs, le patron du café et nous voilà plongés dans une histoire à la Simenon, qui va nous prendre tout entier et nous faire vivre dans un autre monde, à une autre époque.
D'où vient tout l'art de conteur de Simenon ? C'est assez simple, encore faut-il être capable de le faire ! Une extraordinaire capacité à décrire des ambiances, des lieux, des odeurs. Et cela en peu de mots, simplement, en ne restant qu’à l’essentiel. Chaque mot pèse son poids et il n'en est aucun d’inutiles. « C’était comme s’il n'y avait eu ni matin, ni midi, ni soir, car tout était d'un même gris de pierre de taille, sauf les moutons sur la mer, qui étaient blancs, et les toits d'ardoises noirs et durs, comme dessinés à l’encre sur du papier glacé. »
Simenon nous crée des personnages tout aussi réels que les paysages. Nous les sentons, les voyons vivre, les comprenons, tellement tout ce qu'ils font ou disent nous paraît naturel, aller de soi. Ici, tout nous semble vrai
Pas de faux-semblants, pas d’effets de style, pas de grands coups de théâtre, rien de trop !…
Nous allons avancer dans l'histoire et dans la psychologie des personnages par petites touches, chacune ajoutant quelque chose aux précédentes. Ils deviendront ainsi, de pas en pas, plus vrais que nature. Tout est là ! Il s’agit d'une lente progressions dans les raisons et motivations de chacun de faire, d’agir et de penser comme il le fait.
C’est avec cet extraordinaire talent que Simenon nous prend par la main pour nous faire vivre avec des êtres et dans un monde que nous ne connaissions pas quelques heures auparavant. En fermant le livre, nous aurons le sentiment d'avoir dû quitter des gens que nous connaissions bien et une région que nous n'oublierons plus, où nous aurons envie de retourner.
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