Sanaaq
de Mitiarjuk Nappaaluk

critiqué par Libris québécis, le 21 janvier 2003
(Montréal - 82 ans)


La note:  étoiles
Vivre en pays inuit
L'auteur est une inuk catholique et analphabète, qui habite le Nunavik, la région arctique du Québec. Elle a écrit son roman en employant les signes phonétiques inventés par les missionnaires pour que les Inuit (singulier : inuk, terme désignant l'être humain) aient des textes dans leur langue, l'inuktitut.
Son oeuvre est avant tout un document sociologique qui renseigne sur les us et coutumes des Inuit. On ne lit pas Sanaaq pour la beauté de l'écriture. L'auteur raconte tout simplement leur vie, qui se traduit par une lutte acharnée pour se nourrir. La chasse et la pêche font partie de leurs activités quotidiennes.
Le phoque compose leur nourriture de base. C'est le bovin de l'Américain. Tout sert dans ce mammifère marin, y compris les nerfs dont on fait du fil pour coudre les vêtements. Son importance a enrichi le vocabulaire de ce peuple. Ainsi un phoque est un ujjuk; mais s'il n'a que la tête hors de l'eau, il devient un puiji et, étendu au soleil, c'est un uutuk. Cette distinction est très utile pour un chasseur averti. On peut comprendre aussi qu'on attache un terme particulier aux moindres bruits, qui sont des guides précieux dans cette immensité blanche pour trouver sa proie ou déceler la présence dangereuse du nanualuk (ours blanc).
Ce roman intéressant découvre surtout l'univers des femmes inuit, qui ne sont pas reléguées dans l'ombre de leurs maris. Elles savent affronter la nature comme Sanaaq, qui sait pêcher des iqaluppiit (omble) et construire un igloo. Cette veuve remariée est une femme forte, capable de défendre son point de vue. Malheureusement,la violence conjugale viendra ternir cette image, mais comme elle origine d'un homme équilibré mais perturbé par la maladie de son fils, le couple pourra continuer à vivre dans l'harmonie.
Malgré cet incident injustifiable, l'oeuvre révèle que les Inuit composent un peuple simple et sain. Ils ont le sens du partage. Les fruits de la chasse et de la pêche sont divisés entre les membres du clan. Si ça sent le bonheur, il ne faut pas croire que les lois de la psychologie ne jouent pas dans l'Arctique. Les dépressions et les succubes s'y donnent également rendez-vous. Heureusement que le roman s'arrête peu après l'arrivée des qallunaat (les blancs), car en un court laps de temps, ils auront eu l'occasion d'engrosser la soeur de Sanaaq et de les diviser à propos de la religion. Ce sera pire quand les Québécois leur voleront leurs rivières, le sang qui les fait vivre, pour ériger des barrages hydroélectriques.
C'est un beau roman, dont la valeur est plus anthropologique que littéraire. Yves Thériault avait fait connaître les Inuit avec son roman Agaguk en 1954. Dans Je m'en vais, Jean Echenoz a signalé l'importance de leur art. Avec Sanaaq, on les découvre vraiment.