La vengeance d'Althéos : Chroniques Crétoises n° 1
de John Butterfield, David Honigmann, Philip Parker

critiqué par Eric Eliès, le 4 janvier 2013
( - 45 ans)


La note:  étoiles
Un chef d'oeuvre des livres dont vous etes le héros et une très bonne introduction aux légendes antiques
Ce livre appartient au genre des livres dont vous êtes le héros, qui est une sorte de littérature inter-active dérivée du jeu de rôle héroic-fantasy. Le lecteur a la possibilité, en procédant à des choix d’action, d’influencer le cours de l’histoire qu’il est en train de lire grâce à un astucieux système de renvoi entre paragraphes numérotés. En outre, le lecteur étant le héros du récit, les livres sont en général écrits à la deuxième personne (VOUS) et comportent des règles, plus ou moins sophistiquées, pour simuler des combats et des épreuves. Ces livres, destinés à un public de 10-15 ans, ont eu un énorme succès dans les années 80.
Ce livre est le premier d’une trilogie consacrée à la mythologie grecque, appelée Chroniques Crétoises, qui est méconnue par rapport aux deux séries « phares » du concept (« Défis fantastiques » et « Loup solitaire ») et se distingue par son ton beaucoup plus adulte et le vrai talent littéraire de ses auteurs, qui manifestent une grande connaissance de la mythologie grecque. Pour moi, cette série constitue une très habile variation sur la légende de Thésée et permet, sans didactisme pesant, de faire découvrir à un jeune lecteur les subtilités et les merveilles des légendes antiques.
En effet, tous les éléments de la légende sont présents dans l'histoire d'Althéos, que nous incarnons. Althéos est un frère bâtard de Thésée, qui a péri dans le labyrinthe du roi Minos et que les Dieux appellent à venger. Partant de Trézène, nous devons, dans ce premier volume, parcourir un long périple à pied qui nous fera traverser de nombreux lieux et vivre de nombreuses rencontres (très diverses car la liberté d’action est très grande – rarement livre-jeu aura été aussi peu linéaire !) et des moments épiques avant de parvenir à Athènes, où nous devrons nous faire reconnaître par Egée comme un fils légitime puis embarquer vers la Crète avec les 7 jeunes femmes et 7 jeunes hommes promis au Minotaure…
Contrairement à la plupart des livres-jeux, le style est soigné et même parfois littéraire. Les belles illustrations et le texte, écrit dans un style qui reprend souvent les procédés spécifiques de la littérature homérique, participent à créer une ambiance et à immerger le lecteur dans cet univers, à la fois lumineux et violent. Il y a un vrai plaisir de lecture car les auteurs prennent le temps de détailler les lieux et les personnes et créent des situations et des dialogues qui, même si ils n'apportent rien à l'action (pas de combat ou d'objet à récupérer), contribuent grandement à l'atmosphère.

Enfin, les auteurs de la série ont innové en créant des règles spécifiques à leur univers. Le système Honneur/Honte donne un intérêt particulier à chaque action car, finalement, tout geste compte. La consultation de l'oracle est très habile, avec des pénalités fréquentes pour traduire que les Dieux sont impénétrables, et qu'on ne requiert pas leur aide sans risque... Le système de combat est une merveille, même si un peu complexe : rapide (fini les combats interminables de Défis Fantastiques, où on peut encaisser impunément 6 coups de hache avant de gambader au paragraphe suivant), précis (une hache n'est pas un bâton) et intelligent (on peut adopter des tactiques défensives ou offensives, selon les circonstances).

Pour moi, ce livre et cette série sont parmi les chefs d’œuvre de cette littérature, dont je fus un lecteur fervent quand j’étais adolescent !

Pour vous donner un exemple de ce qu'est un livre-jeu, je vous en recopie un paragraphe (au hasard) :

503 (nota : le livre en contient 620)
En arrivant à Mycènes, la grandeur et la magnificence de la monumentale porte des Lions vous impressionne quelque peu. Vous êtes étonné que cela puisse avoir été construit par des mortels puis vous vous convainquez qu'il ne peut s'agir là que de l'oeuvre des Cyclopes, les enfants né de l'union de Gaïa et d'Ouranos, la Terre et le Ciel. Puis vous pénétrez dans la cité elle-même, que le palais du roi, édifié au sommet de la colline, domine majestueusement. Les habitants vaquent à leurs occupations et poursuivent leur travail sans jamais prêter beaucoup d'attention à la citadelle. Depuis les hautes murailles, les soldats observent en permanence la plaine et les collines avoisinantes dans le cas où quelque ennemi tenterait de surprendre la cité. Vous passez la place du marché et arrivez finalement au bord d'un torrent où quelques femmes lavent leur linge et le font sécher sur de grosses pierres plates. Buvez-vous un peu d'eau (rendez-vous au 193) ou continuez-vous à vous promener dans la ville (rendez-vous au 12) ?