Une femme à Alger : Chronique du désastre
de Fériel Assima

critiqué par Débézed, le 24 novembre 2012
(Besançon - 71 ans)


La note:  étoiles
« Le vent de la haine s’est levé ce jour-là »
Alger, 1995, le FILS sème la terreur, brutalise les femmes, endoctrine les enfants, assassine ceux qui s’oppose à sa volonté, l’émeute gronde, les commerçants ferment leur échoppe, les militaires répriment avec violence et brutalité. « Il y a longtemps que les rues se remplissent d’hommes. Qu’elles se vident de leurs femmes », Fériel Assima élève la voix, crie, écrit cette violente diatribe contre tous ceux qui ont organisé le saccage des campagnes, le ravage des villes, l’anéantissement de tout un peuple, qui ont amené le pays au bord du chaos. Une colère pure, sans arrière pensée, une colère originelle venue du fond de l’âme.

Dans cette chronique romancée, l’auteur témoigne de ce qu’il voit, de ce qu’il entend, de ce qu’il apprend, au hasard de ses activités et déplacements quotidiens, sur la vie à Alger en cette funeste année. Dans une langue riche, structurée, percutante qui ne craint pas un réalisme un peu cru, il énonce, montre, décrit et dénonce ceux qui sont responsables de ces actes, de cette situation de guerre civile. Il n’épargne personne pas plus les Barbus qui manipulent les plus démunis pour mieux les endoctriner dans leurs rangs (« Les « fisistes » savaient exploiter le désespoir de ceux qui couraient avec eux. »), que les militaires qui répriment aveuglément, que tous ceux qui ont exercé le pouvoir sans jamais se préoccuper des intérêts du peuple, que ce peuple toujours prêt à accepter et se soumettre sans jamais se révolter. L’indépendance n’a rien apporté : « pas une famille sortie de la merde qui ait pu trouver, avec l’Indépendance, plus de dignité qu’elle n’en avait du temps de la France. »

Un réquisitoire implacable contre tous ceux qui ont, ou ont eu, une responsabilité quelconque depuis l’indépendance. Sur le ton de la vindicte, Assima dénonce et stigmatise la bêtise, la veulerie, la cupidité, la corruption, l’incapacité, le manque de courage, la violence idiote des fous qui veulent imposer leur pouvoir comme de ceux qui veulent le garder précieusement pour eux. Mais aussi une forme de désespoir, de fatalité, devant cette situation qui semble sans issue. « Avec toutes les merdes qui nous tombent sur la tête, si l’immeuble entier s’écroulait sur nous, ça n’en ferait qu’une de plus. Et ce ne serait certainement pas la dernière. » Texte écrit sur le vif, témoignage mais aussi immersion du lecteur au cœur du marasme algérien, « quand il était une fois un peuple, un pays, une terre que tout le monde rêvait de quitter. »

« L’histoire de ce pays, encore interdite, a rendu tout bonheur impossible. »