Toxic, tome 2: La ruche
de Charles Burns

critiqué par Antihuman, le 22 novembre 2012
(Paris - 41 ans)


La note:  étoiles
Dans le monde à l'envers
Depuis qu'on les a persuadés qu'ils étaient tous très glamour et intelligents pour leur plus grande part, chacun sait que les nerds du monde entier peuvent maintenant soupirer d'aise sous leurs Pradas un peu enfumées et diverses coupes au carré, car bien sûr ils peuvent enfin se payer le luxe d'énoncer soudain des références inconnues du grand public, et ensuite l'air de rien lors de quelques confortables réunions intellos, se rencontrer dans des jamborees (sinon également se partager entre eux leurs propres objets de culte, différents jargons, sites web, émissions, soirées, films, clubs, établissements, etc.) D'autant plus que le vintage 50's est désormais tendance et qu'être ringard est considéré être hype; il n'y a donc plus tellement besoin de se renseigner avant puisqu'il suffit en général de tout se réapproprier et d'astiquer les chromes.

Tout cela Charles Burns le connaît de toute évidence, et après son chef d'oeuvre Black Hole il semble qu'il pousse désormais au paroxysme sa méthode graphique ainsi que les principes invoqués dans cette excellente oeuvre du genre: Pourquoi en effet ne pas favoriser parfois la propension à l'exagération gratuite, ou bien évocatrice ?

Hélas dans ce second volet de Toxic, l'intrigue n'a aucune importance quand elle n'est pas carrément crucifiée et ce qui reste toutefois sûr, c'est qu'en dehors du thème sur l'enfer du couple l'ensemble a l'air au final départi de tout suspens. Si les privates-jokes n'y manquent pas au fil de la lecture ainsi que ces ironiques clins d'oeil aux célèbres romance comics, reconnaissons que la forme est privilégiée au fond et on a bien du mal à apercevoir le bout du tunnel. Sinon celui du pauvre Doug et de sa Twilight Zone personnelle... En fait surtout pour ceux qui apprécient l'absurde quand elle règne en maître parmi l'univers, bonjour le trip au LSD dans l'alvéole culturelle. Bzzz.



Résumé

Dans son univers parallèle, Doug travaille comme agent de nettoyage dans les souterrains de la Ruche, essayant d'ignorer les cris, lisant des livres aux éleveurs. A mesure que l'histoire se déroule, de cadre en cadre, les souvenirs lui reviennent et le replongent dans sa vie réelle. Et c'est là qu'est le vrai cauchemar. Dans la plus pure veine graphique de Burns, cette nouvelle création d'un des artistes les plus passionnants de la bande dessinée est effroyablement captivante.
Pris dans la nasse 9 étoiles

Il serait prétentieux de faire l’exégèse de cette œuvre qui ne peut laisser indifférent, d’autant que l’iconographie burnsienne est aussi riche que déroutante et que son auteur ne fournit pas la fiche explicative de ses puissantes images subliminales, laissant à ses lecteurs le champ totalement libre à leurs propres analyses. Il est possible qu’une bonne partie de ces derniers aient abandonné la série à la lecture du premier volet, rebutés par cette poésie maladive et torturée. Mais pour ceux dont la curiosité aura été titillée, ils constateront que cet étrange puzzle psychotique semble se mettre peu à peu en place dans cette deuxième partie.

On y retrouve le personnage principal, Doug, quelques années plus tard, un peu empâté et l’air toujours inquiet, pas vraiment épanoui, aux prises avec ses tourments amoureux et l’obsession qu’il entretient vis-à-vis de ce père looser et déphasé par l’abus de tranquillisants, alors qu’il semble marcher inéluctablement dans ses pas. A coups de flashbacks, on suit la quête tortueuse de ce fils vers sa propre identité, tentant de se défaire de cette malédiction familiale en refusant de manière inconsciente d’assurer sa descendance. Lorsque sa petite amie dont il est follement amoureux lui apprendra qu’elle est enceinte, il choisira la fuite, la peur de donner naissance à un enfant étant la plus forte. Une peur panique mis en exergue dans une dimension onirique et parallèle à la réalité vécue par Doug, où celui-ci est représenté en Tintin, personnage-clé du récit. Et cette autre dimension n’est guère plus rassurante, tenant davantage du cauchemar que du rêve bleu. Sa petite amie y est représentée comme une sorte de reine-pondeuse choisie par une communauté de lézards humanoïdes peu amènes…

Avec ce tome 2 comme avec le 1, Charles Burns parvient à nous scotcher au mur avec ses obsessions toxico-maniaques en forme de thérapie, sur une terre inconnue où le récit introspectif est poussé à l’extrême, sondant les profondeurs à l’aide d’un univers graphique halluciné qui semble directement inspiré par David Lynch ou William Burroughs.

Blue Boy - Saint-Denis - - ans - 27 juillet 2015