Job : Roman d'un homme simple (Le Poids de la grâce)
de Joseph Roth

critiqué par Saule, le 20 mai 2013
(Bruxelles - 53 ans)


La note:  étoiles
Un chef-d'oeuvre à découvrir
"Job : roman d'un homme simple" est une nouvelle traduction d'un roman de Joseph Roth paru précédemment sous le titre "Le poids de la grâce". L'histoire se passe au début du vingtième siècle en Russie, et est celle d'un juif simple et pieux et de sa famille. A l'instar de Job du livre biblique, il se sentira accablé par les épreuves et sa fidélité envers Dieu sera éprouvée.

Ce livre est un document excessivement intéressant ; il est passionnant de plonger dans cette communauté juive d'une petite ville de Russie orientale où se côtoient juifs, paysans et soldats. Une communauté soudée autour du rituel, autour de la récitation des prières, de la préparation des grandes fêtes, etc. La seconde partie du livre se déroule à New-York et nous laisse entrevoir ce qu'ont vécu ces juifs déracinés et leur dure intégration dans le nouveau monde.

La prose de Joseph Roth est qualifiée de mélodique dans la préface, et c'est exactement ça : on a l'impression que l'écriture se marie avec le rythme de la récitation chantée des psaumes et des grands récits biblique lors des grandes fêtes. Il se dégage du livre une grande beauté, empreinte de nostalgie et souvent de tristesse. Cela se marie avec la beauté de la nature, j'ai été envoûté par les descriptions de la nature, des étendues pures mais parfois effrayantes, du ciel étoilé (la marche des deux frères dans la neige pour aller se faire enrôler par exemple). Au final, ce roman est un véritable régal.
Un délicat concentré d’humanité 8 étoiles

Mendel Singer, humble maître d'école juif, enseigne les Écritures à de jeunes garçons dans un village, un shtetl, aux confins de la Russie. Le roman est donc en passant une évocation de la vie des communautés juives d’Europe de l’Est avant la Première Guerre Mondiale.
Mais les difficultés s’accumulent pour Mendel qui y fait face avec sa foi profonde et sa simplicité naïve. Une femme acariâtre, une fille légère, un dernier-né débile, ses fils qui le quittent, l’un pour l’armée, l’autre pour émigrer en Amérique. Mendel finit par se laisser convaincre de rejoindre ce dernier pour échapper à la misère et soustraire sa fille aux mauvaises fréquentations, abandonnant son dernier-né. Déraciné, Mendel va voir le sort s’acharner, lui donnant la grandeur tragique d'un Job des Temps modernes : sa foi simple et profonde vacille et il finit par se révolter contre Dieu et son injustice, abandonnant les prières et dévotions qui rythmaient son existence. Comme pour le personnage biblique, le dénouement, façon deus ex machina, va rendre la joie, ou au moins offrir l’apaisement à Mendel Singer.

Ce roman est un délicat concentré d’humanité : les soucis et les fiertés des pères et des mères pour leurs enfants, la souffrance des hommes, la quête du bonheur, le vieillissement, l’exil, la Grâce et Dieu. Joseph Roth mène son récit avec un mélange d’humour et de tendresse, dans un style simple et pur. Un petit chef d’oeuvre.

Romur - Viroflay - 45 ans - 4 février 2019


Job 9 étoiles

Joseph Roth nous invite dans une histoire lente comme le temps, ce même temps qui est la force du peuple juif, ce temps conjugué à l'aspect rituel qui a permis la survivance.
Job (Mendel Singer) est un homme bon qui craint Dieu. Tout dans sa vie est acceptation du fardeau et du devoir. Il n'y a pas de place pour le rire, ni pour la fantaisie. L'enfant handicapé (son fils cadet qui ne sait dire que maman) est une punition qu'il faut assumer.
La seule décision que cet "homme-objet-de-Dieu" fera c'est de choisir l'exode afin d'éviter que sa fille ne se laisse envahir par le démon de la chair.
Après le pays des Soviets, Tintin va en Amérique où le ciel est plus scintillant (Hergé l'avait bien compris)
Donc notre homme s'en va avec épouse et fille traverser l'Atlantique, faisant fi de cet enfant difforme qui ne dit que maman, oubliant le fardeau pour sauver la fille. Cette fille qui doit transmettre l'hébraicité.

Un très bel exercice que ce livre qui défie les années, une description pointue des rites. On vit le roman.
La fin m'a toutefois un peu déçu.

Monocle - tournai - 59 ans - 24 septembre 2015


Le mystère de la souffrance 10 étoiles

Un homme simple, de religion juive, remet son destin entre les mains de Dieu. Il est pieux et vit modestement. Mais, comme le pauvre Job de la Bible, le malheur s'abat sur lui et sur sa famille.
(Job est un personnage emblématique de la Bible. Il pose le problème de la souffrance dans le monde et le peuple juif s'y reconnaît volontiers).

L'auteur nous raconte cette histoire sans pathos ni trémolo mais avec une lenteur somptueuse qui évoque le cours du destin quand il s'abat sur une famille.

C'est un livre très attachant : nous suivons cette famille quand elle vit dans un petit village au fin fond de la Russie. Puis quand, poussée par les événements, elle quitte sa chère Russie pour s'établir en Amérique, cette autre terre promise où tout est possible, même une vie meilleure...
Nous voyons comment ces immigrés juifs se sont installés dans les bas quartiers de New-York au début du siècle dernier. Nous les voyons se réunir autour de leur rituel sacré, qui bien souvent leur tient lieu de religion, et qui les soude les uns aux autres pour le meilleur et pour le pire.

C'est un très beau livre, en mode mineur, qui parle avec pudeur et retenue de la souffrance dans le monde et particulièrement dans le monde juif.
Ce livre sera l'occasion, peut-être, de lire ou de relire l'histoire du pauvre Job de la Bible, un récit d'une poésie sublime et d'une beauté surnaturelle, dont l'auteur s'est inspiré pour écrire son roman.

Saint Jean-Baptiste - Ottignies - 83 ans - 9 juillet 2013