Locke & Key Tome 1 : Bienvenue à Lovecraft
de Joe Hill (Scénario), Gabriel Rodriguez (Dessin)

critiqué par Blue Boy, le 20 octobre 2012
(Saint-Denis - - ans)


La note:  étoiles
Mais que vient faire Lovecraft là-dedans ?
Keyhouse : un étrange manoir de la Nouvelle-Angleterre. Un manoir hanté, dont les portes peuvent transporter ceux qui osent les franchir… Après le meurtre brutal de leur père, Tyler, Bode et Kinsey découvrent leur nouvelle demeure, croyant y trouver le refuge dont ils ont besoin pour panser leurs plaies. Mais une ténébreuse créature les y attend pour ouvrir la plus terrifiante de toutes les portes…

Encore une bédé que j’ai empruntée au hasard à ma médiathèque en pensant avoir affaire à un one-shot. En fait, c’est la mention « Lovecraft » qui m’a d’abord attirée, et je ne connaissais pas du tout les auteurs. Généralement, je préfère lire des auteurs reconnus, en vogue ou simplement prometteurs, mais j’aime bien aussi laisser faire le hasard.

Alors, je l’avoue, j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. J’ai trouvé le découpage confus, et j’ai mis un peu de temps à me familiariser avec les personnages. Gabriel Rodriguez recourt abusivement à l’itération iconique (répétition d’une même case en changeant les dialogues uniquement), et je me suis demandé si ce n'était pas par fainéantise, car ça n’apporte rien ici : en effet, il s’est contenté de photocopier les décors, seuls les personnages bougent un peu voire pas du tout. Ce procédé me semble plus adapté quand le parti pris est minimaliste dans le style de Lewis Trondheim. Quand au dessin, je ne suis pas trop fan, même si je peux reconnaître le talent. Je trouve la ligne claire trop appuyée, pour un style qui rappelle le manga avec ces visages aux yeux surdimensionnés et inexpressifs, et qui me laisse de glace, vous l’aurez compris. J’aurais bien vu pour cette BD un trait plus gothique, plus haché, plus noir. Qui plus est, les personnages m’ont semblé primaires et caricaturaux, pas très attachants, et même si ce comics est dans la veine de « Walking Dead », on est loin de la profondeur psychologique d’un Rick Grimes ou de n’importe lequel de ses compagnons.

Malgré tout, je n’ai pas lâché le bouquin, et c’est sans doute grâce à la tension qui imprègne le récit, assez prenant au demeurant (c’est tout de même censé être un thriller), mais on reste tout de même largement dans le cliché. Au final, cet ouvrage équivaut pour moi à un mauvais film de série B. En plus je trouve la référence à Lovecraft déplacée, on est ici à des années-lumière de l'univers si particulier de cet auteur. Si je suis tenté par le tome 2 ? Disons que le premier tome ne m’a pas vraiment mis en appétit, alors je pense que je vais en rester là…
On se le demande 7 étoiles

Presque caricaturaux, les personnages de ce comic sont néanmoins des archétypes du thriller. On y croise entre autre le profil d'un jeune "loser" psychopathe qui est en fait une sorte de vengeur: très réac, le fond de la BD est d'ailleurs violemment dirigé contre certains modes de pensée peu élégants mais fréquents. Par exemple celui-ci abat froidement un routier qui le confond avec un homosexuel gigolo...

Enfin le coté fantastique n'est que suggéré afin de mieux le rendre terrifiant (sinon omniprésent) et comme toutes les oeuvres récentes de ce style, on y lit entre les lignes une peur de l'Au-delà récurrente un peu à la manière des ex-votos des églises hispaniques. Bref c'est baroque. De fait, le tout s'élève contre une certaine vulgarité de bon aloi qu'on trouve inscrite dans notre société et le fait de nommer la ville Lovecraft n'est que près peu étonnant pour qui connaît l'auteur originaire de Providence.

Dommage que le style ne soit pas très séant, car les protagonistes ressemblent en effet à des héros de mangas mal-crayonnés tandis que l'ensemble, qui flirte avec l'humour noir gothique, prend finalement un air malsain qu'on aurait aimé plus percutant. Autant pour la folie qui ne tolère pas les approximations !

Antihuman - Paris - 41 ans - 23 juin 2014