Deux cercles
de Ryad Assani-Razaki

critiqué par Libris québécis, le 18 octobre 2012
(Montréal - 82 ans)


La note:  étoiles
Jouer à l'Africain
Le recueil de nouvelles porte bien son titre. La race humaine s'enferme dans des cercles qui ne se compénètrent pas. L'auteur souligne avec éloquence cette attitude grégaire. Et ceux qui se montrent ouverts d'esprit agiraient en fonction de leurs intérêts.

« Jouer à l'Africain », écrit l'auteur, s'explique mal quand l'oppresseur d'hier s'intègre à un continent, qui lutte pour garder ses prérogatives contre l'intelligentsia scolarisée à l'étranger. Les noirs formés ailleurs le constatent quand ils renouent avec leur passé, lessivé d'une tradition qui les disqualifie auprès de leur entourage. C'est ce que laisse entendre une nouvelle qui décrit un retour après dix ans passés en Occident. Les jeux, auxquels on se prête, ne changent rien à la donne de la différence. L'auteur se montre défaitiste à l'égard de toute discrimination. Qu'elle soit ethnique, religieuse, politique ou morale, elle semble une donnée irrémédiable, qui, dans le pire des cas, dégénère en cruauté, voire en conflits mortels.

D'une densité et d'une unité remarquable, le recueil bémolise cependant la dénonciation en empruntant la voie de la neutralité, qui limite la thématique aux réactions psychologiques des personnages soumis à un choc culturel. Si les nouvelles ont le mérite de bien traduire au quotidien le phénomène du rejet, elles auraient bénéficié, par contre, d'un débroussaillage pour que le lecteur saisisse mieux les tenants et les aboutissants des dérogations aux normes d'une société donnée. L'écriture n'amenuise pas la lourdeur du propos avec ses tapis de subordonnées tressées serrées, mais l'auteur réussit à s'imposer grâce à la profondeur d'une pensée que l'expérience parviendra à peaufiner.