Nature morte aux papillons de Lorenzo Cecchi

Nature morte aux papillons de Lorenzo Cecchi

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Zoom, le 16 octobre 2012 (Bruxelles, Inscrite le 18 juillet 2001, 65 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 832ème position).
Visites : 2 915 

Premier roman, vivement le prochain...

Voilà un premier roman qui accroche, qui pousse à la rêverie entre les lignes, qui touche dans le mille notre nostalgie d’une époque révolue ( j’hésite avec bénie ) .
Bruxelles, quartier de l’ULB, années 70 .
Charleroi aussi, car Vincenzo, jeune étudiant, y retourne le week-end voir ses parents italiens et sa « promise ».
La « corde au cou » l’asphyxie déjà, avant même le mariage, mais notre héros n’est pas courageux.
Pourtant il y a Suzanne, qui égrène la Liberté avec un grand L.
Un L si géant, qu’il fait peur. Suzanne aux papillons?
Entre les deux, un ami, ou plutôt une compagnon de jeu d’échecs, artiste-philosophe désenchanté, qui noie son spleen au mauvais whisky dans les hauts lieux de la vie estudiantine.
Sensible et dans le doute permanent, Vincenzo promène sa recherche de vérité au bout d’une laisse fragile, entre mélancolie, cynisme, humour, effronterie, optimisme et fatalisme.
Mais toujours avec une authenticité profonde, un sens de l’humain tourmenté, et une trop belle empathie .
Une famille italienne, une amitié et des amours vacillantes, une vieille voisine ex-alcoolique solitaire, …un drame aussi , finalement…
C’est un voyage au cœur d’une intelligence de soi, d’une belle écriture imagée, limpide et riche.
Bref un moment de pur bonheur que la lecture de ce beau livre, au titre symbolique et mystérieux.

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Mais où est le papillon ?

9 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 59 ans) - 7 février 2017

Vincent a vingt ans et deux maîtresses. Suzanne, une espèce de jument qui ne le tolère qu'au gré de ses saillies, et Carine qui l'aime. « Merde » dira-t-il en pensant à la seconde.
Un premier roman étonnant, sans complexe, truffé de bons mots... bref un très très bon moment de détente pour déguster les 178 pages de ce petit bijou.

La vacuité des statues?

10 étoiles

Critique de Kinbote (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 60 ans) - 17 juillet 2016

Cela débute dans un bus. Vincent, fils d’immigrés italiens, se rend directement de la gare du Midi à l’Université sans faire le détour par son kot pour passer un examen. Le narrateur rend compte de la scène au présent en nous parlant de sa vie, entre un père malade et Carine, la jeune fille qui lui est destinée. Il fait la rencontre de Suzanne dans le bus, elle vient de la banlieue de Charleroi comme lui, elle est inscrite à la même fac. Cela pourrait se dérouler aujourd’hui, cela se passe au début des années 70. Les deux jeunes femmes sont différentes. Carine, c’est l’attachement à la famille, l’enracinement, le vieil esprit familial ; Suzanne, c’est la fille libre, qui vit selon ses désirs. Forcément, Vincent, qui n’a pas la fibre conjugale tombe sous le charme de Suzanne, il fera même en sorte de se détacher d'elle pour se délivrer de son attachement.

« Je balance, avec mes femmes, entre l’instinct et la civilisation. Entre la nature sans morale qui se déguise d’idéologie libertaire, et l’idéalisme qui n’est lui aussi rien d’autre qu’un travesti de bêtise. » Cette ambivalence est de toutes les époques et c’est un des éléments qui relie ce récit à un long fil remontant au moins à l’Odyssée d’Homère.

A Bruxelles, Vincent fréquente Nedad, un Croate immigré qui se pique d’être sculpteur. Il joue aux échecs, il boit des coups avec lui. La santé du paternel se dégrade, il finit par se suicider. Par hasard, Vincent apprend que, contre toute attente, Nedad connaît bien Suzanne. C’est la fin de la première partie intitulée « Suzanne et les philosophes ». Au début de la seconde (« La vacuité des statues »), Vincent est marié à Carine et Nedad est devenu un sculpteur reconnu. Il va revoir Suzanne à la faveur d’un vernissage d’une expo du Yougoslave. Un événement perturbant va ensuite plonger le récit aux racines du mal, de l’innommable et va nous faire voir sous un jour nouveau ce qui a précédé, en faire en quelque sorte table rase.

C’est écrit d’une plume souple qui sait placer ses mots aux bons endroits, d’une légèreté toute apparente et avec un luxe de détails spatiaux, historiques qui laissent à penser que tout l’arrière-plan mémoriel voire davantage est calqué sur du vécu mais allez savoir. Un premier roman qui trahit un style, un univers et une façon de raconter singuliers. Comme dirait un acteur bien connu d’un spot de pub: What else ?

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