Portraits
de Nicole Malinconi

critiqué par Kinbote, le 8 décembre 2002
(Jumet - 65 ans)


La note:  étoiles
Variations sur un thème de Giacometti
Partant d'une déclaration de Giacometti sur sa difficulté à rendre la ressemblance, dans cette apparition-disparition propre à la tentative de fixer une tête familière, supposée connue, entre existence et néant, Nicole Malinconi compose des variations qui s'intègrent bien dans son univers, de plus en plus hanté par ces images, objet d’une vision brève,
qui naissent de leur soudain et fugace dévoilement au regard des autres.
Nicole Maliconi scrute ces instants où les « têtes » se dévoilent derrière un rideau, un regard de côté, par une attitude, une tentative de sortir de la masse des inclassables par des mots, par le cri, toutes choses axées au souffle et sortant par la bouche, ce seul trou du corps par où passe la parole, l'action de dire - parfois - en dehors des yeux. Pour mentir, raconter, faire croire qu'on est un autre, rêver à haute et poétique voix.



Le plus difficile,
c'est « être vu voyant », affirme un moment Malinconi. Ce qui conduit aux regards de biais « pour mieux voir sans toutefois voir en face, sans faire voir que l'on voit ». Condition pour le regard
furtif, « pour s'éloigner aussitôt de ce qui est vu , pour le tenir à distance. Le tenir à l'œil » Et là elle rejoint en partie Sartre qui dans « L’Imaginaire » écrivait :
« Poser une image, c’est
constituer un objet en marge de la totalité du réel, c’est donc tenir le réel à distance, s'en affranchir, en un mot le nier." En partie, car tout le projet de cette écrivaine est de faire advenir à la vue, à la sensibilité, à la sensation vraie ces millions d'instants livrés aux flots indifférents du temps.


Peindre, sculpter, écrire, même combat, semble dire Malinconi dans ce petit ouvrage grave: celui de rétablir des singularités dans l’entreprise anonyme d'uniformisation de masse.
L'art du portrait 6 étoiles

Opuscule sur le thème du portrait, décliné en versions courtes et en textes fugaces. Nicole Malinconi décompose un visage, capte des attitudes, sonde des regards ou des bouches fermées, tente une percée de l'esprit en examinant un point de ce portrait que nous affichons à la vue d'autrui.
Quelques lignes, peu de mots et l'auteur réussit à aller à l'essentiel. Cela donne une compilation de moments éphémères dans lesquels, d'une manière ou d'une autre, nous nous retrouvons. Mélange de prose et de poésie, peu de pages pour dire énormément de choses, c'est aussi cela la richesse des mots.

"Yeux clos, lisses. Tout le visage lisse, blanc. Seuls traits des cils fermés et de la bouche sombre, comme préservant avec soin le dedans, le brûlant secret qui la brûle, qui pourtant irradie sur la peau blanche, sur le visage offert, tandis qu'elle danse, serrée contre lui, la joue contre sa joue." (page 8)

Sahkti - Genève - 50 ans - 31 mai 2005