Cranford de Elizabeth Gaskell

Cranford de Elizabeth Gaskell
(Cranford)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Nance, le 6 octobre 2012 (Inscrite le 4 octobre 2007, - ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 6 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (36 045ème position).
Visites : 2 351 

Un long fleuve tranquille

« Disons, pour commencer, que Cranford est aux mains des Amazones ; au-dessus d’un certain loyer, ses demeures ne sont occupées que par des femmes. Si jamais un couple marié vient s’installer en ville, d’une manière ou d’une autre, le monsieur disparaît ; tantôt il finit par mourir tout simplement de peur, à l’idée d’être le seul homme à fréquenter les soirées de l’endroit; tantôt il a une bonne raison d’être absent [...] »

Angleterre, milieu XIXe siècle. La narratrice (Miss Mary Smith), qui est souvent en visite dans la ville (fictive) de Cranford, nous potine la vie de plusieurs de ses amies vieilles filles et d’autres femmes de la ville.

Il y a une douce autodérision dans sa façon de raconter les excentricités des gens de cette ville et une grande affection pour ces personnes. Ce n’est pas un roman à grands éclats, c’est très doux et constant dans sa douceur. Je n’ai pas détesté ça personnellement. J’ai trouvé les personnages sympathiques, le récit m’a souvent fait sourire et d’autres fois ça m’a touché. J’ai aussi trouvé ça peu prévisible (et j’avais vu la mini-série télévisée de 2007 avant !).

Bien que ce soit le club de lecture du site qui m’a décidé de lire ce roman, il était dans ma LAL infinie depuis longtemps. J’ai connu l’auteure par les mini-séries Cranford (2007) et Return to Cranford (2009) de la BBC (avec Judi Dench dans le rôle de Miss Matty). Lire le roman n’a pas été la même expérience, ces mini-séries ont pris plusieurs libertés dans l’histoire (elles seraient basées aussi sur d’autres oeuvres de Gaskell) et le style (on dirait qu’ils ont essayé de faire du Jane Austen, avec des retournements et des prestations plus énergiques et extravagantes que le roman d’Elizabeth Gaskell laisse imaginer). Après lecture, j’adore encore ces mini-séries (Tom Hiddleston dans Return to Cranford n’est pas étranger à tout ça !), mais j’ai trouvé le roman moins linéaire, moins prévisible, j’ai été agréablement surprise. C’est très probable que je vais lire les autres oeuvres qui tournent autour de Cranford (comme Confessions de M. Harrison).

Bon, je ne recommanderais pas ce roman à tout le monde. Ceux qui cherchent un roman avec « une histoire », de l’action, trouveraient sûrement plus leur compte ailleurs. C’est plus une galerie de portraits fait avec amour du sujet.

Les notes de mon édition (de l’Herne) ont tous été appréciées, donnaient des informations supplémentaires sur les références et les moeurs de l’époque, des détails que le lecteur moderne aurait pu passer à côté.

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Tirer le meilleur de la banalité

7 étoiles

Critique de Ngc111 (, Inscrit le 9 mai 2008, 33 ans) - 15 novembre 2012

Loin d'être un roman à la narration primordiale avec une histoire développée et capitale, Cranford se veut plutôt pensé comme une succession de petites saynètes, un agglomérat de petits faits divers qui ont cours dans une petite ville assez unique de par sa composition.
Refuge de vieilles filles et de veuves à l'indépendance revendiquée, la ville est aux Amazones comme nous le dit l'auteure dès le début du roman. On suit dès lors grâce à une narratrice extérieure, qui vient séjourner de temps en temps à Cranford, le remue ménage que provoquent des soi-disant voleurs, le décès de certains membres de la "communauté", la venue d'un magicien ; on a aussi l'occasion de de retrouver certains évènements passés (comme la fuite de Peter, le frère de la meilleure amie de la narratrice) qui donnent un semblant de fil narratif à l’œuvre.

Et si le début est un peu mou et tarde à créer des liens entre le lecteur et les différents personnages, cela vient naturellement par la suite, et l'on s'amuse à suivre les "pérégrinations" de cette bande de femmes parfois ridicules, mais souvent attachantes, qui s'inventent de terrifiantes histoires de cambriolage et parcourent les cuisines sur le qui-vive tout en tremblant de tous leurs membres à la recherche des malfrats.
L'écriture d'Elizabeth Gaskell est un régal, de limpidité, de sobriété et de classe et retranscrit à merveille le caractère orgueilleux jusqu'à l'absurde de ces personnes aux revenus plus modestes qu'elles ne laissent apparaître, qui sont dans le paraître, mais qui au final révèleront un cœur bon et généreux pour leur semblable (Miss Matty).

Finalement Cranford est une leçon d'écrivain qui montre comment tirer le meilleur de la banalité, comment raconter des choses amusantes à partir de rien, comment faire vivre un petit groupe de personnages qui n'a rien d'extraordinaire.

Avec style et élégance.

un petit univers plaisamment croqué

6 étoiles

Critique de Myrco (village de l'Orne, Inscrite le 11 juin 2011, 69 ans) - 27 octobre 2012

Dans une petite bourgade de province de l'Angleterre de la première partie du XIXème siècle, quelques femmes esseulées, vieilles filles ou veuves, se retrouvent très fréquemment pour papoter ou jouer aux cartes "le jeu (étant) l'activité la plus sérieuse de leur existence "et meubler ainsi la vacuité de cette dernière. Toutes (ou presque) sont issues de ce qu'il est convenu d'appeler "la bonne société anglaise", entendons par là filles de pasteur ou veuves d'officier, et se retrouvent plus ou moins argentées.

De prime abord, cette étude de moeurs, sans prétention, d'une micro-société a priori sans grand intérêt peut rebuter le lecteur. Elizabeth Gaskell nous fait pénétrer dans un milieu étriqué, sans perspectives, plutôt superficiel, régi par des convenances et des usages dérisoires néanmoins strictement codifiés, où le rang social et le regard des autres s'avèrent déterminants (on garde son rang vis-à-vis des classes "inférieures") , où il est beaucoup question d'économie domestique (au sens étroit du terme) , où une très relative modestie de train de vie obligée fait semblant de trouver sa justification dans une élégance de classe opposée à une richesse taxée de vulgarité, où enfin le plus petit élément venant rompre la monotonie habituelle prend figure d'évènement de première importance.

Pourtant, il est dans ce livre des passages touchants lorsque par exemple, pénétrant dans l'intimité d'un personnage (ce qui est rare), nous est révélée la profonde tristesse d'une vie gâchée, sacrifiée au nom de ces fameuses convenances (à quoi Gaskell, sans en avoir l’air, oppose courageusement le bonheur de ceux qui osent les braver). Et quand de vrais évènements, fâcheux, surviennent, cette petite communauté qui nous paraissait bien médiocre nous donne un exemple de grandeur d'âme, de générosité solidaire doublée de délicatesse désintéressée qui nous paraît bien inimaginable dans le monde actuel et nous va, à nous aussi, droit au coeur, pour peu que l'on ait envie de s'abandonner au réconfort des bons sentiments.

Je passerai sur les vingt dernières pages peu crédibles et un peu convenues qui ne me semblent guère apporter au récit.

Mais ce qui fait, à mon sens, la vraie valeur de ce roman réside dans la manière dont tout cela nous est raconté, dans le ton et la finesse de l'observation. La narratrice est partie prenante dans ce microcosme mais le fait que l'auteure en ait fait la plus jeune du groupe autorise et justifie un regard légèrement décalé, parfois amusé voire un peu espiègle, non exempt d'autodérision, un humour délicat mais néanmoins bienveillant voire tendre qui confère à la narration tout son charme et finalement soutient notre intérêt et notre plaisir tout au long.

Quelques extraits pour donner le ton:
-à propos de l'économie dont je parlais précédemment
"Et quelques minutes plus tard, on nous apporta le thé. La porcelaine était des plus délicates, l'argenterie des plus anciennes, le pain beurré des plus finement tranchés et les morceaux de sucre des plus petits. A l'évidence, le sucre était l'économie favorite de Mrs Jamieson. Je gagerais volontiers que la pince à sucre en filigrane, qui ressemblait plutôt à une paire de ciseaux à broder, n'aurait jamais pu s'écarter suffisamment pour saisir un de nos honnêtes et vulgaires morceaux de taille ordinaire; d'ailleurs, lorsque j'essayai de prendre d'un coup deux des petits morceaux miniatures, afin qu'on ne me vît pas plonger de trop nombreuses fois dans le sucrier, elle en lâcha un d'office, avec un petit claquement sec et une malveillance délibérée. "

-à propos du mariage, propos qui n'engage que l'une des vieilles filles, les hommes ne constituant nullement une cible dans ce roman
"elle se félicitait qu'elles eussent, jusqu'à présent, échappé au mariage, car cette institution (… ) rendait toujours les gens d'une crédulité ahurissante; d'ailleurs, ne fallait-il pas qu'une femme fût crédule à l'extrême pour ne pas pouvoir se retenir de se marier"

ou encore
"mon père était un homme, voyez-vous, et je crois connaître assez bien le sexe"

Chroniques des Cranford ladies

5 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 50 ans) - 25 octobre 2012

L’écriture de Gaskell coule comme un ruisseau magnifique. En dépit de sa qualité, elle reste très nébuleuse dans son évocation. La raison pour laquelle ces femmes d’un certain âge sans mari se retrouvent dans cette maison m’a échappé ? De même, pour les liens avec les nombreux visiteurs.

L’aspect intéressant est la situation. Nous ne sommes pas dans la haute aristocratie. Plutôt, au niveau d’une classe rurale moins nantie sans être dépourvue de moyens ou du moins trop fière pour se l’avouer - un des personnages s’assure que les 2 seules chandelles soient toujours égales.

La bienséance et les bonnes manières sont de rigueur. Les miss se retirent dans leurs chambres pour sucer des oranges!

Quelques pointes d’humour british agrémentent les différents récits anecdotiques, mais en somme c’est tranquille. Poutant, la narration se veut indiscrète. Tout est raconté par une unique voix. L’utilisation de la troisième personne aurait permis des interactions entre les personnages et rendu la chose plus vivante selon moi.

(lu en version originale)

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