La fabrique des illusions de Jonathan Dee

La fabrique des illusions de Jonathan Dee
(Palladio)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Nothingman, le 20 septembre 2012 (Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 39 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (19 546ème position).
Visites : 3 150 

Les illusions perdues

Après son premier roman paru chez nous, « les Privilèges », Jonathan Dee, professeur d’écriture américain, nous livre un deuxième ouvrage consacré à un autre domaine associé aux privilèges, le monde de la publicité dans les années 80 aux Etats-Unis.
L’histoire commence non loin de Big Apple, à Ulster, une petite ville trop tranquille du centre de l’Etat de New-York, qui survit, pour un temps, grâce à l’implantation d’un département des ventes d’IBM. Molly Howe, une adolescente terriblement secrète, y grandit découvrant petit à petit son pouvoir de séduction. L’humiliation tombera sur elle et sa famille quand les habitants apprendront sa liaison avec un père de famille chez qui elle faisait du babysitting. Une relation qu’elle n’avait même pas voulue, qui n’était rien pour elle qu’une expérience, se transforme en disgrâce. Elle quitte ses parents décidément trop obtus pour rejoindre son frère à Berkeley, dans un certain désoeuvrement. Là-aussi elle y vit de petites expériences nonchalantes. Car, elle est comme ça Molly, fuyante, libre, insaisissable. Son rapport au monde lui échappe complètement. Une fille que l’on aime avant tout pour ses défauts. Et c’est ce qui fait son charme. Les hommes sont irrémédiablement attirés par Molly et ce qu’elle est. Un jour John Wheelwright, rencontré dans un auditoire, parviendra, l’espace d'un temps, à entrer dans vie. Un temps seulement, car une fois de plus Molly s’enfuit sans laisser de traces, laissant le jeune homme la rechercher sans relâche.
« Molly a été mon grand amour, c’est évident, mais si je dis cela, si je crois cela, ce n’est pas seulement parce que cet amour a échoué. Je ne suis pas sentimental ; je ne me monte pas le bourrichon. Bien sûr, il est possible que ce soit la définition même du grand amour. Un amour si grand que tu ne réussis pas à le vivre, que les ressources dont tu disposes se révèlent dérisoires à côté de lui. Rester à la hauteur de cet amour, de manière soutenue, s’avère être un casse-tête qui dépasse tes capacités »
Dix ans plus tard, on retrouve John, fiancé, promis à une ascension fulgurante dans le domaine de la publicité. De slogans en slogans, une certaine routine s’installe jusqu’à sa rencontre avec l’une des têtes pensantes de sa boîte, Mal Osbourne. Un étrange visionnaire qui quittera tout pour fonder, au milieu de nulle part, une autre agence de pub révolutionnaire, Palladio. Son objectif est de réinventer complètement l’univers de la publicité, à savoir la tuer pour sauver l'art et la création. Les produits et les marques doivent s’effacer devant l’art. Et, pour ce défi, Mal Osbourne pense à John Wheelwright, qui a lui aussi un besoin viscéral de challenges plus exaltants. Il quitte New-York, sa fiancée, pour s’installer avec une bande d’artistes barrés et divers concepteurs pour imaginer le futur de la publicité. Jusqu’au jour où, lors d’une réunion, Molly Howe frappe à la porte et se dresse devant lui.
Jonathan Dee dresse un portrait fort de l’univers de la publicité dans les années 80. Cette époque qui se berçait d’illusions, aujourd’hui souvent perdues, de changer le monde. Jonathan Dee a le chic pour planter un décor, souvent glacé, dans une écriture qu’il manie tel un pianiste qui caresse les touches de son instrument, ou au contraire les triture au besoin. Dans ce roman, les destins semblent voués à l’échec. Echec des parents, échec de Molly, échec du couple, échec des révolutions et des entreprises. L’auteur interroge sur les origines de l’Art, de son rapport au commerce ; sur l’amour et ses illusions. La fabrique des illusions, excellent titre au demeurant, est une gigantesque et sombre fresque de la société américaine qui s’étale sur trente ans.

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Les éditions

  • La fabrique des illusions [Texte imprimé] Jonathan Dee traduit de l'anglais (États-Unis) par Anouk Neuhoff
    de Dee, Jonathan Neuhoff, Anouk (Traducteur)
    Plon / Feux croisés (Paris)
    ISBN : 9782259216623 ; EUR 22,50 ; 23/08/2012 ; 446 p. ; Broché
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Rêve de liberté artistique

8 étoiles

Critique de Isad (Occitanie, Inscrite le 3 avril 2011, 59 ans) - 20 octobre 2012

Le livre de 440 pages en 3 chapitres montre quelques tentatives pour remettre l’œuvre au sommet et explorer son essence dissidente intrinsèque. Et ces artistes qui veulent trouver leur voie et crier leur vérité au monde, avec plus ou moins de moyens et en utilisant plusieurs formes, la société ne les comprend pas et leur permet difficilement de s’exprimer, les rendant malheureux.

Nous sommes au début des années 90 à New-York dans le milieu des créatifs publicitaires. Il est surtout question du mélange de l’art et de l’argent, de la dérision sarcastique des producteurs de slogans et de dessins qui font augmenter les ventes de produits tout en n’étant pas intimement satisfaits de leur travail, leur ambition artistique profonde s’étant délitée au travers des facilités qui étaient attendues d’eux.

Nous est racontée l’histoire de John, jeune publicitaire graphiste frustré par ce qu’il fait, de Mal, le riche associé qui veut libérer les artistes et vendre de l’art, auquel une entreprise pourra associer son nom en tant que mécène, Dex un réalisateur à la recherche du scénario qui produira le film dont il rêve, ...

En contrepoint, on suit Molly, une jeune fille qui vit dans le présent et ne cherche rien et dont les parents monologuent sans plus se parler réellement et qui a rencontré John à l’université.

Le style de la courte dernière partie, est différent du reste du livre. On y apprend ce que sont devenus les différents protagonistes dans des paragraphes entrecoupés de messages sur la publicité.

IF-1012-3962

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