Babylon on a thin Wire, il était une fois la Jamaïque
de Adrian Boot, Michael Thomas

critiqué par Numanuma, le 21 août 2012
(Tours - 51 ans)


La note:  étoiles
Sous la pression
Notes-le quelque part, c’est aujourd’hui la première fois que je vais adresser un petit bémol aux excellentissimes éditions Allia qui font un boulot remarquable en matière de réédition de textes de référence sur la musique.
Ainsi, le texte présent est une version remaniée d’un article rédigé en 1976 pour un éditeur londonien, repris en 1982 et augmenté en 2010. C’est cette dernière version qui est proposée ici. Voilà le bémol : la version d’origine, en plus du texte de Michael Thomas, comportait des photos d’Adrian Boot. Or, ici, hormis sur la couverture qui représente un sound system, de photos point… Certes, le petit format de l’ouvrage ne s’y prête guère mais cela aurait été fort appréciable.
Le texte s’ouvre sur un terrifiant avant-propos mettant en scène un abus de pouvoir manifeste de la part de la police à l’encontre de l’auteur. Et ce n’est que le début d’un récit édifiant sur la situation politique et sociale de la Jamaïque entre 1974 et 1978, avec, grâce aux révisions du texte, des éléments épars sur les années suivantes.
Dire que la vie dans cette ancienne colonie anglaise n’était pas vraiment de tout repos est très loin de la vérité. Ici, les clichés sur le sable blanc, le soleil se jetant sur une mer turquoise, les rhums coco allongés sur un transat pendant que des filles plus belles les unes que les autres font sauter leurs poitrines en jouant au beach volley n’ont pas droit de cité.
Ici, c’est flingue, ganja et pression. J’insiste sur ce mot pression parce qu’il est une clef pour comprendre la mentalité des habitants de l’île. Côté Noir, bien entendu. La pression, c’est une sorte de fatalité qui finit tôt ou tard par rattraper l’individu, où qu’il soit et quel qu’il soit. Ici, si un junky butte son voisin dans un moment de folie, c’est à cause de la pression. A la limite, c’est normal en ce sens qu’il ne pouvait pas y échapper.
L’auteur insiste beaucoup sur le contexte politique de l’île : l’affrontement entre les deux partis de Jamaïque, le JLP et le PNP. Et parler d’affrontement, c’est parler de grosses bagarres avec armes en tout genre et cadavres à la pelle sans que la police cherche à connaître le coupable. C’est parler d’une situation économique déplorable et de solutions radicale qui ont surtout encouragé les plus fortunés à quitter le pays et à rendre la situation encore plus intenable.
C’est dans un tel contexte de cocotte-minute prête à exploser, ce qui est une façon de traduite le titre du livre, que la talent de Bob Marley, pas particulièrement présent dans le texte, du moins, pas plus qu’un autre, a fini par exploser à la face du monde.
Le sort des rastas est plus largement évoqué mais comment pourrait-il en être autrement dans un ouvrage traitant de la Jamaïque ? Ils sont désignés comme la conscience de l’île. Voilà, en quelques mots très simples, ce que sont les rastas. L’auteur, sur de nombreuses pages, explique très clairement en quoi consiste la religion rasta, certainement la plus simple à comprendre au monde puisque son but final est de rejoindre l’Ethiopie, le pays des ancêtres, la Terre Mère et même si la majorité des rastas n’y mettra jamais les pieds, qu’importe, l’Ethiopie est une promesse et un espoir.
En 94 pages et 6,20€, vous avez un petit ouvrage fort intéressant et bien écrit qui ne vous donnera pas forcément envie d’écouter du reggae, personnellement, j’ai du mal mais je m’y mettrai un jour, promis L’Aventurière, mais qui vous donnera probablement envie de vous pencher un peu plus en avant sur le sujet. Va falloir que je lise les quelques bouquins que j’ai sur le sujet, histoire de donner l’exemple.
Jah lives,people, Jah lives !