Le roman raconte l'histoire de Charlotte, une adolescente de 16 ans, trimballée de sa mère Alicia à son père Mathieu. La figure maternelle n'apparaît pas comme l'arc de voûte de l'éducation de sa fille. Elle incite plutôt à l'indifférence, sinon à la haine larvée ou ouverte.
Trop préoccupée par elle-même, la mère se détourne des besoins de sa fille en plein développement. Un bon jour, Charlotte quitte cette chanteuse de bars irresponsable à qui elle voue un profond dégoût. Rêveuse, manipulatrice, Alicia vit dans un passé qu'elle éternise. Pour tourner le dos aux carences maternelles, elle décide d'aller vivre avec son père à la campagne. À un degré moindre, Mathieu se nourrit aussi des jours anciens. Séparé de sa femme, il est toujours prêt à la revoir. Ce couple est incapable d'inhumer un amour mort comme ce fut le cas pour la Russie qui a attendu 40 ans avant d’enterrer Lénine. Cette situation enrage leur fille, résolue à ne pas perpétuer le modèle de ses parents.
Le message est véhiculé par l'image d'un érable déraciné par le vent que Charlotte tronçonne elle-même afin d'enterrer ses souvenirs d’enfance reliés à cet arbre. Le titre aurait dû référer à cette métaphore au lieu de la brève allusion à l'enterrement de Lénine. Cette incongruité n'empêche pas l'œuvre d'atteindre son objectif. L'invitation de se couper d'un passé destructeur provient d'une double narration. D'abord, celle du père qui adoucit les angles rugueux que présentent sa fille, et celle de Charlotte qui livre son exaspération d’être l’enfant de la séparation. C'est à travers des tranches de vie anecdotiques, qui finissent en queue de poisson, que l'auteur décrit ce que devient la famille nucléaire.
Libris québécis (Montréal, Inscrit le 22 novembre 2002, 71 ans) - 17 août 2012 |