Rêves oubliés de Léonor De Récondo

Rêves oubliés de Léonor De Récondo

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par CC.RIDER, le 8 août 2012 (Inscrit le 31 octobre 2005, 59 ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (21 454ème position).
Visites : 1 482 

La blessure du pays perdu

Au mois d'août 1936, la famille d'Aïta, des républicains anti-franquistes activistes, s'est réfugiée à Irun, au pays basque espagnol, pour échapper aux franquistes qui approchent. Un jour, Aïta retrouve l'appartement vide avec un gâteau de riz à peine cuit abandonné dans la cuisine. Ama, sa femme, et ses enfants ont franchi en catastrophe la frontière française et ont été accueillis par Mademoiselle Eglantine qui laisse à leur disposition le rez de chaussée de sa maison. Aïta rejoindra sa famille quelques temps plus tard ; quand aux oncles, ils seront internés au camp de Gurs avant d'être relâchés. Aïta travaillera d'abord dans une usine d'armement avant de reprendre une petite ferme isolée. Aucun ne pourra rentrer en Espagne.
« Rêves oubliés » est un livre touchant, largement basé sur le carnet intime de la mère qui n'a qu'une idée protéger sa famille, maintenir sa cohésion coûte que coûte avec au coeur cette perpétuelle blessure du pays perdu. Leonor de Récondo réussit à raconter en peu de mots l'histoire finalement fort banale de cette famille qu'on suppose être la sienne. Le lecteur aurait aimé que certains aspects de cette histoire (activités terroristes et d'espionnage des oncles, vie au camp de Gurs) soient abordés de façon un peu moins superficielle et que d'autres (petits incidents de vie quotidienne) un peu moins largement étalés. Hormis cette critique de fond, le style de l'auteur est vif, agréable et facile à lire. Reste que l'ensemble ne semble pas atteindre de sommet littéraire.

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Aïta et Ama

8 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 61 ans) - 23 juillet 2016

Tragique histoire de l’exil des Républicains espagnols en 1936, tragique histoire de l’Espagne …
Aïta parti d’Aranjuez en catastrophe devant les menaces explicites de Franquistes rejoindre sa femme Ama et ses enfants partis pour l’été dans le Pays Basque, patrie de Ama, découvre la maison familiale des parents d’Ama, à Irun, vide. Apparemment abandonnée à la va-vite ; il apprend très rapidement qu’ils ont dû passer la frontière française en catastrophe, les mains vides, pour sauver leur peau. Il les rejoint et les voilà à Irun, hébergés chez Mademoiselle Eglantine, une institutrice française de leur connaissance. Commence le dur apprentissage de l’exil. Un exil où l’on n’a rien, où l’on n’est rien, aussi. Une partie de la famille, les oncles (cousins d’Ama), activistes basques, sont internés au camp de Gurs. Aïta parvient à faire survivre sa famille en se faisant embaucher comme ouvrier dans une usine d’armement. Seule l’unité de la famille leur permet de tenir et à celle-ci de ne pas voler en éclat.
La suite se déroulera au milieu des Landes, au milieu de nulle part, avec une petite ferme à exploiter qui leur permet de surnager, notamment quand la Seconde Guerre Mondiale éclatera et que les Allemands viendront jusque dans leur bout de nulle part. La saga continue …
Autant un roman (court) sur l’exil et la condition d’exilé que sur l’amour et notamment l’amour familial qui permet à des individus de tenir le coup et ne pas sombrer. Cela ressemble diablement à une situation qu’aurait pu connaître, par exemple, la famille de Léonor de Recondo ?
L’écriture est aérienne, plus proche de la poésie que de la narration, et pleine de délicatesse. On vole de 1936 à 1949 sans même y penser, en effleurant les ans, contournant quelques coups durs et tentant de se concentrer sur ce qui importe vraiment, l’amour entre les membres de la famille, la solidarité …

"consigner chaque émotion, chaque silence."

9 étoiles

Critique de Rotko (Avrillé, Inscrit le 22 septembre 2002, 43 ans) - 6 mars 2016

La fuite de Basques espagnols en 1936, devant l’expansion fasciste, oblige la famille d’Aïta et Ama à chercher refuge en France avec leurs trois enfants.

Bien sûr, on note les difficultés matérielles et la dureté de l’exil, mais ce n’est pas le thème dominant de ce livre musical. La voix du narrateur se fait sobre et multiple, respectueuse de chacun, et de ses émotions.

Parfois c’est le chef de famille, peu loquace mais efficace, habile de ses mains et soucieux de ses proches : l’auteur parle de lui et intervient une brève réflexion intérieure de l’intéressé. La narration correspond donc à cet homme réservé qui, au cours de son travail, exprime un souci ou une émotion.

Plus souvent, c’est Ama qui tient un journal personnel, sur elle et ses enfants :

« Je me suis dit que chacun dans cette maison avait ses secrets, ses voyages cachés, et que c’était bien ainsi. »

On parle aussi des enfants, à l’écoute de leurs jeux, de leurs craintes et de leurs curiosités ; de leurs malaises aussi, en tant que déracinés qui doivent faire attention.

Ils colorent d’histoires fantastiques les drames de leur quotidien. Cranof, l’ogre des steppes, devient la figure de

« ce dictateur qui a obligé de familles entières à se séparer, à s’entretuer. Là-bas est devenu un pays aride où ne poussent que quelques arbustes sauvages aux troncs noueux, déformés par la sévérité du climat, où les fleurs ont disparu, où seules les tombes fleurissent. »

Les enfants grandissent et varient leurs moyens d’expression : l’un découvre les haïkus,

La balle a transpercé en plein vol
Le corps fragile du martinet,
Ses plumes ruissellent dans le ciel.

L’autre se passionne pour les avions, si fréquents dans les ciels d’alors, et qu’il regarde comme des jouets.

L’aîné adore dessiner, il se lance dans des entreprises de caricature, potentielle source de déboires au pays des maîtres d’école trop sérieux.

Le charme de ce récit vient de son ton en mineur, où les voix sont écoutées et orchestrées ; chacun y exprime ses interrogations, telle Ama qui clôt son cahier :

« l’exil m’a forcée à consigner chaque émotion, chaque silence. Afin de mieux les comprendre ? De soulager mon cœur ? »

Le lecteur referme le livre, des impressions demeurent en lui, portées par un ton confidentiel et poétique, où les pensées deviennent des haïkus :

Le vent après avoir traversé le fleuve
Et emporté nos souvenirs de là-bas
Se pose un instant sur leur paupières closes.

Exil en famille

6 étoiles

Critique de Isad (Saint-Germain-en-Laye, Inscrite le 3 avril 2011, 57 ans) - 1 novembre 2012

Un roman léger de 170 pages composé de fragments épars d’un journal tenu de 1936 à 1949 entrecoupé des points de vue des différents membres de la famille par chapitres courts de 2 à 3 pages. Pas de descriptions mais des tournures poétiques et quelques haïkus.

La tonalité est positive car la joie d’être ensemble, en famille, prime sur les regrets de la perte d’un pays et de l’aisance financière.

Il s’agit d’une petite tranche de vie et d’histoire où ce qui prime est d’être ensemble, en famille. Le sujet est celui de l’exil en France d’une famille bourgeoise espagnole lors de la dernière guerre. On nous montre la difficulté à être étranger dans un pays qu’on connait pourtant, le caractère des enfants qui se forme et leur insouciance, les conditions de vie rustique à la campagne, l’idéalisme politique, la peur et cruauté gratuite.

IF-1012-3972

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