Les menhirs de glace
de Kim Stanley Robinson

critiqué par Blue Boy, le 2 août 2012
(Saint-Denis - - ans)


La note:  étoiles
Le brouillon de la trilogie martienne
A plus de deux siècles de notre époque dans le futur, le Système solaire est en passe d’être totalement colonisé. La vie a changé grâce aux progrès scientifiques qui permettent à l’homme de vivre jusqu’à 1000 ans, mais les institutions politiques restent soumises à un pouvoir dominateur hérité du XXème siècle. Sur Mars, la révolte gronde et plusieurs comités clandestins préparent le soulèvement. L’AIM – Association interstellaire de Mars – cherche à profiter du tumulte pour quitter à jamais le système solaire et créer une colonie aux confins de la galaxie.

Emma Weil, Hjalmar Nederland, Edmond Doya. Trois personnages, trois époques dont le point de départ est 2248, date à laquelle la rébellion a tenté de libérer Mars de ses dirigeants qu’elle jugeait trop dépendants de la Terre, par ailleurs en proie à la pénurie et au chaos. Emma Weil, après avoir été kidnappée par l’AIM, décidera de rejoindre la rébellion sur Mars avant de disparaître mystérieusement durant la répression. Cent ans plus tard, alors que Hjalmar Nederland conduit des fouilles sur New Houston, une cité martienne entièrement détruite lors de la révolte de 2248, d’étranges monolithes de glace viennent d’être découverts sur Pluton, une des dernières planètes du Système solaire où l’Homme n’a jamais posé les pieds. Pour Nederland, pas de doute, tout porte à croire que l’AIM a voulu laisser une trace avant de quitter le système solaire. Et pourtant, sa théorie sera ardemment remise en cause par son descendant, Edmond Doya, qui lui pense plutôt à une gigantesque mystification… Qui a tort, qui a raison ? Y a-t-il eu vraiment manipulation comme en est convaincu Doya ?

Un récit qui soulève de nombreuses questions quant à la vérité historique et ses enjeux, et qui de fait parle de notre époque à nous, Terriens du début du XXIème siècle, remettant en question pas mal de certitudes. Ce livre parle aussi de mémoire, dans un futur (relativement proche) où les humains, disposant d’une longévité quasi éternelle, ont une perception différente des souvenirs, dans la mesure où ceux-ci finissent par s’estomper au point que leurs « possesseurs » en viennent à douter de la réalité de leur passé. Est abordée également la question de la transmission de l’Histoire, de sa manipulation par les pouvoirs en place et du révisionnisme pratiqué à des fins de propagande, parfois de la manière la plus sournoise qui soit. Par incidence, l’auteur évoque l’esprit de résistance, qui ne peut être entretenu que par la Mémoire (avec un grand « M »), encore faut-il que celle-ci soit la plus objective possible.

Malgré ces thématiques dignes d’intérêt, je dois avouer que la forme ne m’a pas trop emballé. J’ai trouvé que l’auteur avait négligé le rythme, et que de nombreux passages souffraient de longueurs. Si les mystérieux monolithes de Icehenge intriguent le lecteur, évoquant immanquablement « 2001 Odyssée de l’espace », la comparaison s’arrête là, le roman n’ayant pas la même portée métaphysique. L’histoire se dilue dans des descriptions contemplatives ou techniques et souvent interminables, avec quasiment aucun rebondissement. Au bout du compte, je suis resté sur ma faim. Publiée près de dix ans plus tard, la trilogie martienne, qui reprend peu ou prou les mêmes thèmes et le même univers, est nettement plus aboutie et reste pour moi une référence dans le domaine de la SF.