Difficile de choisir par quel ouvrage commencer de Ziegler, tant leurs titres et leurs résumés se ressemblent ; ils expriment de manière plus ou moins explicite ou métaphorique les inégalités Nord Sud, les désastres que créent la faim dans le monde et la « suprématie » de l’ « occident ». Ce n’est pas étonnant au vu de la profession de Jean Ziegler, qui a travaillé à l’ONU en tant que rapporteur sur le droit à l’alimentation dans le monde.
J’ai sélectionné L’empire de la honte comme première approche avec l’auteur, tout simplement parce que c’est le premier qui est arrivé entre mes mains à la bibliothèque.
Dans ce livre, Jean Ziegler alterne ses sources : ouvrages historiques, témoignages d’hommes et de femmes à travers le monde, récits personnels, comptes-rendus d’organismes internationaux (ONU, OMS…). Cette pluralité rend le contenu distrayant et instructif à la fois. Jean Ziegler s’attelle autant à décrire les atrocités de certains pays dits du Sud (corruption, famines, faiblesse voire inexistence des services publics, travail et mort des enfants…) que leur richesse naturelle de paysages et climats.
Selon Ziegler, « L’économie n’est pas un phénomène naturel. Elle n’est qu’un instrument, qu’il convient de mettre au service d’un but unique : la recherche du bonheur commun ». Il tente ici, comme il le précise en préface, de pointer les obstacles empêchant l’accès à ce bonheur par tous les hommes. Mais il n’explique pas concrètement comment les démanteler. Etre lucide de ces horreurs semble être le b.a.-ba.
Comment agir à titre individuel ? C’est à nous d’y réfléchir.
Quand aux autorités et aux Etats, ils devraient s’atteler à annuler la dette des pays en sous-développement. Celle-ci est une aberration économique et sociale. L’aide publique apportée à ces pays dans le besoin par les pays dits « industriels » est bien inférieure aux sommes reversées à titre de remboursement de la dette par les pays du tiers-monde.
Jean Ziegler n’hésite pas à critiquer des expressions que l’on entend ou lit au quotidien dans les médias : « la dette inéluctable », « la légitimation de la dette » ou encore « la confiance des marchés ». Ces expressions aliment souvent des discours creux, politiquement correct ; ceux qui les emploient ne prennent pas souvent le temps de décrire ce à quoi elles renvoient. Ziegler ne se prive pas de donner son avis sur la fameuse « confiance des marchés » :
« pour ne pas être attaqué, dévasté, mis à genoux par le capital financier mondialisé, un peuple doit –par sa conduite économique- gagner la « confiance des marchés ». Mais comment mérite-t-on cette « confiance » ? Tout simplement en se soumettant corps, esprit et âme au diktat des cosmocrates »
Dans ce livre sont aussi dénoncées certaines actions atroces gouvernées par le mercantilisme de grandes entreprises comme Nestlé. Certains organismes délivrent par exemple du lait en poudre gratuitement pendant quelques temps à des mères, leur vantant les mérites pour la santé de leur enfant comparativement au lait du sein. Mais elles ne s’assurent pas de la sanité des eaux avec lesquelles les mères mélangent le lait ; ce qui conduit au décès de nombreux nourrissons.
Ce livre tient plus du constat que de la résolution. Je ne sais pas si les autres livres de Ziegler ont la même teneur, ainsi je ne peux pas dire si celui est vraiment à lire comparativement aux autres. Il me laisse avec une désagréable sensation ; celle de pouvoir lire quantité d’ouvrages dans ce genre sans faire avancer le schmilblick pour autant.
Elya (, Inscrite le 22 février 2009, 23 ans) - 17 mars 2013 |