Un été d'amour et de cendres
de Aline Apostolska

critiqué par Libris québécis, le 8 juin 2012
(Montréal - 82 ans)


La note:  étoiles
Les Tibétains de l'Inde
La plupart des exilés tibétains en Inde se sont regroupés autour de Dharamsala, où vit le dalaï-lama que certains rangent parmi les ruminants, précise l’auteure. Les lamas sont aussi des moines qui habitent, en l’occurrence, un temple près d’un TCV (Tibetan Children’s Village). Emma, une adolescente québécoise, partage le quotidien de ces enfants orphelins que l’on peut parrainer pour 40 dollars par mois.

Si elle se trouve dans un TCV, c’est à cause de ses parents qui ont décidé de se porter coopérants comme professeurs. Comme ils sont friands d’aide humanitaire, ils parcourent le monde tout en emmenant leur fille. Emma a ainsi fait presque le tour du monde. Ce nouveau déplacement à Dharamsala sonne le glas de leurs aventures. Qu’advient-il pour que la famille mette un terme à ses projets ? C’est le suspense que construit l’auteure pour soutenir l’intérêt du lecteur.

L’adolescente réalise que tous ces voyages ne servent qu’à sauver le couple que forment ses parents. C’est à cause de leurs projets communs qu’ils parviennent à vivre encore ensemble. Comme l’Inde est à mille lieues de leur culture, ils courent le risque d’être ébranlés au point de remettre en cause leur union. Et le climat ainsi que l’insalubrité du pays menacent d’accélérer le processus de l’échec marital.

Par contre, Emma y trouve son avantage. Un avantage qu’elle paie chèrement. Elle a le coup de foudre pour Tenzin, un orphelin du TCV. En fait, il s’agit de l’histoire d’une initiation amoureuse en pleine forêt, qui sera témoin de sa défloration dans un ancien nid d’aigles comme alcôve. Mais aimer se conjugue avec pleurer. Et les pleurs ne se feront pas attendre. Du nid d’aigles, il lui faudra se tenir près du bûcher de son amoureux. Si son été est celui de l’amour, il est aussi celui des cendres de la mort.

La mort est omniprésente dans ce roman. Mourir à tout ce qui fait vivre. Et mourir pour ce que l’on ne veut pas vivre. Tenzin est un jeune homme, qui refuse l’indignation à laquelle l’Inde l’oblige. Son peuple a été classé dans la caste des intouchables, soit la caste condamnée à la misère comme l’exige la loi immuable du karma. Emma, aussi, est révoltée par ce système travesti en foi, qui interdit de lutter pour un meilleur avenir. Il ne reste que la réincarnation pour espérer connaître un meilleur sort. Se prendre en main est une expression qui n’a pas cours dans un pays brahmanique. Même Mère Teresa, née à Skopje comme l'auteure, ne s’occupait que de ceux qui étaient convertis au catholicisme. Et malgré tout, chacun affiche le sourire sous la bâche qui l’empêche de s’épanouir. Les religions sont des réductrices de l’être humain. Le bouddhisme ne fait pas exception. En dépit de la vision trafiquée du monde auquel est assujetti le peuple tibétain, il reste d’un commerce agréable

Aline Apostolska a su ficeler avec succès la culture d’un peuple moribond à un cadre romanesque qui l’actualise. Ce projet méritoire fuit le propos doctrinal non sans difficultés. Il y a des effluves qui sentent le cours magistral à des jeunes auxquels s’adresse son œuvre.