Un homme d’affaires, chargé par sa société d’acheter des jouets fabriqués en Chine, négocie le contrat au Grand Hôtel de Yunhai dans la province de Guangodong. C’est là, au sous-sol, qu’il fait la connaissance de Madame Ming, chargée de la bonne tenue des latrines masculines, elle s’entretient amicalement avec les messieurs de passage. Dès la première rencontre de madame Ming avec le narrateur, elle donne le ton, en répliquant à ce dernier, qui la félicite de son professionnalisme : « Accomplir un acte remarquable vaut mieux que d’être remarqué » (p.15).
Un jour, notre homme d’affaires laisse glisser une photo que madame Ming ramasse, en lui disant qu’il a deux beaux enfants. À cet instant, elle lui annonce qu’elle en a dix, et lui dévoile, avec poésie, les caractères de chacun d’eux. L'homme d'affaires hésite entre le mépris face à son mensonge et le bonheur qui émane de cette dame, lorsqu'elle décrit ses enfants, ce qui le laisse perplexe, dans un pays de l’enfant unique. Il sourit et retourne à ses activités. Nous aussi, lecteurs, ne sommes pas dupes. C’est le pouvoir de l’imagination qui nous fascine, la véracité nous importe peu, dans ce conte. « C’est l’imagination qui singularise, l’imagination qui arrache à la banalité » (p.43).
Notre voyageur de commerce qui, n’ayant pas connu le bonheur d’être père, comprend la nostalgie de madame Ming et son besoin d’évasion, en parlant de sa famille imaginaire. Bouleversera-t-elle le choix qu’il avait déjà fait? Et le désir de nombreux enfants pour madame Ming, était-ce la peur de se retrouver seule en fin de vie? Une dernière citation «La vérité, c’est juste le mensonge qui nous plaît le plus » (p.105).
L’auteur, Éric-Emmanuel Schmitt, nous fait partager plusieurs aphorismes de l’œuvre philosophique des “Entretiens de Confucius ”, ce qui en fait une lecture qui plaît et détend, tout en nous conviant à la réflexion, au bonheur et à la sagesse.
Saumar (Montréal, Inscrite le 15 août 2009, 79 ans) - 16 juillet 2012 |