Rue Darwin de Boualem Sansal

Rue Darwin de Boualem Sansal

Catégorie(s) : Littérature => Arabe , Littérature => Francophone

Critiqué par Pascale Ew., le 28 mai 2012 (Inscrite le 8 septembre 2006, 51 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 349ème position).
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Affronter ses origines

Yazid voit sa mère s’éteindre dans un hôpital de Paris où se sont réunis ses frères et sœurs venus de tous les coins du monde, sauf le plus jeune, Hédi, perdu quelque part dans un camp d’entraînement pour Mujahidins. Cette occasion lui fait revivre ses origines empreintes de mystères qu’il n’a jamais cherché à percer.
Il a d’abord été élevé dans l’empire de sa grand-mère, Djéda, dont la fortune reposait sur une maison close. Il était entouré par une ribambelle d’enfants à la parenté inconnue, mais Yazid était présenté comme l’héritier en titre de Djéda. Quelques années plus tard, il rejoignit sa mère dans un misérable appartement du quartier défavorisé de Belcourt à Alger. Et il devint l’aîné d’une fratrie toujours grandissante.
L’auteur en profite pour donner son avis peu mitigé sur l’islam, dans cette histoire :
- « (…) Belcourt est aujourd’hui un autre monde. (…) La liberté, si chère au peuple d’antan, y est un péché impardonnable. L’islam qui règne en maître jaloux et vindicatif le veut ainsi. « Il n’y a d’homme libre que soumis à Allah », clame-t-on du matin au soir et du soir au matin. « Le bonheur est dans le martyr », répond-on en écho à la même infernale cadence. Seigneur de miséricorde, pourquoi cela, sans hommes libres pour les aimer, les enfants ne sont pas des enfants mais des clones de monstres apeurés et irresponsables. De ton islam tout blanc, très vénérable et festif, ils ont tiré un breuvage de sang et d’amertume et s’en soûlent comme jamais mécréant ne l’a fait avec son impiété. »
- « (…) à mes yeux le problème était dans l’islam lui-même, qui pousse ses partisans à l’orgueil, à l’exclusive, qui les désigne comme juges et protecteurs suprêmes de l’univers alors qu’ils ont déjà du mal à nourrir leurs enfants et à se débarrasser de leurs affameurs. (…) la religion c’est quand même l’entente, la sincérité, le renoncement, et d’abord la mesure, qui laisse un peu de place à l’évasion, à la conversation. »
Il aborde également les thèmes de l’émigration à tout prix et de la fin de vie : « Quand son temps est passé, vivre est une douleur extrême. »
Quoi qu’il en soit, l’écriture de Boualem Sansal est un vrai régal : quelle que soit l’histoire, on lirait ses mots rien que pour le plaisir ! J’ai cependant eu du mal avec les voyages incessants dans le temps que j’ai trouvé très brouillons, qu’il nous impose.

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Très bien écrit mais un peu trop manichéen

7 étoiles

Critique de Badzu (versailles, Inscrite le 6 novembre 2005, 43 ans) - 27 février 2018

J'ai découvert Sansal avec le Village de l'Allemand, dont j'avais apprécié la belle écriture et l'histoire touchante.

Je retrouve ici cette écriture élégante qui procure un vrai plaisir de lecture. Sansal conte l'histoire de famille riche et tortueuse de Yazid, un Algérien né dans les années 40. On s'attache à son parcours jusqu'au bout, découvrant des secrets et des non-dits qui ont pesé sur ses épaules toute sa vie.

Sansal a, malheureusement à mon sens pour le lecteur, cette manie de décrire l'Algérie et les Algériens comme une masse grouillante, puante, vicieuse, ignare et sale (la description du palais de la Djedda vous renvoie direct au film 300 quand le Sparte difforme vient faire allégeance au roi de Perse sous sa tente).
L'Algérie oui est un pays qui n'a pas su ou pu prendre son destin en main et Sansal est de la génération qui a le plus cruellement souffert de la désillusion de l'indépendance, je peux le comprendre.

Je ne veux pas faire de la psychologie de bas étage mais il se vit comme un rescapé, un bon au milieu des mauvais qui ont échoué à avoir sa peau, mais qui auront réussi malgré tout à gâcher sa vie (le personnage principal n'a ni femme ni enfants).

De ce fait il fait toujours dans ses romans des parallèles avec les rescapés Juifs, dans une sorte d'identification, voyant en l'Algérie un génocide plus moral que physique. Il en ressort, selon moi, une sorte de complexe d'infériorité.
Ainsi la religion de ses pères est intrinsèquement mauvaise (et il ne parle pas d'islamisme, mais bien de l'Islam tout court) et le mot Imam lui donne la nausée, n'ayant pas de mots assez durs pour les qualifier, quels qu'ils soient. A l'inverse le Rabbin du quartier de son enfance, lui, n'est que sagesse et humanité, il a tout compris à la vie et sa philosophie est de lumière (je n'exagère pas).

Il est intéressant de lire Sansal pour comprendre la souffrance d'un Algérien qui voit son pays faillir à toutes les promesses depuis son indépendance. Mais j'aurais aimé un peu plus de subtilité dans la description d'un peuple qui est tout entier, à part quelques-uns dont lui, accusé et jugé coupable.

Rue Darwin : un clin d'oeil (tuméfié!) à l'espèce humaine et ses origines

9 étoiles

Critique de Lalige (, Inscrit le 16 novembre 2008, 44 ans) - 1 avril 2013

Le style fluide et inspiré de Sansal balaie cinquante ans d'histoire(s) du jeune Yazid. mais quelles histoire(s) ? la petite, celle, personnelle, dont on hérite sur fond de "grande" Histoire de son pays à travers ses tribus ? A moins qu'il ne s'agisse d'une autre histoire, celle des anonymes que l'on tait?

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