Dieu
de Marie Drucker, Frédéric Lenoir

critiqué par Isis, le 23 mai 2012
(Chaville - 74 ans)


La note:  étoiles
Une spiritualité universelle
«Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Dieu sans jamais oser le demander...»
Frédéric Lenoir, philosophe et historien des religions, médiatique en diable, si l’on peut dire, tient honorablement cette apparente gageure.
Sur le fond, ce survol synthétique du phénomène religieux à travers les âges et la diversité des civilisations est extrêmement consensuel ; il ne saurait donc heurter les convictions du lecteur lambda, croyant ou non, à condition, toutefois, dans la première hypothèse, que celui-ci sache s’affranchir, au moins le temps de sa lecture, de tous les dogmes qu’on a pu un jour lui enseigner…
L'auteur, en livrant dans l’épilogue de son ouvrage son parcours personnel, ses croyances et ses doutes, dénonce en effet la relativité de tout discours théologique, en ce qu’il est conditionné par la culture de chaque population, et les grands dangers de la certitude dogmatique menant, dit-il, au rejet de l’autre, à l’intolérance et au fanatisme, si délétères à notre époque.
On ne saurait donc accuser Frédéric Lenoir de prosélytisme, sa démarche se limitant à décrypter l’origine et les fondements des trois monothéismes sans oublier, bien sûr, l'influence des sagesses orientales. N'a-t-il pas autrefois entamé une thèse de doctorat à l’Ecole des hautes études en sciences sociales sur le bouddhisme et l’Occident, après avoir d'ailleurs effectué un séjour de trois ans dans un monastère chrétien ? D'où sa croisade en faveur d'une «spiritualité universelle qui, sans les renier, transcende tous les rituels et tous les dogmes...par l'amour du prochain», avec pour viatique l'Evangile selon Saint Jean auquel il voue une ferveur toute particulière.
Enfin –cerise sur le gâteau- ce précis d’histoire des religions se voulant le plus attractif (accrocheur ?) possible, se présente sous la forme d’un dialogue très vivant à bâtons rompus avec Marie Drucker, autre vedette de l’audiovisuel. Au programme de nombreuses questions/réponses sur la misogynie des religions, les rapports de Dieu avec la science, les preuves éventuelles de son existence ou de sa non existence, les arguments des philosophes d'hier et d'aujourd'hui, des croyants et des athées etc…
Sans doute ce syncrétisme religieux très en vogue aujourd’hui irritera-t-il les catholiques bon teint ; au moins est-il suffisamment accommodant et complaisant pour plaire au plus grand nombre et satisfaire aux exigences du marketing littéraire. A l'ère du consumérisme roi et du culte de l'argent, cet argument reste encore sans doute ici le plus convaincant !
Une bonne intention... 3 étoiles

Comme l'écrit avec pertinence ISIS (voir sa critique), F. Lenoir est habité d'une belle intention qui transparait dans tous ces textes : sortir des apparences et des dogmes pour atteindre l'essence des enseignements (que se soient ceux de Jésus, Socrate, du Bouddha...). C'est louable, et c'est agréablement écrit et montré. "Dieu" est dans cette veine.
Cependant, ce livre n'échappe pas, comme les autres, à l'impression d'un lissage ou plutôt d'un polissage, pour ne choquer personne, pour ne pas engager la polémique, pour ne pas aviver de passions, etc. En d'autres termes, on lit un discours convenu et emprunté sur le fond aux mystiques (pour ceux qui lisent directement leurs écrits : passez votre chemin...). L'intention est louable, mais l'auteur sert encore du réchauffé, sans s'impliquer, sans apporter sa propre note.
Enfin, ce livre (comme tous ceux de Lenoir depuis au moins une décennie) respire le marketing à plein nez. La collaboration de M. Drucker n'apporte rien, si ce n'est une touche féminine et un nom qui attirera quelques promeneurs en mal de star.
On attend toujours un Lenoir personnel, original et engagé...

Colt - - 47 ans - 28 juin 2012