Servir le peuple de Yan Lianke

Servir le peuple de Yan Lianke
(Wei ren min fu wu)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Being, le 12 avril 2012 (Inscrit le 12 avril 2012, 27 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (11 330ème position).
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Servir le peuple

Servir le peuple de Yan Lianke a été en Chine, interdit dès sa publication. La Chine se rendra peut-être un jour compte qu'elle interdisait là un chef d'oeuvre de chez chef d'oeuvre.

"Son court roman est aussi iconoclaste que jubilatoire. Ou comment Servir le peuple devient, pour l'ordonnance d'un colonel de l'Armée populaire de libération, l'injonction de satisfaire aux besoins sexuels de la femme de son supérieur. Le mari s'étant absenté pour deux mois, les deux amants passent leurs journées cloîtrés dans la maison, où ils découvrent par hasard, en brisant une petite statue en plâtre de Mao, que ce geste sacrilège décuple leur désir. Dès lors c'est à qui se montrera le plus "contre-révolutionnaire" en détruisant le maximum d'objets liés au Grand Timonier. Un amour fétichiste et une variation insolente de l'Histoire officielle qui ont valu au livre d'être saisi et interdit en Chine dès sa publication."

Yan Lianke, a dans ce livre, la classe d'Albert Camus (L'étranger) ou de John Steinbeck (Des Souris et des Hommes), ou encore de son compatriote Bi Feiyu (Les triades de Shanghai). C'est-à-dire qu'on pourrait le résumer en une ou deux phrases... que le livre n'a l'air de rien comme ça (volume peu épais, 200 pages à tout casser)
Mais qu'une fois lu, on se rend compte de sa densité.

Et surtout pour le cas de "Servir le peuple" de Yan Lianke, on se rend compte toute la spiritualité, de la poésie, de la réflexion, de l'ampleur. En cela, il dépasse Camus, Steinbeck et Bi Feiyu. Qui étaient jusque là les auteurs les plus talentueux que je connaissais.

Le livre est "juste" parfait jusqu'à sa moitié, jusqu'à la scène-clé, qui aurait pu être beaucoup mieux éludée. La fin du roman est moins bien, mais ça reste quand même génial. Tout le monde devrait avoir lu "Servir le peuple" de Yan Lianke.

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AMOUR ET PASSION EN CHINE DURANT LA RÉVOLUTION CULTURELLE

8 étoiles

Critique de Septularisen (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 51 ans) - 11 mars 2018

«Servir le peuple» est un des plus célèbres slogans de la Révolution culturelle chinoise, mais dans ce livre c’est surtout l’histoire de Wu Dawang, jeune soldat de l’Armée populaire de libération, âgé de 25 ans au début de ce récit.

Au départ simple paysan de la province du Hunan, Wu Dawang a intégré l’armée avec la recommandation et l’aide de son beau-père. Avant de lui accorder la main de sa fille, surnommée «Beauté», celui-ci lui a fait signer une lettre où il s’engage en moins de trois ans à devenir membre du parti, à devenir officier et surtout à obtenir la permission pour sa femme et son fils de pouvoir venir résider en ville. Faute de quoi il devra disparaître à jamais de la vie de «Beauté».

Si au départ tout va mal pour Wu Dawang, il voit enfin son destin basculer le jour où il est choisi pour devenir l’ordonnance et le cuisinier personnel du colonel de sa caserne et de sa femme, la très jeune et très belle Liu Lian. Un jour, le colonel s’étant absenté pour la durée de deux mois afin d’assister à un séminaire de l’armée dans la capitale. Wu Dawang se retrouve donc seul avec la jeune épouse dans la grande maison entièrement décorée à la gloire du « Grand Timonier ». Ce qu’il ignore encore c’est que Liu Lian a jeté son dévolu sur lui…

N’ayant pas d’autre choix, le slogan «Servir le peuple», devient donc pour Wu Dawang l’injonction de satisfaire les besoins sexuels de Liu Lian, la femme de son colonel…

«Servir le peuple» est un petit livre (à peine plus de 200 pages), d’une écriture simple et fluide, le tout se lit donc en quelques heures, les pages se tournent sans même s’en apercevoir. Ce n’est pas très descriptif, il n’y a pas de «grands paysages», l’action se déroulant surtout dans la maison du colonel. Par contre la psychologie des deux personnages principaux Wu Dawang et Liu Lian est très fouillée et très bien développée.
Le roman comporte aussi de très belles envolées lyriques, typiques des romans asiatiques. L’armée et ses pratiques en prennent pour leur grade, l’auteur étant un ancien militaire on peut donc raisonnablement penser qu’il sait de quoi il parle!. J’ai aussi noté des commentaires très «décalés» et souvent très irrévérencieux sur les pensées et maximes du président Mao. Pas étonnant donc que ce livre ait été interdit dès sa parution par les autorités chinoises.

Je dois dire que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre, regrettant même à la fin qu’il ne comporte pas quelques dizaines de pages en plus. Le «twist» à la fin du livre est d’ailleurs très bien amené, très surprenant et pas du tout celui auquel on s’attend!
Lianke YAN (ou devrais-je dire YAN Lianke selon la tradition des pays asiatiques?), est assurément un très grand auteur, et ce livre certainement un bon moyen de partir à la découverte de son œuvre.

Rappelons que YAN Lianke a été le lauréat en 2014 du prestigieux Prix Franz-Kafka de Littérature (délivré par la Société Franz-Kafka de Prague) et que son nom a déjà été proposé à de nombreuses reprises pour le Prix Nobel de Littérature.

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