La tache de Philip Roth

La tache de Philip Roth
( The human stain)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Jules, le 26 septembre 2002 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 75 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 35 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (302ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 15 314  (depuis Novembre 2007)

Décoiffant !...

« La tache » est le tout dernier roman de Philip Roth et vient de paraître chez Gallimard. Je me rue… Et je tombe sur quoi ?… Un nouveau chef-d'œuvre écrit par ce grand écrivain contemporain ! Puissant, au souffle décapant, il pousse ses personnages vers des sommets où les sentiments humains prennent des tournures effrayantes, ou totalement ridicules.
Un personnage hors du commun que ce Coleman Silk ! Au début du livre, nous sommes en 1998 et il a septante et un ans. Il se confie à Nathan Zuckerman, le double de Roth dans plusieurs de ses livres, et le narrateur de cette histoire.
Au moment où nous faisons sa connaissance, lui, le professeur d'université en littérature ancienne, l'ancien doyen de l'université, s'est vu attaqué et a décidé de démissionner suite à un véritable lynchage !… Il aurait tenu des propos racistes alors que, tout simplement, le mot qu’il a employé a un double sens en anglais.
La rage l'envahit au point de l'enfermer dans ses sentiments et cela d’autant plus qu'il estime que toute cette histoire a entraîné la mort de sa femme !
Coleman Silk, au départ, avait quelques problèmes d’identité. Noir, il est quasiment aussi blanc qu’un blanc au point qu'entrant à l'armée il s’est déclaré comme blanc. Le voilà devenu prisonnier de ce mensonge qui ira jusqu'à le forcer à rompre totalement avec sa mère et toute sa famille. Et cela ne lui suffit pas ! Tant qu'à devenir un autre, un blanc, pourquoi pas s’inventer un passé de Juif ?… Et le voilà parti dans cette direction…
Mais cela, c'est son secret, le résultat de son amour pour le mensonge et les secrets. Nous sommes des années plus tard et, malgré sa démission, il n’en a pas fini avec les « qu’en dira-t-on », les rumeurs et l'hypocrisie. A son âge, le voilà qui entreprend une relation des plus sexuelles avec une jeune femme de trente et un ans ! A nouveau la rumeur et les lettres anonymes. Nous sommes en pleine affaire Lewinsky et l’hypocrisie, une fois de plus, fait rage en Amérique. On ne peut s’empêcher de rire, pour ne pas en pleurer, quand Roth nous dit qu'après un siècle qui a connu autant d’horreurs que le vingtième (14-18, Hitler, Staline, l'holocauste et on en passe.) les Américains sont bien heureux de n'avoir pour principaux problèmes que de savoir si le Président s'est bien laissé sucer, ou non, et si Coleman Silk s’envoie bien cette jeune femme qui passe pour illettrée en plus.
L’opposition à Silk est menée par une jeune et très belle femme qui dirige le département de lettres anciennes à l'université. Elle est un pur produit français, parisien même, sortie en droite ligne des plus grandes écoles. Frustrée et mal dans sa peau, elle orchestre la meute des moutons bêlants…
Un roman qui dénude les plus bas instincts des hommes en général, mais des américains en particulier. Roth ne nous fait cadeau de rien et pour notre plus grande satisfaction !… Même si vous ne deviez pas lire ce roman, lisez quand même les pages 193 et 194 dans lesquelles Roth décrit ce qu'est « la tyrannie des convenances ». C’est grandiose !… Oui, les Américains sont hypocrites et pudibonds, mais sommes-nous totalement exempts de ces défauts ? La question mérite d'être posée.
Toute sa vie Coleman Silk va tenter de diriger son destin, de surtout ne pas se laisser absorber par des groupes, mais le voilà forcé de reconnaître que : « Il remuait les mêmes pensées vaines, vaines pour un homme comme lui sans génie, sinon pour Sophocle : à savoir que le destin tient à peu de choses… à moins qu’il ne paraisse secondaire quand on ne peut y échapper. »
Roth crée pour nous des personnages dignes de la tragédie grecque et les pages consacrées à Faunia qui s'assimile à une corneille n’en sont qu'une des preuves.
L'Amérique ?…
« la plus vieille passion fédératrice de l'Amérique, son plaisir le plus dangereux peut-être, le plus subversif historiquement : le vertige de l'indignation hypocrite. »
Comme dans « J’ai épousé un communiste » et « La pastorale américaine », ce livre nous montre un Philip Roth furieux et déchaîné. Et certain disent qu’il n'y a pas d'opposition aux US !. Un excellent roman, un livre qui a vraiment toute une dimension !

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Un bon roman mais

6 étoiles

Critique de Tyty2410 (paris, Inscrite le 1 août 2005, 32 ans) - 23 octobre 2013

Dire que je n'ai pas aimé ne serait pas exact. Dire que c'est un roman que j'ai adoré ne le serait pas non plus. J'ai découvert Philip Roth avec ce roman et je n'ai rien lu d'autre de lui depuis. C'est une bonne idée de livre, mais on se perd dans les longueurs et les digressions du roman. Personnellement je ne me suis pas arrivée à "rentrer" dans le roman et dans la peau du personne principal. Il y a toujours de la distance, entre le livre et le lecteur. Ce roman est bien écrit mais peut-être trop justement. C'est dommage pour un thème comme celui-là.

Chacun porte sa tâche...

8 étoiles

Critique de Killing79 (Chamalieres, Inscrit le 28 octobre 2010, 40 ans) - 14 octobre 2012

Au début de son roman, Philip Roth nous fait apparaître Coleman Silk comme le bouc émissaire de toute la population. Au fil des pages, on comprend que Coleman subit volontairement toutes les critiques portées à son encontre, en respectant scrupuleusement le mensonge qu'il avait créé étant adolescent. Ce mensonge, qui lui paraissait inévitable à un moment de sa vie, va régir toute son existence, et finalement entrainer lui et ses proches dans une spirale dramatique. Cet élément caché va lui coller définitivement à la peau, et il va le porter comme un fardeau.
Philip Roth manie une écriture agréable avec laquelle il va passer par différents points de vue de cette histoire: Nathan Zuckerman, l'observateur extérieur, Coleman Silk, l'acteur principal, Faunia Farley, la femme scandale, Les Farley, son ex détraqué et Delphine Roux, l'anti-Coleman. Chacun de ces acteurs porte en lui une "tache" personnelle, un secret qui va légitimer ses actes. Tous ces actes qui sont en définitive, aiguillés par le puritanisme et le moralisme américain.
C'était mon deuxième Philip Roth, et cette fois ci, il m'a convaincu, grâce à un fond que sublime la forme.

Crise d'identité

6 étoiles

Critique de Manhattan (Marseille, Inscrit le 24 août 2008, 40 ans) - 8 octobre 2012

L'histoire d'un homme Coleman Silk, débordant d'énergie prêt à absolument à tout pour fuir ses origines.
C'est raconté à la troisième personne et ça peut perturber le lecteur.
Le passé du personnage principal est minutieusement détaillé, façon sauce pimentée Balzac. Les Etats Unis prennent un bon coup dans la poire : hypocrisie, puritanisme, traumatisme engendré par la guerre du Vietnam, ségrégation raciale...
On nous met en lumière l'affaire Clinton Lewinsky qui fait couler de l'encre dont les américains sont friands, et ce n'est qu'un trompe l'oeil. ROTH creuse ses personnages au plus profond comme peu d'écrivains peuvent le faire, avec cet art pour montrer l'ambivalence que l'on peut avoir en chacun de nous.
L'intrigue est bonne comme l'humour. Mais ça reste un peu trop négatif et mélancolique à mon goût

Où il est question de tache

8 étoiles

Critique de Ravachol (, Inscrit le 24 octobre 2010, 35 ans) - 13 janvier 2012

Roman sur l'identité mais surtout sur l'ambivalence sentimentale qui réside en chacun de nous, « La Tache » nous fait voyager à travers un temps qui semble immuable et dévastateur.

Si dans « Pastorale Américaine » Philip Roth traite de l'identité à travers le conflit des générations, dans « La Tache » il se lance dans un projet plus ambitieux : déceler l'identité de l'identité ambivalente qui réside en chacun de nous. Et pour arriver à ses fins, l'auteur va dresser le portrait de personnages hauts en couleur : Coleman Silk, le doyen blanc anciennement noir qui a fait le choix(?) de la réussite ; Faunia, la maîtresse secrète de Silk, illettrée, détruite par la vie mais humaine ; Les, mari de Faunia, vétéran du Vietnam, avide de vengeance et de meurtre ; Delphine Roux, professeur française carriériste et stoïque ( qui possède toutefois des valeurs).

Philip Roth va se servir de ses personnages pour montrer que chacun d'entre eux possède une personnalité mais qu'aucun n'est en mesure de pouvoir l'exprimer aux yeux de la société américaine, puisque l'histoire se passe en Amérique. L'ambivalence des personnages est donc un des points forts de ce roman. La personne foncière qui est en chacun de nous n'est pas en adéquation avec la personne que l'on laisse apparaître aux yeux de la société. C'est ainsi que, tromperies, motivations internes, carriérisme ou volonté d'intégration nous changent en un autre, un autre taché d'histoire révolue mais toujours présente.

Mais là où le roman de Roth est intéressant, c'est qu'il rassemble les taches, qu'elles soient apparentes, cachés volontairement ou non ou qu'elles soient égalitaires au yeux de la société. Et là c'est l'occasion pour l'auteur de balancer tout ce qu'il pense de l'Amérique. Pays des droits de l'homme, de la liberté individuelle comme des biens communs, les Etats-Unis aiment le scandale, l'hypocrisie et le mensonge. Ils préfèrent se rebeller contre un Bill Clinton qui se fait sucer le col roulé plutôt que de voir la réalité en face, celle de l'inégalité.

Bref, « La Tache » allie humour, psychologie et littérature pour donner au final un résultat bouleversant pour le lecteur. A lire absolument !

Une bonne leçon

9 étoiles

Critique de Antihuman (Paris, Inscrit le 5 octobre 2011, 36 ans) - 17 novembre 2011

A mon avis une très bonne intrigue, car Roth ose parler non pas uniquement du racisme mais de TOUS les racismes, et également de la puissance de la langue de bois et de l'intolérance: il est rare de trouver aussi crédible dans le canevas d'une "fiction" un discours semblable à celui de ce Coleman Silk.

Mélancolique, tout en nuances, le livre aborde donc des thèmes difficiles que l'on ne trouvera guère dans les romans de gare ! L'argent, l'étatisme et le paraître, ont surtout leur première importance et la fin tragique ne fait que renforcer, de toute façon, l'impression générale. Enfin la dénonciation opérée de l'Université (entre autre par la professeur de français), systématique et honteuse, rappellera les heures les plus sombres de l'Histoire. Je ne vois pas grand chose à ajouter à ce qu'en a dis Jules, simplement beaucoup devraient lire ce livre.

La fin tragique d'un homme libre

9 étoiles

Critique de Chameau (, Inscrit le 10 novembre 2010, 39 ans) - 10 novembre 2010

Formidable ode à l'individualisme et à la liberté, écrite avec densité et humour, où chaque phrase, chaque mot est à sa place, "La tache" est un roman brutal, puissant, subtil, brillant et complexe sur le mensonge et l'identité à travers le cas très particulier de Coleman Silk. Attention toutefois car la traduction est bâclée. Beaucoup d'expressions retranscrivent mal les effets voulus par l'auteur. La version originale en anglais me semble bien meilleure...

Magistral

9 étoiles

Critique de Bartleby (Piré sur seiche, Inscrit le 14 octobre 2010, 43 ans) - 14 octobre 2010

C'est l'histoire d'une dissimulation et de ses conséquences inattendues et ironiques quelques années plus tard... Le héros Coleman Silk, universitaire respecté, a bâti avec succès sa vie sur un mensonge pour changer son destin. A la suite d'une phrase anodine prononcée lors de l'un de ses cours, son passé mystérieux le rattrape... Et, accusé de racisme, il est forcé de démissionner. A sa demande, Zuckerman va alors raconter la vie du vieux professeur qui n'est pas le seul à cacher un lourd secret. A commencer par Faunia avec qui il a une liaison jugée scandaleuse dans une Amérique en plein tourment de l'affaire Lewinski... Chacun porte en lui cette souillure originelle, cette tache qui fait toute l'ambiguïté et la richesse de nos êtres se rend compte Zuckerman. Peut-on échapper au destin et se libérer de l'étiquette que s'obstine à nous coller la société ? Un grand roman sur l'identité (un des thèmes chers à Roth) puissant, maitrisé de bout en bout qui fustige le puritanisme... Tout petit bémol personnel : j'ai trouvé le personnage de Coleman moins vivant que, par exemple, le Suédois dans Pastorale Américaine, peut-être parce que le roman est plus cérébral...

?

6 étoiles

Critique de Pat (PARIS, Inscrit le 21 mars 2010, 55 ans) - 27 mars 2010

Portraits de différentes personnes, dont la vie a été brisée. Portraits qui trainent en longueur, jusqu'au terme du livre. Différents thèmes sont approchés, comme le racisme, la maltraitance à enfants, le retour à la vie civile de militaires, le politiquement correct, et la pensée unique qui s'impose à tous. Personnellement, ce livre ne m'a pas touché, j'ai eu du mal à le finir, j'étais pressé d'arriver à la fin.

Le prix à payer pour avoir voulu être un autre

8 étoiles

Critique de Ichampas (LAMBALLE, Inscrite le 4 mars 2005, 55 ans) - 25 janvier 2010

Il ne faut rien dévoiler de la stupéfiante machination que Coleman Silk, le héros de ce roman, met en place pour devenir quelqu'un d'autre, pour changer de vie, pour changer de peau. A travers ce roman Philip Roth nous décrit les mœurs de la société américaine sur six décennies. Ce livre est bien ancré dans la réalité des faits qui ont marqués cette société, le racisme, la guerre du Vietnam, le problème juif, etc. Le personnage principal est attachant, il suscite la pitié et la révolte. Je dois avouer que je me suis laissée embarquer dans cette histoire très facilement mais chez Philip Roth, ses personnages comme dans « la bête qui meurt » me dérangent, ils sont excessivement négatifs et toujours obsédés sexuels. Y-a-t-il une part de la personnalité de l’écrivain dans ses personnages principaux ?

Un moment sympa...

8 étoiles

Critique de Teuta (, Inscrit le 20 décembre 2009, 38 ans) - 22 décembre 2009

Très beau livre, belle écriture, cependant, j y ai trouvé quelques longueurs. Des descriptions très crues sans jamais tomber dans le cynisme avec un vrai souci du détail.
Certains passages me faisant souvent penser à du Céline. En chacun de nous sommeille quelque chose d'inavouable (ou pas), qui forcément joue sur notre trajectoire. Timidité, gêne ou encore malaise...pleins de choses insignifiantes qui peuvent faire peur à l'Autre et qu'on préfère cacher..."chasser le naturel, et il reviendra au galop"...

Ça aurait pu être plus intense

7 étoiles

Critique de Nance (, Inscrite le 4 octobre 2007, - ans) - 14 décembre 2009

L’auteur nous brosse un portrait féroce de l’Amérique, pleine de son indignité hypocrite. C’est puissant à plusieurs moments, humain, mais quand on commence à parler de l’enfance du professeur, ça a quelques longueurs. Des fois, on va directement à l’essentiel et d’autres fois, souvent, j’ai l’impression qu’on tourne autour du pot et qu’on radote. Je ne suis quand même pas déçue de ma lecture.

La réinvention du roman

8 étoiles

Critique de Haiter (, Inscrit le 13 octobre 2009, 50 ans) - 13 octobre 2009

Il n'y a que deux sortes de lecteurs de Philip Roth : ceux qui l'adorent et ceux qui ne l'ont pas lu. (La formule n’est pas de moi). Ce chef d’œuvre est à garder sous le coude, sur la table de chevet voire sous le manteau (Je plaisante).


Coleman Silk est un grand professeur de lettres classiques à l’université d’Athena, helléniste notoire et accessoirement prétentieux (n’est-ce pas Delphine Roux ?). Doyen de l’université pendant une période, il fut accusé de racisme par ses pairs pour avoir traité un étudiant, souvent absent, de « Zombies ». Dans un accès de colère, il démissionne de son poste. Suit alors une série d’événements : décès de sa femme, tension familiale après sa relation avec une femme de ménage et surtout retour du refoulé : Le passé de Coleman revient comme un boomerang. 50 ans de vie secrète remontent à la surface. Le mensonge d’une vie doit servir de caution pour sa disculpation. Ca doit être consigné dans un livre, eh oui ! Il doit raconter et en contrepartie remuer le passé (empreint de secret) dans un livre. Il doit extérioriser et déballer ses secrets. Il n’a pas le choix. Mais est-ce possible ? C’est du lourd, très lourd. Supportera-t-il de divulguer ses mensonges? Son entourage, ses enfants auront-ils assez de force pour réagir sans conséquences ?



Tel est le décor planté par Roth comme préambule à cette œuvre monumentale. Racisme et ressentiments minoritaires, secret est mensonges, intolérance raciale et sociale font partie des sujets qui ont imprégné l’auteur au moment où il a entrepris cette œuvre à la fin des années 90. Tout est dedans : L’Amérique en crise de pureté pendant l’affaire Levinsky, le retour sur les tensions raciales des années avant et après guerre, du traumatisme de la guerre du Vietnam. L’Amérique de la fin du 20ème siècle est passée au scalpel.

Ce type est littérature à lui tout seul : Encyclopédique vous-dis-je. Des réserves ? Je souhaite du courage à ceux qui s'y aventurent.
Bon on peut ne pas aimer certains passages longuets (6 ou 7 pages de détails sur l'art de voler chez les corneilles et les bises), mais bon il a le souci du détail ce mec là, c'est son péché.

Ne vous attendez pas à lire un bouquin sombre, amer, mais pas du tout. L’humour, le burlesque font partie du lot. Vous ne connaissez pas Roth ? Réservez-le, vous ne le regretterez pas, les autres peuvent aller se rhabiller.


NB : Les superlatifs sont utilisés à bon escient

Pas pour moi

4 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 45 ans) - 21 février 2007

Je suis partagée. En entamant cette lecture, je partais avec un à priori pas trop sympathique pour Philip Roth qui m'avait profondément ennuyée avec "La bête qui meurt". On ne peut pas dire que je me sois vraiment ennuyée cette fois mais je reproche tout de même pas mal de longueurs et de digressions, ce que je trouve dommage, parce que le propos et les idées sont on ne peut plus intéressants. Le racisme, la société américaine, les apparences, le conservatisme, le mensonge, etc etc. Un beau portrait dressé là mais trop de blabla pour moi, rien à faire. C'est comme si Philip Roth, lorsqu'il sentait qu'il y avait matière à développement, ne pouvait plus se contenir et en faisait des tonnes, noircissant les pages et noyant, du coup, certains bons éléments parmi tout le reste. Et comme dans "La bête qui meurt", la caricature universitaire à outrance. Pas très emballée, mais ce n'est bien sûr que mon avis et je sais que ce livre a eu de très bons échos, c'est moi qui doit ne pas aimer Roth et puis voilà.
Peut-être en raccourcissant le roman d'au moins la moitié, histoire de l'alléger et d'aller à l'essentiel sans se perdre dans 36000 méandres, que sais-je... ou passer à un autre auteur en ce qui me concerne, tout simplement :)

Un concentré brillant des Etats-Unis

10 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 41 ans) - 3 juillet 2006

Ce roman est une photographie sociologique cachée où sont disséqués le racisme, la perception américaine du sexe et de ses abus, le problème juif, les séquelles du Vietnam, le statut des travailleurs précaires, l'inceste, l'illettrisme, ainsi que, sur un plan apparemment plus personnel au personnage principal, la bataille pour l'honneur, la calomnie, l'abandon, le mépris, la jalousie amoureuse, voire la folie, dont il est victime.
Ouaaahh! En 440 pages, sont exposés les travers américains, de manière d'autant plus brillante que l'oeuvre est truffée d'analyses psychologiques des personnages et de dialogues-coup de poing, qui font mouche à chaque fois. Le parallélisme des sexualités de Clinton et Silk sont aussi brutales que drôles. Tout se chamboule, les cartes ne semblent cesser de se rabattre : de nouvelles facettes de l'histoire du protagoniste sont divulguées tout au long du récit, et j'ai été particulièrement impressionné et intrigué par le savant mélange de récit présent et de retours-arrières (ce néologisme vaut bien flash-back ou travelling arrière, non ? wink and smile !).
Il serait intéressant de faire une comparaison avec Edmond Dantès : lui commence à se battre et décide, pour ses raisons propres, se retirer, dans l'outrage, et la vindicte le poursuit, via les rancoeurs de Delphine Roux, mais quel retournement pour lui à l'enterrement, grâce au discours de son collègue noir. J'ai apprécié le "et après", voir ce qui se passe après la mort du personnage principal, dans un chapitre qui vaut bien son jus. Proust n'a-t-il pas donné presque son meilleur sur la fin avec le Temps retrouvé ?

Oui, ce roman est touffu, peut-être un brin trop dense. Y a-t-il trop de descriptions, comme j'ai pu le lire ? Je conçois qu'on puisse le penser, mais je reste sur l'impression tenace selon laquelle elles sont nécessaires à ce qui est bien une analyse, tant sociologique que psychologique.
Personnellement, j'ai accroché tout de suite, et ai mordu jusqu'à la fin. Je l'ai lu en une journée et demie. Beaucoup ont apprécié, et personne n'a mis *****. J'étais bien tenté, et ai hésité en voyant les notes. Allons, courage, j'assume mes goûts subjectifs, qui se mêlent aux raisons objectives d'apprécier ce livre - que j'espère avoir exposées suffisamment clairement -, car il s'agit bien d'un coup de coeur.

Du grand Art !

9 étoiles

Critique de Cuné (, Inscrite le 16 février 2004, 52 ans) - 23 novembre 2005

Philip Roth est surprenant, il discourt pendant des pages et des pages d'un point de détail, et on se laisse totalement envoûter par sa plume. Pour autant il n'y a pas de douceur dans ses propos, c'est du brut, de l'exposé, du raffiné de haut vol. Le grand mot de La tache c'est le secret. Au delà de portraits très réussis, de la peinture au vitriol d'une Amérique hypocrite et patronnesse, tous les personnages ont un secret; Coleman bien sûr, mais aussi sa soeur (qui avait gardé le contact), Faunia, Delphine Roux, Les... Et ils sont tous si méticuleusement décrit jusque dans leurs moindres recoins, qu'une fois la dernière page tournée, on a l'impression de les avoir réellement connus, on s'est enrichis de leur histoire, et on est un peu tristes, finalement, parce qu'elle n'était pas belle.
Je suis très heureuse d'avoir enfin lu le Grand Philip Roth, très admirative devant son talent, mais il me manque un tout petit quelque chose pour l'aimer vraiment

La meilleure fiction sur le racisme

8 étoiles

Critique de Julie D (Paris, Inscrite le 15 juin 2005, 58 ans) - 17 juin 2005

C'est vrai qu'elle perdra de son impact sur le lecteur averti (averti trop tôt de la négritude de Coleman). Le découvrir en temps voulu fait voler en éclats ce qui pouvait rester de préjugés. Ne dites rien, donc, en l'offrant à votre grand-père lepéniste.
Toujours la même verve, à part ça, que dans les débuts de Roth avec "Portnoy; toujours, hélas, la même lourdeur dans l'obsession sexuelle polarisée sur la fellation et pas érotique pour un rond, mais personne n'est perfect... toujours ce mordant, certes, mais aussi cet amour pour l'Amérique et ses diversités. Roth y vit toujours. Il a compris, contrairement à nous, que quand le meilleur et le pire sont à disposition, on peut choisir. Et que ce n'est pas le cas partout.

trop de longueurs !

6 étoiles

Critique de Isa1977 (LYON, Inscrite le 16 mai 2005, 42 ans) - 2 juin 2005

je me suis un peu ennuyé, toutes ces descriptions...

j'ai préféré "la pastorale", premier roman de cet auteur que j'ai lu.

Cérébral

8 étoiles

Critique de Béatrice (Paris, Inscrite le 7 décembre 2002, - ans) - 8 mars 2005

« En révolte imparfaite contre sa spécificité française, spécificité qui l’obsède pourtant, soustraite volontairement à son pays, sinon à elle-même, piégée par le désaveu des Trois Grasses au point de calculer sans cesse quelle réaction pourrait lui gagner leur estime sans obscurcir davantage l’idée qu’elle se fait d’elle même, ni se trouver aux antipodes des aspirations de la femme qu’elle a naguère été naturellement, parfois déstabilisée jusqu’à se sentir coupable du décalage entre la façon dont elle doit traiter la littérature si elle veut réussir dans son métier et les raisons qui l’ont amenée à la littérature, Delphine, à sa grande surprise, est quasiment isolée en Amérique ». Résumer quatre conflits dans une seule phrase, quel exploit. (C’est le contraire du style d’Agota Kristof).
Identité raciale et discrimination, trahison du père, puritanisme et voyeurisme, les séquelles du Vietnam, l'arrivisme en milieu universitaire. Traiter cinq thèmes en quatre cent pages et rester cohérent, quel exploit. Ca fait travailler les neurones. La trouvaille de la double identité de Coleman est l'élément le plus réjouissant dans la construction du récit. Comme dans un roman d'espionnage lorsqu'on découvre que l'agent est un double agent.
Le clin d’œil à l’affaire Lewinski… Dans vingt ans, grâce à Philip Roth, on se souviendra de Miss Lewinski… Puisque dans vingt ans il y aura des lecteurs qui découvriront La Tache.

Une grande maîtrise

8 étoiles

Critique de FightingIntellectual (Montréal, Inscrit le 12 mars 2004, 36 ans) - 10 février 2005

Bravo! Cent fois bravo à Philip Roth. Il s'agit de mon premier ouvrage de cet auteur et surement pas mon dernier. Je suis conquis. Satirique, irrévérencieux, parfois sombre, parfois confus, polyphonie narrative. Toute une démonstration d'écriture. Coup de coeur au personnage de Les Farley, parfois monstrueux, parfois tellement humain, Roth a réussi à exposer les dichotomies et les fugues de la psyché d'un vétéran du Viet-Nam.

Le roman est touffu, dur à lire, ma foi, presque Joycien, mais il vaut cent fois le détour. À lire et à relire. À déguster comme une liqueur forte

les pieds dans le tapis

7 étoiles

Critique de Ena (Le Gosier, Inscrit le 25 octobre 2004, 57 ans) - 9 février 2005

Livre brut, entier, sans concession, à prendre ou à laisser. A sa lecture on souffre parfois, on s’interroge souvent mais c’est absolument sans regret que je me suis accroché et que vers le milieu de ce texte la difficulté s’est transformée en plaisir. L’histoire nous est principalement racontée par un ancien professeur d’université qui s’intéresse à son voisin et ancien collègue Coleman Silk qui en est le personnage central. Sa personnalité complexe le fascine d’autant que Coleman au soir de sa vie se retrouve injustement au banc de ce monde universitaire. En commun avec les autres personnages de ce roman il y a dans sa vie une rupture comme dans celle de Faunia sa jeune maîtresse illettrée, ou dans celle de Les son ancien mari détruit par son passage au Vietnam ou encore Delphine la jeune professeur qui a fuit l’ombre de sa mère et son pays d’origine la France. Pour citer l’auteur ils se sont « pris les pieds dans le tapis de l’existence » et doivent opiniâtrement faire face aux épreuves que celle-ci les fait endurer.

Pour lecteurs concernés?

5 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 50 ans) - 10 décembre 2004

Au début, Roth est en splendide forme et nous livre sa prose satirique avec une belle fougue, nous situant au cœur des paradoxes risibles qui ont marqué les années 90 aux USA. Mais bientôt, le récit prend son rythme calme et perd beaucoup de son mordant.

Sous la forme d’une biographie fictive, le roman est construit avec des retours-arrières et se lit comme une étude commentée par un intermédiaire entre le lecteur et les événements. Les personnages ne se parlent pas entre eux. Ils existent seulement pour être décortiqués et pour exposer leurs traits de caractères.

Ils sont examinés sous tous les angles, méticuleusement, dans le détail. Peut-être trop, ce que les Américains appèlent « over-analyzing » Le niveau de sophistication narrative qui rend les bons moments particulièrement savoureux, rend aussi les creux plus difficiles à surmonter.

Pour apprécier Roth à sa juste valeur, je crois qu’il faut embrasser la totalité du discours socio-politique féroce qui est mis de l’avant par la description des comportements de ses personnages. Ce qui n’est pas mon cas. J’ai eu beaucoup de difficulté avec l’image de la femme qui était projetée et certains préceptes moraux. Aussi, avec la manière dont l’auteur parle de l’identité et la discrimination. Car après tout, Roth n’est pas le mieux placé pour évoquer toute la complexité émotive d’un afro-américain en période d’après-guerre.

Toutefois, dans l’ensemble il réussit tout de même sa charge contre le puritanisme néo-conservateur qui fait toujours rage. C’est une œuvre riche et dense avec de multiples qualités mais qui, selon moi, aurait pu être plus sarcastique et surtout plus accessible.

"Objections, Votre Honneur !"

9 étoiles

Critique de Rotko (Avrillé, Inscrit le 22 septembre 2002, 45 ans) - 13 août 2004


Plutôt que de livrer platement mon compte-rendu, j'aimerais faire quelques remarques sur les lectures précédentes :-) "La tache" est un livre sur le secret, et dévoiler ce secret dans le compte-rendu, n'est-ce pas oublier que l'auteur a "berné" son lecteur pendant tout le début du roman ?
Philip Roth "dirait tout" : L'agression de Lès contre Coleman et Faunia ensemble dans la villa, laisse toute liberté sur la suite de l'épisode. En revanche, on nous raconte le parcours de boxeur de Coleman, ce qui tient lieu de réponse. La fin du roman est ouverte : qui saura si Lès y a joué un rôle ?
La "psychologie" dans le roman ? Roth nous fait entendre ses personnages, avec leur langage propre, un passé qui donne aux mots le poids de vécu. Mais pas d'intervention expliquant leur psychologie : le regard de Zuckerman - voisin proche et spectateur éloigné, est distant, prisonnier des apparences qu'il cherche à percer.
Enfin ce livre est d'une construction si habile qu'on en voit mal les articulations. On glisse d'un épisode à l'autre, d'une facette de Coleman à l'autre, sans effort, comme si on faisait progressivement le tour d'un homme sans jamais avoir une vue d'ensemble. Ce roman est à la littérature ce que "Citizen Kane" d'Orson Welles est au cinéma : "No trespassing" !
Sophie Roux, universitaire francaise, au cursus privilégié, aux origines favorisées, avec la reconnaissance officielle de son savoir, vient en Amérique comme en terre conquise, apportant sur les oeuvres du passé les regards à la mode : on étudiera Euripide à la lueur du féminisme ! Par ailleurs, quelle méconnaissance de soi, quels agissements, ideologiquement justifiés, et quelles "bourdes" ! Elle pratique la culture comme la "notoriété publique" du moment ! Faunia, son contrepoint en tout, a une autre présence et un autre rôle !
L'image finale d'un pêcheur avec sa perceuse à trouer la glace, n'est-ce pas un clône du romancier qui va sonder les profondeurs, invisibles à l'oeil nu, de l'Amérique ? Les trois dernières phrases du livre le laissent à penser.

Du chocolat au vinaigre

8 étoiles

Critique de Bluewitch (Charleroi, Inscrite le 20 février 2001, 40 ans) - 9 février 2004

Je pêcherai quelques arguments dans les critiques m'ayant précédées car, finalement, il y ma "tache" dans un peu tout ce qui a été dit. L'enthousiasme de Jules est justifié, car tout ce qu'il dit du roman est parfaitement exact et je ne contredirai aucune des qualités soulevées. La vision précise de Persée lui donne autant ses droits et celles de Saint-Germain et Saule, cette manière dont Philip Roth finit par en faire un peu trop.
Ce récit est corrosif, franc, vrai et extrêmement bien écrit. Le sujet profondément ancré dans les faiblesses de l'Amérique. Huée, haro, frustration, colère et dénonciation. C'est du concentré de senti, de vécu, de véridique. Et écrit avec plus que du talent, mais une sorte de sixième sens.
En contrepartie, c'est cette débandade de dénonciation, de décorticage de l'âme humaine, qui, il me semble, lui ôte un peu de sa presque perfection, en enfermant ses personnages derrière une vitrine avec un écriteau offrant une description complète de l'espèce et de ses moindres caractéristiques. Comme en tout, il faut savoir se mesurer, et ne pas exagérer, même pour ce en quoi on excelle. A trop bien faire, Roth m'a un peu dépassée et au bout d'un moment, ce plaisir pris à chaque phrase me faisait l'effet d'être de trop...
Il n'en reste pas moins un excellent roman qui ne prend pas son lecteur pour un gaga, je ne serai pas la dernière à le dire. Roth est un écrivain qui s'arme de mots et qui bande son arc à tous les coins de pages. La Tache est un livre à lire, c'est plus que certain...

A Saint-Germain-des-Prés

9 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 75 ans) - 11 septembre 2003

Tu n'es pas la première à faire la critique d'un certain excès d'études psychologiques dans ce livre. Persée l'avait fait, avant de revenir sur sa première opinion, ainsi que Saule. Il n'empêche que j'ai vraiment beaucoup aimé ce livre et, notamment pour l'imagination de l'auteur ! Il fallait y penser à ce personnage qui abandonne sa négritude et s'invente une race au sein de laquelle un de ses fils ira jusqu'à en devenir un des plus fervents défenseur ! La prof française est tout aussi merveilleusement créée et pathétique que le mari de sa maîtresse ! J'en profite pour donner une petite correction à propos de la critique de Nothingam qui dit que Roth est un des seuls avec Michael Moore à oser attaquer une certaine Amérique bien pensante. Il oublie Jim Harrison qui n'y va vraiment pas avec le dos de la cuillère tant dans "Aventures d'un gourmand vagabond" que dans son tout dernier livre "En marge". Heureusement, il doit y en avoir d'autres, mais je ne les connais pas tous. Je remets mes 4,5 étoiles sans hésitations, mais je comprends la remarque, c'est une question de goûts.

Pas mal, mais...

8 étoiles

Critique de Saint-Germain-des-Prés (Liernu, Inscrite le 1 avril 2001, 51 ans) - 9 septembre 2003

En voilà une histoire contemporaine !
Avec tout ce qu’il faut pour « faire vrai ».
Un récit tellement réaliste, des portraits tellement précis, une écriture tellement riche.
Et pourtant, malgré toutes les qualités que je reconnais au livre, il ne m'a pas emportée…
Peut-être est-ce justement dû à l’abondance des descriptions psychologiques des personnages.
Non seulement cela engendre certaines longueurs, mais tout est dévoilé.
Ah… Où est passé le charme de ce qui laisse entrevoir tout en cachant.
Soie transparente, voile irisé, tulle flou qui font la part belle à l'imagination. Cela dit, je m'en voudrais de sembler trop sévère !
Roth produit quelques pages brillantes où il décrit et dénonce avec force le phénomène insidieux de la rumeur et du qu’en-dira-t-on.
Il peut même être très drôle parfois : je retiens la conversation de trois quidams à propos du scandale Clinton-Lewinsky, dialogue plat mais qui m’a fait franchement rire ! Difficile donc de trancher : ai-je aimé ou non.
je me pose encore la question.

Un grand roman mais ...

8 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 54 ans) - 22 janvier 2003

Je suis en grande partie d'accord avec les autres critiqueurs: ce roman est très bon, le thème est intéressant et il met en évidence les déviances du 'politiquement correct' en Amérique. Le style est par moment grandiose; il y a pas mal de mouvement, des personnages complexes assez finement analysés, avec lesquels on se sent bien, qui nous deviennent familier, un peu comme dans les sagas familiales.
Malgré tout l'auteur pèche par moment par excès de longueur; peut-être a-t-il eu le tort d'introduire trop de personnages ? Chacun étant décrit en profondeur, on finit par avoir l'impression de lire plusieurs romans à la fois. Et je trouve que Roth est un peu inégal dans ses descriptions de personnages ou anecdotes familiales: certains passages sont moins réussis voire d'un intérêt mineur, ce n'est pas un livre qui nous prend du début à la fin.
Personnellement j'ai adoré le portrait vivant, plein de finesse, d'humanité et d'ironie de Delphine Roux, la très belle, très parfaite et très seule jeune française; c'est du grand art et vraiment un bon moment de lecture

L'écriture résistante

9 étoiles

Critique de Nothingman (Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 39 ans) - 28 décembre 2002

Résistance à quoi me direz-vous? A ce que l'auteur nomme la "tyrannie des convenances" et que nous Européens nommons le puritanisme pour qualifier les Américains. Une critique acerbe de ce que devient sans même s'en rendre compte ce pays.Un roman d'une profonde actualité, une oeuvre noire où les personnages tiennent de la tragédie grecque comme le dit Jules, une écriture qui dissèque le moindre sentiment.
Philip Roth est l'un des seuls à encore oser lever le petit doigt dans ce pays en pleine déliquescence. Lui et Michael Moore avec son "Bowling for Columbine " que je conseille à tous ceux qui ne l'ont pas encore vu, le genre de documentaire salutaire qui nous fait réfléchir sur l'état du monde et ce que les hommes en font.
Et pour ceux que les classements intéressent (je sais ça porte à débat pour le moment), La Tache est le livre de l'année pour la rédaction des "Inrockuptibles".

Comprenons nous bien...

9 étoiles

Critique de Patman (, Inscrit(e) le 5 septembre 2001, 57 ans) - 5 décembre 2002

Quand je dis "ça vaut ce que ça vaut..." je parle bien sûr de ce type de sondages, pas du bouquin...que je n'ai pas lu et que je ne me permettrais donc pas de juger ! Ceci dit, la rédaction d'un magazine comme Lire, c'est pas des nains de jardin ...

En voilà une nouvelle !

9 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 75 ans) - 3 décembre 2002

Toujours gai d'apprendre que l'on n'est pas le seul à penser quelque chose, mais ce classement n'est pas ma bible pour autant !... Apparemment, à lire le titre de ta critique éclair, tu ne fais pas partie de ceux qui pensent comme moi. Mais à chacun son droit ! Oui, à mes yeux, c'est vraiment un excellent livre.

ça vaut ce que ça vaut....

9 étoiles

Critique de Patman (, Inscrit(e) le 5 septembre 2001, 57 ans) - 3 décembre 2002

Comme chaque année, la rédaction du grand magazine français Lire nous donne son classement des 20 meilleurs livres de l'année et c'est La Tache qui arrive en 1er et en surclassement en core bien... Voilà qui devrait te faire plaisir mon cher Jules !!!!

Précision

9 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 75 ans) - 20 novembre 2002

Postérieurement à la critique faite, il me semble utile de préciser que ce livre a obtenu le Prix Medicis Du Meilleur Livre Etranger 2002. (Je défends mon 4.5 comme je peux !)

La f(r)acture

9 étoiles

Critique de Persée (La Louvière, Inscrit le 29 juin 2001, 68 ans) - 18 octobre 2002

Bon, je reviens à ce livre après l'avoir terminé. Courage, Jules, la cavalerie arrive ! C'est OK : un chef-d'oeuvre. De l'alcool pur. Pas de la limonade. Un mix de Zola et de Faulkner revu par Freud. Mais Roth y est pour beaucoup, évidemment. Des premières pages d'une délicieuse acidité. Des personnages dont rien ne nous sera épargné, plus vrais que nature (on penserait parfois à une sorte d'hyper-réalisme). Des envolées poignantes (le récit cauchemardesque du vétéran du Vietnam, sa tentative de réinsertion face à ce symbole qui n'est pas un mur pour rien). La solitude vertigineuse de l'ambitieuse frenchie. Et celle-là qui tente de survivre aux morsures de l'existence, portant bravement son passé comme une croix. C'est du costaud. Parfois dur à digérer. Mais Roth ne prétend pas être l'Alka Seltzer de l'Amérique. Ni le nôtre, d'ailleurs. Alors, courage ! Lisez la tache (sauf si vous craignez de ne pas en sortir indemne)

Réponse à Persée

9 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 75 ans) - 7 octobre 2002

Je peut comprendre le sentiment que tu ressens, mais une question: connait-on jamais tout à fait quelqu'un ?... Jusqu'à "l'os" ?... Je suis convaincu que non ! Ils vont loin dans l'analyse et l'étude mais tout le monde ne peut-il pas se faire sa propre idée de "Dalva", du "Suédois" ou de Coleman Silk ? Nous en recevons une description mais nous est-il interdit de nous en faire aussi une autre idée ou de ressentir ses motivations autrement ? Hemingway, dans "Le soleil se lève aussi" allait aussi loin dans l'étude du narrateur comme dans celle de Cohn. Plus en finesse, il est vrai, mais quand même. Et puis, Roth, comme Auster, sont d'abord des auteurs "psychologiques", tout au moins par rapport à un Harrison, un MacCarthy ou d'autres. Chez ces deux derniers l'étude psychologique est aussi poussée, la réflexion va aussi loin, mais il y a encore une autre dimension qui est la nature et l'homme devant elle.
D'accord que cette littérature avance moins en "finesse", mais à force de faire de la finesse on ne fait plus qu'effleurer et à force d'effleurer on perd une bonne partie des choses. On devient léger, si léger, que le lecteur n'est pas emporté dans son livre. Zola faisait-il dans la dentelle ?... Hugo ?... Balzac ?... Ce n'est qu'une opinion personnelle, mais ce qui manque le plus à beaucoup d'auteurs français actuels ce n'est sûrement pas la légèreté, mais surtout le souffle ! Combien de romans actuels dépassent les 250 pages ? Et encore, écrites en grands caractères et double interligne !... Un exemple: j'aime bien Modiano, mais après quelques mois je serais incapable de raconter l'histoire d'un de ses livres sauf "Dora Bruner"... On les mélange tous pour ne garder qu'une seule impression: le manque de racines, le flou, les êtres perdus, l'horrible solitude des villes etc... Mais c'est tout en finesse, d'accord, et j'aime bien les lire aussi, mais...
Je crois que tout cela est très personnel et varie même de l'état d'esprit dans lequel on est quand on lit un livre. Radiguet dans "Le Diable au corps" laisse-til tellement de place à l'imagination du lecteur ?... Mais j'adore ! A certains moments je préférerai ce genre là et à d'autres je préférerai un autre genre... Et puis, ne peut pas être Proust qui veut... Faire dans la dentelle et avoir du souffle ! Céline laisse-t-il beaucoup à l'imagination du lecteur quant à ses personnages, leurs motivations et l'âme humaine ?... Il n'empêche que... Et puis, n'oublions pas non plus toute l'intelligence que peuvent contenir ces livres et, je dois bien l'avouer, je souligne beaucoup moins de phrases dans les livres français d'aujourd'hui que dans les auteurs américains modernes que je découvre depuis quelques années. Je ne dis pas qu'ils sont idiots pour autant, mais un certain manque de profondeur ?...
Tu demandais une réponse, j'en donne une, elle ne vaut que pour moi et encore, suivant mes états-d'âme du moment...

la facture

8 étoiles

Critique de Persée (La Louvière, Inscrit le 29 juin 2001, 68 ans) - 6 octobre 2002

A force de lire Jules, j'ai bien dû me mettre à la littérature américaine. Et je ne m'en plains pas. Ce Roth apparaît surtout décapant parce qu'il est écrit par un Américain dont nous pensons qu'ils sont tous pareils (conformistes, etc...) Un Français qui exercerait son esprit critique paraîtrait inaperçu. Reste que Roth remue toute l'Amérique en profondeur, avec une lucidité pleine de bon sens, cette vertu tellement nécessaire lorsque les esprits déraillent. Non Blanche Neige n'existe pas. Il était temps de le savoir. Pascal disait déjà "Qui veut faire l'ange...". En bons Européens que nous sommes, nous pouvons lire ce livre avec détachement : mais comment peuvent-ils évoluer comme cela, du racisme primaire à la pensée correcte ? Comment ont-ils pu, en 1998, faire tout un plat d'une goutte de ce qui relevait de la vie intime d'un individu qui, pour être président, n'en était pas moins homme. Hé, hé ! Nous sommes au-dessus de tout ça, nous, les Occidentaux. Voire. Qu'est-ce qui mobilisait la presse chez nous, à cette époque-là ?
Sur le plan littéraire, ce que je constate chez les quelques auteurs U.S. lus récemment (Auster, payne, Roth), c'est une tendance anthropologique qui consiste à étudier l'être humain et son environnement jusque dans ses moindres détails. On reproche souvent à l'esprit français d'être léger. Et on en déduit qu'il est superficiel parce qu'il donne l'impression d'effleurer les thèmes profonds. Mais n'a-t-il pas le mérite de laisser toute liberté à l'imagination du lecteur ? Les trois auteurs que je viens de citer me paraissent, quant à eux, avoir une vision totalitaire de l'écriture : il faut qu'elle aille jusqu'au bout dans la description du réel. Et cette liberté qu'ils revendiquent à juste titre quant au fond, ils l'enlèvent au lecteur lorsqu'ils sucent leurs sujets jusqu'à l'os. Un personnage apparaît et c'est toute sa vie qui défile, depuis son premier biberon. Un décor est dressé et l'on saura le dessin qui se trouve sur la petite boîte en fer qui se cache là-bas dans le fond de la pièce. Je me trompe ? Dites-moi !

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