Voyage au Congo
de André Gide

critiqué par Tistou, le 13 septembre 2017
( - 61 ans)


La note:  étoiles
Livre de bord
Ce « voyage au Congo » est un voyage bien réel qu’effectua André Gide, en compagnie de Marc Allégret, entre Juillet 1926 et Mai 1927. Et l’ouvrage, ni plus ni moins que le carnet de bord, au jour le jour dudit voyage.
Même si André Gide met en dédicace « A la mémoire de Joseph Conrad », ceci n’a rien à voir avec la fièvre de « Au cœur des ténèbres » (qui n’est pas la stricte relation d’un voyage, j’en conviens) mais rien non plus avec les relations de voyage d’un Pierre Loti (« Jérusalem », « Le désert ») par exemple.
En cela il est un peu décevant. Par contre instructif en matière d’enseignement sur l’état d’esprit des coloniaux, les Français en l’occurrence, envers les noirs, la véritable population locale (ils traverseront le Congo et le Tchad). A lire pour ceux qui persistent à dire que la colonisation a été une chance pour ces peuples !
On n’y retrouve pas vraiment un style « Gide ». Non, nous sommes vraiment dans une relation de voyage, un voyage effectué dans des conditions précaires comme bien l’on imagine à cette époque au cœur d’un continent africain où tout reste à faire. Il y certes du bateau (remontée du fleuve) mais il ne s’agit pas d’une croisière. Il y a beaucoup de marche à pied. Très peu de véhicules à moteur (encore eut-il fallu qu’il y ait des routes ou des pistes praticables. Il y a même une espèce de chaise à porteur lorsque la progression devient trop difficile : le tipoye, fauteuil suspendu entre deux brancards supportés par deux couples de porteurs, un à l'avant, un à l'arrière. Il y a de la maladie, des coups de fusil pour tenter de tuer du gibier.
L’essentiel concerne l’étonnement d’André Gide et de son compagnon sur la manière dont (ne) sont (pas) administrées les Provinces traversées, mises en coupe réglée ou gentiment régulées selon les personnages à la tête de l’administration provinciale. Il y a parfois de bons coloniaux. Il y a surtout d’ignobles profiteurs sans scrupules, ni fois ni lois.
La quatrième de couverture note : « La description des conditions de vie des Noirs le long du Congo et au Tchad forme un véritable réquisitoire contre l’administration coloniale et a fait sensation. »
Pour autant, André Gide ne nous transporte pas comme savent le faire un Pierre Loti ou un Joseph Conrad, injectant de leur âme et de leurs passions dans ce qu’ils décrivent. « Le voyage au Congo » est par trop un carnet de bord.