Fragments de Héraclite d'Éphèse

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Philosophie

Critiqué par Montréalaise, le 1 mars 2012 (Inscrite le 7 août 2010, 26 ans)
La note : 8 étoiles
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Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme (Lavoisier)

Héraclite d'Éphèse, surnommé « l'Obscur », est un philosophe grec présocratique de la fin du VIe siècle avant J-C. On connaît peu de choses sur sa vie, sinon qu'il aurait écrit une oeuvre « De la nature » dont nous sont parvenus que quelques fragments, souvent rapportés indirectement, notamment par le doxographe Diogène Laërce, et résumant quant même très bien l'essentiel de sa pensée. En effet, même s'il fut constamment mis à l'écart par le prestige des autres Anciens (tels Platon, Aristote, Sénèque ou Cicéron), Héraclite va exercer néanmoins une influence capitale sur la pensée moderne à partir du XIXe siècle, en particulier sur Hegel, Nietzsche et Heidegger.

Héraclite, par opposition à Parménide, considère que l'être est en éternel devenir. Les choses n'ont pas de consistance, et tout se meut sans cesse, tel le feu dont serait issu le monde : nulle chose ne demeure ce qu'elle est, et tout passe en son contraire. Ce qui en résulte une théorie du monde déclarant que ce dernier est formé non exclusivement par l'être stabilisateur, mais bien formé par l'opposition perturbable entre l'être et le non-être. De cette tension perpétuelle, de cette dialectique surgit donc le devenir, le changement, le mouvement (cette déclaration est précurseur de la dialectique hégélienne, puis marxienne).

D'où cette fameuse phrase d'Héraclite : « On ne peut pas se baigner deux fois dans le même fleuve ».

Tout devient tout, tout est tout. Ce qui vit meurt, ce qui est mort devient vivant : le courant de la génération et de la mort ne s'arrête jamais. Ce qui est visible devient invisible, ce qui est invisible devient visible ; le jour et la nuit sont une seule et même chose ; il n'y a pas de différence entre ce qui est utile et ce qui est nuisible ; le haut ne diffère pas du bas, le commencement ne diffère pas de la fin. Rien n'est donc plutôt ceci que cela, mais tout le devient. Les choses ne sont jamais achevées, mais sont continuellement créées par les forces qui s'écoulent dans les phénomènes. Les choses sont des assemblages de forces contraires, et le monde est un mélange qui doit sans cesse être remué pour qu'elles y apparaissent.

Héraclite complète sa pensée en discutant de notre « logos » (qu'on peut traduire par raison, pensée ou langage, bref, ce qui nous distingue des autres animaux). Se révèlent là deux maximes prêchant l'humilité et l'universalité d'une sagesse souvent ignorée et pervertie :

« L’un, qui seul est sage, veut et ne veut pas être appelé du nom de Zeus. »

« Ce verbe, qui est vrai, est toujours incompris des hommes, soit avant qu’ils ne l’entendent, soit alors qu’ils l’entendent pour la première fois. Quoique toutes choses se fassent suivant ce verbe, ils ne semblent avoir aucune expérience de paroles et de faits tels que je les expose, distinguant leur nature et disant comme ils sont. Mais les autres hommes ne s’aperçoivent pas plus de ce qu’ils font étant éveillés, qu’ils ne se souviennent de ce qu’ils ont fait en dormant. »

Après lecture de ces fragments, on ne peut que s'émerveiller de la portée incroyable qu'a eu le présocratique d'Éphèse sur la pensée de notre temps. Incroyablement avant-gardiste, autant dans sa philosophie de l'être humain que du monde dans lequel il vit, véritable penseur du changement, Héraclite est même considéré par Platon comme le premier « vrai » philosophe, n'en déplaise à la physique d'un Thalès de Milet ou à la logique d'un Socrate.

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