Le pauvre coeur des hommes de Natsume Sōseki

Le pauvre coeur des hommes de Natsume Sōseki
(Kokoro)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Dirlandaise, le 3 février 2012 (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 63 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 001ème position).
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Le chemin de la mort

Je viens de terminer la lecture de ce chef-d’œuvre de Sôseki et je suis encore sous le choc. Quel grand écrivain !

Pour résumer l’histoire : un jeune homme réside à Tôkyô pour ses études. Lors d’un voyage de repos au bord de la mer, il fait la rencontre d’un homme qui marquera sa vie à jamais et qu’il appellera toujours « le Maître ». L’ayant remarqué et désirant amorcer une conversation avec lui, le jeune homme multiplie les approches pour finalement réussir à se présenter et à converser avec cet homme qui le fascine. De retour à Tôkyô, il se rend chez le Maître régulièrement suite à l’invitation de ce dernier et devient un habitué de la maison. Le jeune homme bénéficie alors de la remarquable sagesse et de la grande érudition de cet homme qui ne se livre pas facilement et semble éviter soigneusement la compagnie des autres hommes. Un jour, il apprend que le Maître se rend tous les mois sur une tombe afin de s’y recueillir. Il interroge le vieil homme qui lui apprend que cette tombe est celle d’un ancien camarade d’université. Le jeune homme est très intrigué par cette histoire mais ne réussit pas à obtenir plus de détails. L’année scolaire terminée, le jeune homme quitte Tôkyô pour retourner chez ses parents à la campagne. Malheureusement, l’état de son père, malade depuis un certain temps, l’oblige à demeurer dans la maison familiale afin de soutenir sa mère dans cette épreuve et attendre la fin du père. Un télégramme du Maître arrive un jour à la maison, demandant au jeune homme de venir immédiatement à Tôkyô. Le jeune homme ne peut quitter sa mère dans les circonstances et refuse de bouger malgré son immense désir de rejoindre celui qu’il considère comme son père spirituel. Il écrit les raisons de son refus au vieil homme qui lui fait parvenir en retour alors une longue lettre, révélant le drame caché de sa vie. Le jeune homme quitte précipitamment son père mourant pour se précipiter à la gare. Il ouvre la lettre et la lit dans le train.

Un roman écrit avec une simplicité désarmante. On croit lire une suite de banalités alors qu’on est plongé dans un chef-d’œuvre dont la complexité psychologique se révèle par degrés jusqu’à atteindre un niveau insoutenable à la toute fin du récit. C’est un roman extrêmement fort, d’une puissance sourde, lancinante et tenace. Le style de Sôseki est d’une incroyable finesse, d’un raffinement et d’une précision presque effroyable. Il avance dans son récit avec une grande humilité, s’abstenant de tout lyrisme et phrases inutiles. Tout est d’une telle simplicité, d’une telle limpidité. Un style dépouillé de tout artifice pour raconter une histoire complexe et révélatrice des sombres gouffres dans lesquels se débat le pauvre cœur d’un vieil homme qui, ayant commis une faute, n’arrive pas à se pardonner et ne peut plus vivre avec lui-même ni avec les autres hommes, se méprisant à un point tel qu’il décide de vivre comme s’il était déjà mort. Ouf ! C’est grand, c’est beau, cela remue au plus profond du cœur. C’est l’histoire d’une expiation, d’une auto-flagellation qui s’étend sur une vie entière. Rarement un personnage de roman ne m’a bouleversée à ce point. Sôseki dans ce roman, réussit à égaler Tolstoï et Dostoïevski.

« Vie sans vagues, ni hautes ni basses, vie sans zigzags, ma vie continuait, monotone. Mais au fond de moi, sans cesse, entre la Force et moi, l’âpre lutte continuait. Cela, comprenez-le, je vous prie. Cette perpétuelle impuissance, plus encore qu’elle n’impatientait ma femme, me mettait, moi, hors de patience : et à quel point, je ne saurais le dire. J’étais dans une prison. Prison si étroite que je n’y pouvais tenir. Mais prison, en même temps, dont je ne pouvais briser les barreaux. Le seul effort qui ne me fût pas d’avance interdit, la seule issue qui ne me fût pas d’avance bouchée, c’était le suicide : cela, je le sentais. Mais pourquoi ? me direz-vous. Vos yeux vont d’étonnement, s’ouvrir tout grands. Mais, ses griffes perpétuellement resserrées sur mon cœur, cette Force m’arrêtait, de quelque côté que je voulusse aller. Le seul chemin qu’elle me laissât libre, c’était le chemin de la mort. »

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un grand roman

10 étoiles

Critique de Dudule (Orléans, Inscrite le 11 mars 2005, - ans) - 27 décembre 2012

C’est après la lecture de « Sarigana » de Philippe Forest que je suis venue à lire Sôseki , j’ai pris au hasard ce titre et je ne suis pas déçue.
C’est l’histoire d’un jeune étudiant japonais qui en vacances à Kamakura rencontre un homme qu’il appellera toujours le Maître. Dans la première partie c’est la vie du jeune étudiant à Tokyo, des rencontres avec le Maître, cela nous permet d’approcher les personnages de faire leurs connaissance. Seconde partie, le jeune étudiant repart dans sa famille à la campagne au chevet de son père très malade, cette fois c’est la vie de la campagne que l’on découvre, troisième partie le Maître envoie une lettre au jeune étudiant, et là je ne dirai rien.
C’est un roman écrit d’une façon très simple, très subtile, tout en finesse, une fois plongé dans le livre il est très difficile de le laisser, après sa lecture il nous hante encore pendant quelques temps.
Merci aussi à Dirlandaise pour sa très bonne critique.

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