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Claustria
de Régis Jauffret
Catégorie(s) : Littérature => Francophone
, Littérature => Divers critiqué par Nothingman, le 26 janvier 2012
(Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 32 ans)
La note:
Moyenne des notes :  (basée sur 4 avis)
Cote pondérée :  (27 524ème position).
Visites : 767
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Un roman monstre
« Ce livre est une œuvre de fiction » annonce directement l’auteur en préambule. Et pourtant, en débutant ce roman, on sait déjà toute l’horreur que l’on va y lire. Régis Jauffret s’est en effet emparé de l’un des faits divers les plus sordides de ces dernières années. Rien ne prédestinait pourtant Amstetten, cette petite bourgade de Basse-Autriche à se réveiller en ce 26 avril 2008 comme un jour de gueule de bois, comme un boxeur groggy tombé dans les cordes. Ce petit village abritait, sans le savoir, en son sein un véritable monstre. Le terme est encore assez faible. Certes, de Jozef Fritzl, seul personnage dont Régis Jauffret a gardé la véritable identité, on savait qu’il était taciturne, un peu spécial, qu’il avait la taloche facile. Mais rien de bien inquiétant au fond. Mieux vaut parfois savoir mettre des oeillères , ne pas entrer dans les secrets du voisinage et se tenir à l’abri des ennuis. Ce ne sont finalement que les affaires des autres.
Et pourtant, cet ingénieur électricien a séquestré vingt-quatre années durant, dans sa cave transformée en abri antiatomique, sa fille Angelika (Elisabeth). Vingt-quatre années durant lesquelles il va la torturer, la violer, l’entretenir, comme une princesse en son donjon, dans un réduit de 55 mètres carré. Une véritable grotte au milieu de la ville. Platon et son mythe de la caverne ne sont pas bien loin. « Dans le souterrain, les enfants n’ont vu de l’extérieur que les images tombées du ciel qui leur parvenaient par le câble de l’antenne. » Celle de la télévision, rare cadeau de l’odieux patriarche accordé à sa progéniture.
Angelika, violée depuis ses douze ans. Adolescente revêche, désireuse de s’envoler, d’oublier ces années martyres, elle ne se doute pas que le pire est encore à venir. Et qu’il va se présenter à ses dix-huit ans quand son père va la séquestrer pour la mater, lui faire oublier toute idée de liberté. Le début d’un interminable calvaire.
De cette relation incestueuse vont naître sept enfants. Trois vivront avec leur mère, formant le petit peuple d’en bas, les autres lui seront violemment retirés et replacés dans la maison, en haut. Pour expliquer ces curieuses apparitions, Fritzl s’en sort toujours par le mensonge, arguant qu’il s’agit des rejetons délaissés par leur mère, victime d’une sombre secte. Plus c’est gros, mieux ça passe !
En bas, on vit au gré des privations que fait subir ce monstre de géniteur, au gré des brimades, de la nourriture que l’on reçoit au compte gouttes, selon le bon vouloir du dictateur d’en-haut, au gré de la peur, de ce temps que l’on ne peut plus saisir. S’écoule t-il quelques mois, un an, un lustre ? Ils n’en savent plus rien, perdus dans une sépulture à quelques centimètres en dessous du quotidien.
Et cette question lancinante. Comment personne n’a-t-il rien perçu de ce curieux manège ? Fritzl devait pourtant ravitailler la smala. Les cris et les plaintes d’Angelika des enfants, des nourrissons étaient certainement perceptibles.
L’ambition de Régis Jauffret est romanesque ! Lui qui s’est déjà essayé précédemment au genre du faits divers avec « Sévère », décide de commencer le récit de cette claustration avec les souvenirs du seul survivant de l’innommable, des années après la libération. Le petit Roman, dernier enfant porté par Angelika a vécu tant bien que mal jusqu’à 52 ans . Ses frères et soeurs ? « Ils n'avaient pas atteint la quarantaine. L'air libre les avait tués lentement comme une émanation délétère". "Et ce père mort depuis longtemps qu'on avait incinéré en douce afin que nul ne puisse voir sur Internet la fumée de son cadavre se dissiper dans le ciel autrichien, ni voler ses cendres pour les vendre par petits sachets comme des doses de cocaïne".
Malgré l’horreur et la violence, Régis Jauffret livre un roman puissant sur la condition humaine. Comment cette deuxième famille oubliée a-t-elle pu se construire, malgré une morale dissoute? Comment malgré les vicissitudes de l’enfermement, l’amour a–t-il pu naître malgré tout? Car, selon l’auteur, il y eut dans cette cave, cette horreur quotidienne des moments heureux. Il y eut certainement des fêtes, des joies fugaces, de trop rares sourires. Et c’est là que ce roman se révèle très fort. Malgré son intention fictionnelle avouée, au fil d’une écriture chirurgicale, faites de splendides métaphores , d’hypothétiques conditionnels, Régis Jauffret nous livre son interprétation de la cave. Et si finalement, la vérité n’était pas si loin ? Car, alors que les victimes se tairont sans doute à jamais, qui mieux que le romancier pour faire comprendre l'effroyable, l’indicible ? L’auteur s’est d’ailleurs beaucoup documenté, a assisté au procès du monstre d’Amstetten, a essayé d’en rencontrer tous les acteurs.
« Claustria » est une lecture âpre, sans répit, exigeante. Il faut souvent rester accroché devant tant d’horreurs sournoises. Et pourtant l’écriture de Régis Jauffret nous ligote. Récit d’une affreuse séquestration, « Claustria » se révèle peut-être en fin de compte un formidable éloge de la liberté.
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| Eprouvant...mais quelle écriture ! |
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En 2008, le monde entier découvre horrifié qu’en Autriche, un homme a été durant 24 ans le bourreau de sa propre fille. Le visage de Josef Fritzl, qui a séquestré sa victime dans la cave de la maison familiale, devient le symbole de l’inhumanité absolue. Et ce pays, qui ne s’est pas encore remis de l’affaire Natascha Kampusch (deux ans plus tôt), est de nouveau le théâtre d’un fait divers innommable.
De cette histoire que personne n’a oublié, Régis Jauffret a tiré un roman effrayant, dont la lecture est éprouvante. En imaginant le quotidien de cette jeune femme, et celui des enfants qui sont nés des viols infligés par son géniteur durant toutes ces années, il nous livre des pages monstrueuses qui peuvent amener le lecteur jusqu’à la nausée. Car rien ne lui est épargné. Le sadisme dont fait preuve ce monstre, chaque fois qu’il rend visite à « sa famille d’en bas », est insupportable. Viols, coups, insultes, mais aussi privations de soins, de nourriture, d’eau et d’électricité, figurent au catalogue des tortures que ce vieil homme jouit d’exercer sur sa progéniture.
Et comme si cela ne suffisait pas, l’auteur accentue encore le malaise et le dégoût en mêlant à cette histoire une pseudo enquête dans laquelle il se met lui-même en scène, et où il met en pièce la théorie officielle de la cave insonorisée. Faisant ainsi de la mère de la jeune fille, non plus une pauvre femme ignorant tout de ce qui se passe sous ses pieds, mais une complice aussi atroce que son époux.
Alors, me direz-vous, pourquoi lire Claustria ? Pourquoi suis-je allée au bout de cette lecture, alors que j’avais capitulé face au manuel de l’horreur qu’est Microfictions ? Sans doute, et même s’il peut être gênant de le reconnaître tant cette fiction-réalité est sordide et voyeuse, parce que l’écriture de Jauffret fascine. Nul autre que lui ne pouvait s’atteler à la rédaction d’un tel roman, et sans doute nul autre que lui ne pouvait le mener à terme et à bien.
Même s’il prend soin de préciser en ouverture qu’il s’agit d’une fiction, et de modifier les prénoms des différents protagonistes (à l’exception de celui de Josef Fritzl dont l’identité est conservée), Régis Jauffret jette le doute et rend l’histoire réelle encore plus insupportable. Est-il réellement descendu dans la cave ? A-t-il vraiment rencontré les experts en acoustique dont les témoignages auraient été écartés ? Autant de questions que l’on ne peut s’empêcher de se poser, malgré l’avertissement de l’auteur.
Mais en dépit des détails de la séquestration développés à l’envi, malgré les propos tendancieux sur les Autrichiens, malgré cette galerie de personnages plus abjects les uns que les autres, malgré tout ce qui fait que ce livre a reçu autant de critiques élogieuses que de vives attaques, j’ai aimé ce roman. Parce que Régis Jauffret a du talent et que ce livre est en la preuve éclatante. Je conseille à ceux qui comme moi, étaient jusqu’ici déroutés par cet auteur, de lire Claustria.
Je me demande simplement comment il est possible – et s’il est possible – d’écrire un tel livre sans en avoir soi-même la nausée. Une question que je m’étais déjà posée en lisant Microfictions, et qui en amène une autre que j’aimerais avoir l’occasion de poser à l’auteur : « Pourquoi l’inhumain est-il pour vous une si grande source d’inspiration ? ».
Aliénor (, Inscrite le 14 avril 2005, 44 ans) - 1 mai 2012 |
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| affligeant |
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Pourquoi s'emparer d'un drame humain pour en faire une fiction ? Réflexion sur la monstruosité de certain homme.
Livre que j'ai dû lire pour un comité de lecture, je ne l'ai pas fini, pour moi c'est juste du voyeurisme, de l'indécence, affligeant, répugnant, juste une accumulation de détails sordides. Comme Ultralucide je pense que ce n'est pas un livre à recommander.
Dudule (, Inscrite le 11 mars 2005, 47 ans) - 13 mars 2012 |
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| Complaisant |
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La critique ci-dessus me semble bien trop élogieuse et ne reflète pas à mon avis la vraie nature de ce livre.
Tout d'abord, Jauffret s'est quand même emparé d'un drame humain terrible, insoutenable, pour en faire une "soi-disant" œuvre de fiction.. Or nous ne sommes pas des imbéciles, il n'y a pas de "création" de "fiction" ici : il a utilisé l'horreur subie par des êtres humains pour en faire son livre - pour ne pas dire son beurre. C'est un auteur très prolixe, qui accélère semble-t-il sa "production" ces dernières années..
Cela étant, c'est un professionnel est l'écriture est d'un certain niveau, mais plutôt ampoulée et "journalistique" (on n'échappe pas aux clichés : "la chair de sa chair", etc..). Il n'hésite pas non plus à piller la réalité et la vie des êtres réels, à travers une soi-disant enquête. Un peu de pudeur et de respect aurait été de mise.
De plus, Jauffret lance des comparaisons prétentieuses et inappropriées avec des idées philosophiques comme celle du mythe de la Caverne de Platon, et autres "grandes idées" qu'il mélange sans savoir vraiment ce qu'il dit à mon avis.
Enfin, le parti pris de juxtaposer différentes "vérités" (mettons bien les guillemets) est une supercherie intolérable qui vise à mettre (presque) sur le même plan le crime et l'innocence, l'amour et la haine, la cruauté, l'égocentrisme et la richesse humaine. Il ajoute un maximum d'ingrédients, attrape-tout, et se croit tout permis.
Bon, nul doute que beaucoup seront attirés (de façon malsaine ) par ce livre, mais il n'est pas à recommander à mon avis.
Ultralucide (, Inscrite le 29 janvier 2011, 111 ans) - 17 février 2012 |
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Il n'y a pas encore de discussion autour de "Claustria".
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