Chansons populaires de l'ère Showa
de Ryū Murakami

critiqué par CC.RIDER, le 2 décembre 2011
( - 66 ans)


La note:  étoiles
Conte noir et gore
Six jeunes paumés dépourvus d'émotions et de buts dans la vie se rassemblent pour tromper leur ennui en jouant à papier-ciseau-caillou, en chantant en karaoké, riant bêtement, picolant et reluquant leur voisine quand celle-ci se déshabille. Un jour, l'un d'eux, par désoeuvrement, égorge en pleine rue une femme d'âge mûr. L'ennui c'est que celle-ci fait partie d'un groupe de six femmes sans scrupules qui n'ont en commun que leur prénom Midori, qui vont découvrir que la vengeance est un plat qui se mange froid et qui vont se lancer dans une véritable guerre contre les six abrutis...
Dans ce roman noir et désespéré, il ne faut surtout pas s'obnubiler sur la vraisemblance de l'intrigue ni se sentir rebuté par des personnages tous plus vils et inintéressants les uns que les autres si l'on veut apprécier cette littérature étrange, transcription de l'ultra-moderne solitude, du manque de repères, de sens moral et de perspectives d'avenir. Ces êtres inconsistants ne tiennent debout que par la haine et la violence plus ou moins gratuite qui seules donneraient un sens à leur monde paradoxal et désespérant. Il faut prendre ce livre pour ce qu'il est : une fable ou un conte philosophique extrêmement noir et gore. Dommage que l'auteur se complaise tant dans les descriptions inutiles (nourritures, boissons, chansons) ou franchement glauques et bien proches du Grand Guignol. Quelques scènes à vomir. Ames sensibles s'abstenir.
Féroce vacuité 6 étoiles

La solitude et l’ennui, même partagé, la fuite dans l’alcool pris en commun, au seuil de la nuit donnent de belles pages. Le fossé infranchissable entre des hommes d’un côté et des femmes plus âgées de l’autre, l’absence de rencontre et de désir mutuel entre les sexes sont montrés de façon horriblement lucide dans ce livre.

Un groupe de garçons, post-adolescents qui se retrouvent ensemble pour boire, ricaner, regarder la femme à la fenêtre d’en face qui se dénude le soir, faire du karaoké sur une plage déserte, il y en a beaucoup. Quand l’un d’eux tue une femme avec son couteau sur une impulsion gratuite, cela devient moins commun. Quand le meurtre est vu par une étudiante décrite comme physiquement repoussante du fait de l’asymétrie de ses yeux, on s’interroge. Quand la femme assassinée appartient à un groupe de femmes qui ont le même prénom, la trentaine passée, sont seules et s’interroge sur ce fait, cela retient notre attention. Ensuite, c’est la cascade surréaliste où toute mesure est perdue et cela devient moins intéressant.

IF-0914-4282

Isad - - - ans - 4 octobre 2014