Psychologie des foules de Gustave Le Bon

Psychologie des foules de Gustave Le Bon

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Psychologie

Critiqué par Hexagone, le 23 novembre 2011 (Inscrit le 22 juillet 2006, 48 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 711ème position).
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Ces milliards d'hommes.

Cet essai aborde dans dans un style iconoclaste la Psychologie des foules, il passe en revue tous les aspects de ces masses humaines, de leur débilité, de leur hétérogénéité, de leurs forces, de leur faiblesse.
Toujours prêtes à suivre les meneurs les plus prestigieux, les plus talentueux qui ne sont pas forcément les plus intelligents.
L'auteur évoque les sentiments et les consciences de ces foules, explique clairement que toutes les foules se valent, que ce soit des intellectuels ou des manants.
Gustave le Bon explique clairement que pour guider ces foules il faut ne pas avoir peur de dire des contre vérités, de les asséner avec sérieux, de ne pas toujours caresser les masses dans le sens du poil, bien au contraire et de laisser la contagion des idées se diffuser.
A la lecture de cet essai on comprend très bien l’avènement de tous les dictateurs, la montée du nazisme, on comprend les révoltes des printemps arabes, les hystéries collectives sportives ou culturelles, les hallucinations collectives.
L'auteur évoque l’ascension de Napoléon, son entregent et sa réussite.
Il évoque les journaux qui ne sont plus des leaders d'opinions mais qui flattent le peuple pour vendre du papier.
Tout cela est réuni dans ce livre que tout communicant, tout homme politique se doit d'avoir lu.
Jamais la parole n'est confisquée par le politiquement correct, Gustave le Bon évoque la différence des races, leur psychologie si chère à Charles de Gaulle.
Tout cela résonne dans notre société contemporaine et semble traduire notre époque, sauf que le livre fut écrit en 1895 !!!



Un extrait :

Evidemment la progression continue de telles dépenses a forcément pour issue la faillite. Beaucoup de pays en Europe : le Portugal, la Grèce, l'Espagne, la Turquie, y sont arrivés; d'autres, comme l'Italie vont y être acculés bientôt, mais il ne faut pas trop s'en préoccuper, puisque le public a successivement accepté sans grandes protestations des réductions des quatre cinquièmes dans le paiement des coupons par ces divers pays. Ces ingénieuses faillites permettent alors de remettre instantanément les budgets avariés en équilibre. Les guerres, le socialisme, les luttes économiques nous préparent d'ailleurs de bien autres catastrophes, et à l'époque de désagrégation universelle où nous sommes entrés, il faut se résigner à vivre au jour le jour sans trop se soucier de lendemains qui nous échappent.

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Connaître l’art d’impressionner l’imagination des foules, c’est connaître l’art de les gouverner

8 étoiles

Critique de Elya (Savoie - Dauphiné - Ardèche, Inscrite le 22 février 2009, 29 ans) - 12 octobre 2013

Pour avoir un résumé de l’ouvrage, une des possibilités est tout simplement de survoler son sommaire. Le Bon a construit un plan bien détaillé et très clair qui permet de parcourir son ouvrage sans une concentration trop importante. Il y étudie donc le comportement des hommes lorsqu’ils sont rassemblés ; comment se manifeste-t-il ? Quels sont ses facteurs déclenchant ? Peut-on lui trouver des caractéristiques systématiques ? Gustave Le Bon répondra à toutes ces questions. Voici un bref extrait résumant quelques-unes de ses réponses :

Les foules ne connaissant que les sentiments simples et extrêmes, les opinions, les idées et croyances qu’on leur suggère sont acceptées ou rejetées par elles en bloc, et considérées comme vérités absolues ou erreurs non moins absolues. Il en est toujours ainsi des croyances déterminées par voie de suggestion, au lieu d’avoir été engendrées par voie de raisonnement.

Il manque juste à ce livre, ou en tout cas à l’édition que j’ai eu en main (celle de Flammarion / Le Monde de 2009) une confrontation des théories de Le Bon, qui datent tout de même du XIXème siècle, avec ce qu’on a dégagé aujourd’hui d’un point de vue expérimental. Est-ce que les hypothèses (qui sont présentées comme des faits) de Le Bon, nous paraissant évidentes, ont été confirmées ? J’aurai tendance à dire que oui, en pensant notamment aux expériences de soumission à l’autorité de Milgram [1]. Mais de là à ce que tout ce que dit Le Bon ait été étayé scientifiquement depuis, je ne sais pas. Il ne faut justement pas se reposer sur son autorité pour admettre ce qu’il asserte ; le livre diffuse justement le message inverse, même si Le Bon ne met pas en garde par rapport à son ouvrage. J’ai aussi trouvé regrettable qu’il ne s’appuie que sur très peu d’expériences, ou du moins qu’ils nous en relate si peu. En fait, on a l’impression que sa démonstration s’appuie seulement sur des récits historiques et des témoignages…

Je ne sais pas si l’on peut s’accaparer facilement aujourd’hui des autres essais de Le Bon, mais c’est ce que je vais tenter de faire. La psychologie des foules donne envie de creuser à la fois vers les ouvrages récents de psychologie sociale, mais aussi vers l’œuvre de Le Bon qui a écrit sur des sujets très divers.


[1] Voir par exemple : http://cortecs.org/cours/…

Un par tous, tous par un

9 étoiles

Critique de Millepages (Bruxelles, Inscrit le 26 mai 2010, 59 ans) - 17 juillet 2013

Manifestations. Deuils nationaux. Meetings politiques. Révolutions. Emeutes. Spectacles. Matches de foot.
Autant d'événements où le comportement du public peut émouvoir, amuser, agacer, inquiéter, intriguer.
En tout cas, il me semblait intéressant d'approcher la psychologie de ces foules et en la matière, l'essai de Gustave Le Bon publié en 1895 reste d'actualité.

Le postulat de l'auteur est que quand un certain nombre de femmes et d'hommes se trouvent rassemblés, leur ensemble constitue une âme propre et collective plus ou moins puissante, plus ou moins momentanée, mais en tout cas distincte de celle des individus qui composent cette foule.
Autrement dit, chaque individu qui constitue la masse est amené à poser des actes, à scander des slogans ou à adopter des comportements, bref à avoir une attitude qu'il n'aurait pas en tant qu'individu ou qui dépasse parfois largement ce qu'il considèrerait comme raisonnable s'il agissait seul.

Des personnes de conditions, de cultures, de croyances d'éducations diverses qui forment un être distinct : la foule.
L'individualité dissout dans le collectif.
Ou encore, un individu collectif dont il est parfois très difficile de tirer une moyenne de la pensée de tous les éléments qui la composent; ceci est particulièrement frappant, je trouve, quand on essaie de trouver un fil conducteur aux grands rassemblements des altermondialistes, où les idées bonnes et généreuses fourmillent, sans que les participants parviennent à en tirer la quintessence.

La foule est irrationnelle prétend l'auteur; par le fait qu'il fait partie d'une foule, l'homme descend de plusieurs degrés sur l'échelle de la civilisation. Isolé, il peut être cultivé; en foule il se montre instinctif, barbare.
C'est très frappant dans les stades de foot (que je fréquente) ou autres enceintes sportives : les cadres dynamiques bien mis, irréprochables, les bons pères de famille s'y…défoulent (tiens, tiens !) et s'ils étaient filmés ils ne se reconnaîtraient pas et paieraient sans doute très cher pour que la vidéo ne soient pas transmise :-).

Beaucoup plus effrayant bien que plus vraiment surprenant avec le recul : le chapitre où l'auteur aborde la manipulation des foules; elles doivent être abreuvées d'idées simples et répétées, de grandes généralisations, d'idées fortes.
Vous aurez reconnu le populisme. Qui dans ses épisodes les plus douloureux, les plus nauséabonds peuvent mener à des extrêmes léniniens ou hitlériens.
Dans ces cas-là, le leader n'existe que par la foule et la foule n'existe que par son leader.
Un par tous, tous par un.

Ajoutons que la plupart des dirigeants politiques, des plus autocrates aux plus démocrates, ont lu et étudié l'ouvrage de Gustave Le Bon.

Par ailleurs, j'aurais bien aimé connaître son avis sur l'avènement et l'influence des "foules virtuelles" que constituent les forums en ligne ou les réseaux sociaux.

Pour la petite histoire, avant de s'intéresser à la psychologie des foules, l'auteur s'était préoccupé des conséquences de la fumée de tabac. C'était dans les années 1870.
Gustave le visionnaire !

Un livre de référence

10 étoiles

Critique de CC.RIDER (, Inscrit le 31 octobre 2005, 60 ans) - 9 janvier 2012

Pourquoi une foule fanatisée est-elle capable de tout, du pire comme du meilleur ? Comment une foule psychologique se forme-t-elle ? En quoi n'a-t-elle que peu à voir avec un agrégat d'humains rassemblés au hasard ? De qui et de quoi est-elle composée ? Comment réagit-elle aux sollicitations ? Qui sont ses meneurs ? Comment parviennent-ils à leurs fins ?
Paru en 1921, ce livre majeur de psychologie et de sociologie devenu une référence et un classique, répond brillamment à toutes ces questions et à bien d'autres en démontant nombre de mécanismes de manipulation, d'embrigadement et de propagande. Le Bon illustre son propos par de nombreux exemples tirés de l'Histoire (apogée et chute de l'Empire Romain, Révolution Française, Napoléon, Boulanger, Lesseps et quelques autres...) Le lecteur contemporain pourra y ajouter quelques dictateurs comme Hitler, Staline, Mao, Pol Pot et autre Kim Il Jong en se disant que tous ces phénomènes n'ont fait que croître et embellir ! En dépit d'un sujet relativement ardu, « La Psychologie des Foules » demeure un livre passionnant où le lecteur apprendra encore beaucoup tout en restant admiratif devant la finesse de l'analyse, la clarté du propos et l'élégance du style.
Citations : « Les foules ont des opinions imposées, jamais des opinions raisonnées. »
« La puissance des foules est la seule force que rien ne menace et dont le prestige ne fasse que grandir. L'âge où nous rentrons sera véritablement l'ère des foules. »
« Le droit divin des foules va remplacer le droit divin des rois. »
« Les foules n'ont de puissance que pour détruire. »
« Les foules sont incapables d'avoir des opinions quelconques en dehors de celles qui leur sont imposées. »
« On conduit les foules en cherchant ce qui peut les impressionner et les séduire. »
« Dans les foules, c'est la bêtise et non l'esprit qui s'accumule. »
« La foule ne peut qu'être d'une crédulité excessive. »
« Les Jacobins de la Terreur étaient aussi foncièrement religieux que les Catholiques de l'Inquisition et leur cruelle ardeur dérivait de la même source. »
« Les foules ont une telle soif d'obéir qu'elles se soumettent d'instinct à qui se déclare leur maître. »
« La foule est toujours intellectuellement inférieure à l'homme isolé. »
« C'est l'intelligence qui guide le monde, mais elle le guide de fort loin.»
« L'homme moderne est de plus en plus envahi par l'indifférence. »

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