Cités Obscures (Les), tome 03 : La Tour
de Benoît Peeters (Scénario), François Schuiten (Dessin)

critiqué par Saint-Germain-des-Prés, le 6 août 2002
(Liernu - 51 ans)


La note:  étoiles
Babel, quel est ton secret?
On ne présente plus les ouvrages du tandem Schuiten-Peeters.Dans la série des « Cités obscures » (qui comprend des titres aussi connus que « La fièvre d’Urbicande » ou « Brüsel »), « la tour » se défend bien côté mystère.
Giovanni Battista est mainteneur.
Sa fonction consiste à entretenir un certain périmètre de la tour.
Pour cette tâche, il est seul.
Son secteur tombant en ruine, étant à court de mortier, il décide d'abandonner son poste et d'entreprendre le trajet qui le mènera en bas, zone avec laquelle il n’a plus aucun contact depuis des années, pas de courrier, pas de passage, même pas la visite de l'inspecteur…
Son périple se transforme en cauchemar : le chemin descendant est ardu et la rencontre d'un de ses confrères, devenu fou de solitude, ne facilite rien.
Il descend, descend, perd pied et tombe, tombe…
Il reprendra connaissance installé confortablement dans un lit douillet.
Enfin quelqu'un !
Des personnes en chair et en os !
Recueilli par Elias, Giovanni veut venir à bout du secret de la tour : pour cela, il faut entreprendre le voyage vers le sommet.
Qu'y découvrira-t-il ?
Comme d’habitude avec ces auteur et dessinateur, le scénario est intéressant pour l’histoire en elle-même, mais l’intérêt tient surtout à l’aspect philosophique : ici, cette tour rappelle furieusement la tour de Babel.
Qui est-il, cet Homme qui tente de toucher l'éternel en s’élevant, posant pierre sur pierre, façonnant son esprit comme il érigerait une tour, plus haut, toujours plus haut ?.
Et que dire du dessin.
Loin d’être une spécialiste du genre, je ne peux qu'en parler intuitivement.
J'aime ces traits précis, nets, ce noir et blanc, cette rare touche de couleur, ces jeux d’ombre…
Alors oui, je vous conseille cette bd d’un style particulier, où l'esprit trouve nourriture et l'œil esthétisme.
Vertigineuse vérité 8 étoiles

Comme dans la plupart des ouvrages des auteurs, l’architecture tient ici une place centrale. L’univers créé est démesuré, les personnages sont minuscules et semblent écrasés par l’imposante tour. Le trait est d’une minutie incroyable, rappelant les gravures fantastiques de Gustave Doré. De la même façon, le scénario allie rigueur et délire, les seules limites étant l’imagination de leurs auteurs, mais je déplore juste la fin, qui semble avoir été légèrement bâclée.

Ce troisième volet des Cités obscures reste un des meilleurs, à l’image de la série tout à fait unique des deux compères belges. Le monde dépeint ressemble en apparence au nôtre mais diffère sur pas mal de détails et n’en paraît que plus étrange. Difficile d’aborder tous les thèmes de cette histoire en quelques lignes, mais la référence qui vient aisément à l’esprit est celle de la Tour de Babel. Le héros Battista va entreprendre une quête folle pour la vérité, la vérité sur cette tour et son origine, et au final, une incroyable vérité qui le changera à jamais. Il y perdra beaucoup des certitudes qu’il avait sur son monde et ressentira l’amère solitude de ceux qui ont percé un secret trop lourd pour eux. En résumé, « La Tour » est une fable métaphysique qui, alliée à un graphisme exceptionnel, fera mentir ceux qui imagineraient encore la BD comme une sous culture.

Blue Boy - Saint-Denis - - ans - 22 juillet 2010


Kafkaïen 9 étoiles

Un homme est l’un des mainteneurs d’une tour dont on ne connaît pas la limite. Or, cette tour tombe peu à peu en ruine et l’inspecteur qui n’arrive toujours pas... L’homme n’a pas le droit de quitter son secteur et il n’est pas du genre à laisser tomber, mais il sent qu’il ne peut plus attendre. Il constate que ses voisins ne doivent plus faire leur travail et il commence aussi à manquer de matériaux... Il part à l’aventure et il ne sera pas au bout de ses surprises.

La bande dessinée est enrobée d’un climat d’oppression, d’absurdité et d’immensité qui me fait penser aux histoires de Franz Kafka et de Jorge Luis Borges. Les graphiques nous font voyager dans un autre monde. Je suis toujours surprise par tant d’originalité de la part des deux créateurs de la série.

Ce tome est mon deuxième préféré (La fièvre d’Urbicande est mon numéro un), mais j’ai trouvé qu’il y avait encore de la nudité gratuite, décalé par rapport au reste de l’histoire. Dans presque tous les tomes il y a des femmes dénudées (le pire étant dans Brüsel tant c’est ridicule), je ne suis pas scandalisée, mais est-ce une fixation des auteurs ? Des fois, je me demande en quoi ça fait avancer le récit.

Nance - - - ans - 12 mars 2010