Vers la sortie
de Joyce Farmer

critiqué par Bluewitch, le 5 novembre 2011
(Charleroi - 45 ans)


La note:  étoiles
Cette sortie de laquelle on se rapproche tous.
La thématique de la vieillesse, dans ce qu’elle a de plus déconcertant et, parfois, quelque peu sordide, est rarement abordée. En tout cas, pas forcément au premier plan. Pas en mettant en personnages principaux un couple d’octogénaires, s’aimant toujours et réduisant centimètre par centimètre leur espace vital. Qu’il soit mental ou réel.

Lars et Rachel vivent dans la banlieue sud de Los Angeles. Ancrés à leurs petites manies, ils s’habituent inconsciemment à la détérioration de leur qualité de vie. C’est Laura, fille de Lars et belle-fille de Rachel, qui s’aperçoit la première de ces fausses notes prenant le pas sur leur autonomie. Lorsque Rachel, qui aimait tant fabriquer des poupées, a de plus en plus de mal à marcher et perd brusquement la vue. Quand le frigo se vide et qu’apparaissent les premiers "accidents". Quand la mémoire s’étiole et que les souvenirs prennent le dessus sur le présent.

Le plus touchant, dans ce roman graphique, est avant tout la justesse des détails, de ces petits incidents qui viennent se nicher entre les grands événements de la vie et qui, à eux seuls, montrent à quel point vivre la vieillesse est une grande histoire de petits instants. De petites pertes de terrains. D’adaptations, de deuils successifs de soi-même ou de ceux qu’on aime et qui changent peu à peu.

Joyce Farmer n’aurait pu si bien décrire ce cheminement si elle ne l’avait elle-même vécu de près. Un peu comme Baudoin dans "Eloge de la poussière".
Il s’agit de tant de nuances, de tant de petits moments et de grandes prises de consciences. Une lente dégradation du corps et de l’esprit, une plongée en soi lorsque le monde extérieur les poussent inéluctablement, eux, ces grands vieillards, vers la sortie.

Un graphisme parfois austère, dans ce livre qui a mis treize années à se concrétiser. Ce livre long, lent, comme le sujet qu’il aborde, mais extrêmement émouvant.

La vie telle qu’on devrait apprendre à la regarder.