Tombeau pour New York de Adonis

Tombeau pour New York de Adonis
(Waqt bayn al-ramād)

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Poésie , Littérature => Arabe

Critiqué par Septularisen, le 8 septembre 2011 (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 51 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (33 698ème position).
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LE POETE DE LA RUPTURE

ADONIS (Ali Ahmed Saïd ESBER de son vrai nom, Libanais d’origine Syrienne), est le poète de la rupture avec la tradition poétique arabe, rupture définitive et consommée, il faut le dire. Il s’agit ici d’une poésie aux rythmes rapides, des poèmes courts en demi-teintes, des poèmes en prose, où disparaissent les frontières de l’histoire de la géographie, laissant la place à la primauté du verbe :
«Toute chose vient à la terre à travers le chas du mot : insecte, dieu, poète».

«Tombeau pour New York» et les deux courts poèmes qui l’accompagnent, surgissent de la relation de l’homme avec le monde qui l’entoure. Il s’agit ici d’une promenade commentée à laquelle nous convie l’auteur à travers les différents quartiers de la ville de New York.

Une poésie épurée et transcendante, un texte qui laisse la voie ouverte à des interprétations multiples où chaque lecteur devra chercher et trouver ses propres réponses, ses propres solutions, son chemin…
«La parole est la plus légère des choses. Tout est contenu en elle. L’action est direction et instant, la parole est toutes les directions, le temps tout entier. La parole est main et la main est rêve.»

Toutefois, tout ce que je pourrais dire sur ce poète et sur sa poésie ne sera, ne pourra être, que réducteur! Je préfère dès lors, laisser la parole au poète et le laisser nous emporter dans une des ses balades dont il a le secret, au cœur du quartier de Harlem :

Harlem,
le temps agonise et tu es l’Heure :
j’entends des larmes gronder comme des volcans,
je vois des mâchoires manger les hommes comme
elles mangeraient du pain.
Tu es gomme pour effacer le visage de New York,
tu es tempête pour l’emporter comme une feuille
et la jeter.
New York = IBM + SUBWAY venant de la fange et
du crime, se dirigeant vers la fange et le crime.
New York = perforation dans l’écorce terrestre par où la
Folie jaillit en fleuves tumultueux.
Harlem, New York agonise et tu es l’Heure.

ADONIS (81 ans au moment où j’écris ces lignes), est considéré comme le plus grand poète du Moyen-Orient, son nom revient d’ailleurs régulièrement avec insistance, tous les ans au mois d’octobre, pour le Prix Nobel de Littérature…

Un grand poète, un grand livre!..

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Une poésie d'idées, d'un lyrisme violent et bouillonnant

7 étoiles

Critique de Eric Eliès (, Inscrit le 22 décembre 2011, 45 ans) - 6 janvier 2013

"Tombeau pour New-York" est un long poème en vers libres, d'une écriture rapide et syncopée, qui constitue l'expression poétique d'une philosophie de l'homme. Il s'agit ici essentiellement d'une poésie d'idées, bouillonnante et fortement vindicative, qui interroge constamment les rapports entre l'Occident et l'Orient au cours des errances du poète à travers la mégapole de New-York, symbole du monde moderne que condamne Adonis. Le texte est plein de références à des évènements, aux symboles des différentes cultures et aux poètes, notamment Walt Whitman (Yves Bonnefoy est aussi cité), ce qui rend parfois la lecture difficile (les notes sont impératives pour bien comprendre certains passages). En fait, le poème est ancré dans une certaine actualité et se rapproche (à mon goût parfois excessivement) du monologue intérieur, du témoignage du poète "témoin de son époque" et de l'exposé philosophique
Il est assez troublant de lire que ce poème, qui est imprégné de sourde violence et d'imprécations, a été écrit en 1999, deux ans avant les attentats contre le World Trade Center (même s'il n'y a bien évidemment aucun lien entre le ressentiment d'Adonis au nom d'une conception de l'homme et la haine d'Al-Qaida au nom d'une conception de Dieu).

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