Arawn : Tome 1, Bran le maudit ; Tome 2, Les liens du sang ; Tome 3, La bataille de Cad Goddun
de Ronan Le Breton (Scénario), Sébastien Grenier (Dessin)

critiqué par Numanuma, le 4 septembre 2011
(Tours - 51 ans)


La note:  étoiles
Les dieux sont joueurs
Au fond de ce qui semblent les Enfers, un homme masqué rumine sur son trône d’os. Des crânes percés d’une pique rappellent son pouvoir et sa force. IL est recouvert d’une armure aussi sombre que son royaume de mort et de souffrance. Dans sa solitude, son seul interlocuteur est un vieil « ami » dont il ne reste qu’un crâne gardé en vie par une noire magie. Le nom de ce monarque solitaire et Arawn et ceci est son histoire.
Quelque part, dans le froid, sur une lande glacée, avance une guerrière farouche et déterminée. Son adversaire va vite le découvrir mais malgré tout son courage, Siamh ne sera sauvée que grâce à l’intervention d’un guerrier : Dag. De cette rencontre fortuite naîtront deux enfants aussi blonds et musculeux que leurs parents : Math, l’aîné et Kern, son cadet.
Après que Dag fut tué, deux autres enfants viendront, nés du viol de leur mère par l’assassin du guerrier pendant son sommeil, Bran. Les deux enfants, aux cheveux sombres, Engus et Arawn et leurs deux demi-frères sont au centre d’une sinistre prophétie : une lutte sans merci d’engagera entre eux avec pour résultat leur mort à tous.
Les éditions Soleil ont eu la bonne idée de regrouper les trois premiers épisodes de la série en un seul volume ce qui permet de pleinement apprécier cette histoire de Dark Fantasy.
Pour préciser, la Dark Fantasy (que je réduirai en DF pour plus de faciliter) se distingue de l’Heroic Fantasy (HF) en ce sens qu’il n’y a rien de manichéen dans le genre. A l’inverse de l’HF où les bons et les méchants sont toujours clairement identifiés, où sont prônées des valeurs chevaleresque de don de soi, de courage et d’abnégation, la DF est beaucoup plus trouble. Les personnages sont souvent ambivalents, voire franchement antipathiques. L’ambiance y est plus pesante, avec des atmosphères de fin du monde ou de catastrophe inévitable, comme la prophétie dans le cas présent. Grâce à cette perturbation des valeurs traditionnelles du genre médiéval fantastique, la DF interroge sur les notions de bien et de mal dans des situations souvent extrêmes.
Il existe malgré tout un tronc commun, par exemple, c’est la cas ici, l’épreuve supposée faire du héros un homme à part, l’arme ou l’armure particulièrement puissante, la magie. Cependant, comme je l’ai dit plus haut, les repères sont faussés et il est bien difficile de savoir à qui se fier. Ici, par exemple, la hache du soleil, dont le nom évoque des hautes valeurs morales, est maniée par Math en tant qu’héritage de son père. Mais Math est loin d’être un parangon de vertu, c’est au contraire un être plein de violence et de rage, incontrôlable, extrêmement dangereux, ambitieux et sans pitié. Pourtant, à l’égal de ses frères, il est la merci d’une prophétie qui le dépasse et dont il entend bien sortir vainqueur.
Visuellement, les couleurs sont sombres, rendant parfaitement l’atmosphère malsaine et pleine de faux semblants de l’histoire. On sent bien l’influence de HR Giger, peintre suisse connu de tous les cinéphiles pour avoir crée Alien. On retrouve également les traits de Simon Bisley, dessinateur de la série Slaine, entre autres, avec laquelle Arawn a beaucoup de points communs, dont l’utilisation des mythes celtes, tel que le chaudron de sang, présent dans les deux séries, qui possèdent certains pouvoirs comme la guérison. Mais c’est aussi un objet dangereux qui a sa volonté propre et qui se nourrit du sang des meilleurs guerriers pris sur le champ de bataille. Il symbolise le cycle éternel de la vie, de la mort, du retour à la terre puis de la résurrection.
Malgré le fait que les trois épisodes sont regroupés en un seul volume, on trouve des creux de scénario assez dommageables mais je pense que les volumes suivants viendront expliquer les événements qui sont pour l’instant sans réponse. A titre d’exemple, le personnage de Dag est très mystérieux. Il possède la hache du soleil mais il sculpte également le bâton des sylves, puissant artefact qui sera l’héritage de son fils Kern. A aucun moment il n’est expliqué comme il prend possession de la hache ni comment il sait créer le bâton des sylves et le nourrir d’une magie très puissante.
Le personnage d’Arawn est tout aussi mystérieux mais cela est plus logique, la série lui est consacrée et prend donc le temps de développer son histoire. Certes, il n’est guère plus sympathique que ses frères mais lui va connaître dès la naissance l’abandon, la différence (il naît sans sexe…), l’amour puis la trahison. Tout cela le met à part et fait de lui le jouet du destin, ou des dieux pour rester dans l’atmosphère de la BD.
Un série intrigante, violente, cruelle, très bien dessinée mais qui risque, si elle s’étale sur un trop grand nombre d’albums, de s’essouffler.