Le système Victoria de Éric Reinhardt

Le système Victoria de Éric Reinhardt

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Nothingman, le 30 août 2011 (Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 37 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 402ème position).
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Chute Victoria

Quatre ans après Cendrillon, qui m’avait tout particulièrement retourné, Eric Reinhardt revient avec un roman peignant d’un œil acéré notre société capitaliste à travers l’histoire d’amour passionnelle d’un couple de quadra.
Dans une galerie marchande, un homme, en un regard, désire une femme. Un désir particulièrement impérieux.« Il n’est rien de plus troublant que d’entrevoir, dans un regard qui s’étonne, un paysage intérieur », digressera joliment cet homme.
Il va la suivre une heure durant, finalement l’aborder. Ils vont se plaire , se donner rendez-vous dans un hôtel de luxe à Londres. L’adultère est consommé. Lui, c’est David Kolski, la quarantaine, ancien architecte reconverti directeur de travaux sur le chantier de la tour Uranus à la Défense, destinée à devenir la plus grande de France. Heureux en ménage quoique se consumant dans son travail. Boulot harassant pour lequel il touche environ 5000€ Idées de gauche, idéaliste de nature. L’exact opposé en somme de sa maîtresse. Elle, c’est Victoria De Winter, femme de pouvoir. DRH monde d’une grande entreprise présente dans plus de vingt pays, pour un salaire annuel de 350 000 euros. Elle travaille à Londres, séjourne souvent à Paris et vit le plus clair de son temps dans les avions. Elégante, corps voluptueux et des idées de droite. Rien de plus banal, selon vous, qu’une histoire d’amour qui commence. Et pourtant, avec l’écriture d’Eric Reinhardt, cela en devient lyrique.
Onze mois durant, Victoria et David, vont s'aimer frénétiquement. De Londres à Paris, de grands restaurants en hôtels de luxe, leur relation est particulièrement puissante, voire destructrice. Dès le début il se disent tout, par mails, textos, forcément entre deux rendez-vous professionnels ou dans la salle d’attente d’une gare ou d’un aéroport. Ou l’amour à l’heure de la mondialisation. Ce qui rend le livre envoûtant, c’est que l’issue en sera dramatique. Dès les premières lignes, on sait que le cadavre de Victoria sera retrouvé dans un bois provoquant la déchéance de David.
David, de lui, on sait tout, de ses belles idées, de son amour pour Sylvie avec qui il aura deux enfants, de ses rêves brisés,... De Victoria, par contre, on ne sait presque rien, habituée à cloisonner sa vie en fonction des villes qu'elle traverse. Est-elle mariée? Collectionne-t-elle les amants comme les stock options ? Que représente David dans sa vie ébouriffante ? Elle va pourtant se livrer progressivement, au compte-gouttes, à travers des comptes rendus de réunion,sur l'oreiller, laissant percer une femme profondément indépendante, avide d’exaucer tous ses désirs, guère habituée à l’attente et aux résistances. C’est le système victoria. Ou l’ultralibéralisme qui se fond dans la relation amoureuse.
« Elle savait exactement ce qu’elle voulait et voyait mal pour quelle raison elle n’appliquerait pas à ses désirs de femme le même traitement radical qu’à ses projets professionnels…. Il était à ce point difficile pour elle-même de distinguer la femme intime de la femme de pouvoir…Je le sentirai à chacune de nos rencontres : il y avait la femme privée d’un côté, la DRH de Kiloffer de l’autre et le principe Victoria de Winter qui résultait de la fusion des deux.. » Et le pauvre David, entraîné dans la chute... Victoria.
Alexandre Dumas avait créé Milady de Winter, héroïne de papier, fourbe et aux dents longues, Eric Reinhardt, quelques siècles plus tard en crée la version du XXIe siècle. Il signe là, comme avec Cendrillon, il y a quatre ans, un roman inventif, original, audacieux, torride (le sexe y est omniprésent), pervers, pas si facile d’accès.. mais toujours plaisant. Sans compter une écriture ciselée à souhait. Victoria, sirène des temps modernes, vous fera- t-elle chuter comme David Kolski ?

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Les éditions

  • Le système Victoria [Texte imprimé], roman Éric Reinhardt
    de Reinhardt, Éric
    Stock
    ISBN : 9782234061903 ; EUR 22,50 ; 17/08/2011 ; 528 p. ; Broché
  • Le système Victoria [Texte imprimé] Éric Reinhardt
    de Reinhardt, Éric
    Gallimard / Collection Folio
    ISBN : 9782070446827 ; EUR 8,40 ; 07/03/2013 ; 624 p. ; Poche
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Les livres liés

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Captivant et suflureux

10 étoiles

Critique de Jaimeoupas (Saint gratien, Inscrite le 4 octobre 2010, 45 ans) - 14 mai 2013

Le système Victoria est incontestablement un très bon livre.

L'histoire est prenante, originale, crue et sulfureuse.

L'auteur a réussi à créer des personnages principaux complexes.

On retrouve le souffle de grands auteurs comme Maupassant, Zola ou Flaubert avec les thématiques de l'argent, le pouvoir et le sexe mais sous l'éclairage du 21ème siècle.

J'attends avec impatience de lire un autre livre de l'auteur.

VICTORIA :LA POLITIQUE DES SEXES

9 étoiles

Critique de TRIEB (BOULOGNE-BILLANCOURT, Inscrit le 18 avril 2012, 66 ans) - 23 mai 2012

C’est au départ une rencontre provoquée par le croisement de regards un peu trop éloquents ou expressifs pour laisser les protagonistes de cet échange indifférents. David Kolski, conducteur de travaux dans le secteur du BTP rencontre Victoria de Winter, DRH d’une multinationale, dans une galerie marchande. La disparité des situations et des statuts sociaux des deux personnages est immédiatement soulignée dès les premiers épisodes de ce que l’on ose appeler par commodité une liaison.

L’intérêt du roman déclinerait rapidement si l’auteur s’était limité à la description des phases successives de cette relation entre deux individus appartenant à des mondes si éloignés.
Au-delà de cette exposition d’un tel événement, le roman souligne par exemple la puissance de l’imaginaire dans la vie amoureuse, qui est omniprésente dans le vécu de David et de Victoria. Après que Victoria a qualifié « d’étincelle » le premier contact, David se livre à une analyse de ses premières sensations : « Comme dans le cas d’un rêve, ce n’est pas ma mémoire qui se rappelle les détails de cette histoire mais mon imaginaire(…), sur un plan plus essentiel que celui du souvenir, plus intime et plus universel, avec le rayonnement d’un mythe. »
Cette puissance donne à David un supplément de dynamisme et d’énergie pour accomplir sa mission, la construction d’une tour gigantesque à La Défense : « j’ai accompagné l’achèvement du gros œuvre comme on se représente que les compositeurs terminent leurs symphonies , en transe, emporté par un jaillissement insensé d’énergie, d’inspiration, de confiance, de puissance physique et de ferveur créatrice. »

La description de leurs rapports amoureux, de plus en plus torrides, de plus en plus addictifs, n’efface pas la mise à nu du « système Victoria » , que David croit pouvoir résumer à l’issue de l’un de leurs rapports sexuels , toujours dévoreurs d’énergie : « Telle était le système qui fondait l’existence de Victoria : ne jamais être à la même place, se segmenter dans un grand nombre d’activités et de projets, pour ne jamais se laisser enfermer dans aucune vérité-mais être à soi-même , dans le mouvement, sa propre vérité. »

Victoria est cependant loin d’être un personnage caricatural : elle n’épouse pas le profil classique des gestionnaires, elle a suivi des études de philosophie dans sa jeunesse, marquée par le cosmopolitisme culturel, née à Barcelone d’une mère anglaise et d’un père allemand.
Le roman est plein d’observations sur le mode de vie des « happy few » de la mondialisation heureuse, celui des cercles dirigeants au périmètre très circonscrit, sur la liberté de mouvement que donne l’argent, sur les compensations dont jouissent les milieux dirigeants aux contraintes de leurs fonctions.

C’est aussi l’illustration de la toute puissance du désir comme moteur de conduite lorsque l’on dispose des moyens de le concrétiser . Ainsi David décrit-il cette porosité entre la femme de pouvoir et la femme privée : « ( …) il était à ce point difficile pour elle-même de distinguer la femme intime de la femme de pouvoir ; l’exercice de son métier nécessitait à ce point de mêler le mental au technique, la sincérité au calcul, la vérité de l’être au mensonge de l’entreprise que ces deux pôles qu’elle fusionnait ne formaient plus qu’une seule et même entité : l’entité Victoria de Winter ».
Livre dérangeant, fascinant, complexe dans la restitution de la puissance de la séduction, de l’imaginaire, et du pouvoir. Cette mixture est peu fréquente en littérature.

Larmes de regrets après un océan de sexe

6 étoiles

Critique de Isad (Saint-Germain-en-Laye, Inscrite le 3 avril 2011, 57 ans) - 8 mai 2012

Ce roman nombriliste s’attache à décrire par le menu la vie et les états d’âme du narrateur. Il raconte notamment sa passion addictive pendant un an pour Victoria, une femme qu’il a abordée un jour dans la rue après l’avoir remarquée, suivie et observée pendant quelques heures (au lieu de rentrer chez lui pour fêter l’anniversaire de sa fille). Le livre est très long et se complait trop dans la description de scènes de sexe compulsives. On constate le contraste entre la froide façade publique de la dirigeante et la femme intime qui laisse libre cours à ses instincts et a besoin d’avoir un partenaire de toute confiance pour s’y adonner.

Les passages les plus intéressants, mais trop rares, montrent le choc des cultures entre un cadre supérieur qui se dit de gauche et une représentante de l’élite libérale internationale qui gagne 6 fois plus que lui. Les paragraphes qui décrivent les difficultés de la vie de coordinateur sur un chantier et les petites compromissions avec les normes pour pouvoir avancer sont aussi savoureux (si on passe sur les longues harangues pour motiver les sous-traitants).

La structure qui explique les enchaînements de circonstances, le parcours d’une vie, les choix face aux événements, les traits de caractère du personnage qui l’amène à pleurer ses regrets d’avoir agi d’une certaine façon est cohérente et donne sa force à l’histoire.

IF-0512-3882

Jusqu'où peut-on aller pour la passion ?

10 étoiles

Critique de Marie33 (Le Médoc, Inscrite le 1 octobre 2010, 51 ans) - 14 avril 2012

Cette histoire passionnelle va aller très loin.
L'autre décrit les émotions, les faits, les gestes comme je n'ai jamais lu, il a un talent fou Eric Reindhardt.
L'histoire aussi est folle la rencontre de cet homme et cette femme leur relation qui devient une puissance absolue, magnifique. David n'a pas su retenir Victoria dans ses fantasmes, qui la conduisent droit à sa mort. Je ne vous en dis pas plus seulement un excellent roman.

La passion selon Victoria

6 étoiles

Critique de Basilew33 (, Inscrit le 10 juin 2011, 61 ans) - 17 janvier 2012

QUATRIEME DE COUVERTURE
"Si j'avais renoncé, à cet instant précis, à lui adresser la parole, intimidé par la perspective de faire entrer dans ma vie une femme de cette stature; si je lui avais dit : "Excusez-moi, je suis désolé, je vous ai prise pour quelqu'un d'autre", avant de m'éloigner et de rentrer chez moi; si j'avais pu savoir que l'aborder entrainerait mon existence dans une direction où je n'étais pas sûr de désirer qu'elle s'aventure, Victoria n'aurait pas trouvé la mort un peu moins d'un an après notre rencontre. Elle serait encore vivante aujourd'hui. Je ne vivrais pas retiré dans un hôtel de la Creuse, au bord de la route, séparé de Sylvie et des enfants, à ruminer ma culpabilité. Je n'aurais pas été détruit par le rôle que j'ai joué dans ce drame, ni par les deux jours de garde à vue qui en ont découlé. Le visage, les regards de Christophe Keller ne se seraient pas installés dans ma conscience comme une obsession corrosive. Mais il se trouve que le visage de Victoria s'est tourné vers le mien et que j'ai basculé dans ce regard qui s'étonnait."

Victoria de Winter, directrice mondiale des ressources humaine d'un multinationale et David Kolski architecte reconverti en directeur des travaux sur la tour Uranus se rencontrent dans une galerie commerciale et vivent, durant un an, une passion dévorante entre Londres et Paris. Bien qu'ils aient décidé de ne rien changer à leur vie de couple - ils étaient mariés tous les deux -Victoria pensait quitter son mari et refaire sa vie avec David. Cela aurait pu se terminer comme un conte de fées: ils vécurent heureux et eurent de nombreux enfants. Malheureusement l'attrait de Victoria pour le sexe finira par la perdre. Elle part à l'aventure avec deux polonais inconnus rencontrés dans un cinéma pornographique. Quelques jours plus tard, son corps sans vie est retrouvé dans la forêt de Sénart par le berger allemand d'un promeneur.

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