Carnets d'Orient, tome 6 : La guerre fantôme
de Jacques Ferrandez

critiqué par CC.RIDER, le 26 août 2011
( - 66 ans)


La note:  étoiles
Prémisses de l'horreur
Automne 1954. Octave débarque à Alger de retour d'Indochine où la France vient de subir la terrible défaite de Dien Bien Phu. Il a lui-même subi les camps viets. Beaucoup de soldats ont comme une revanche à prendre alors que les premiers « évènements » commencent à déchirer le pays : assassinat d'un jeune couple d'instituteur et d'un notable local. Les premiers maquis se mettent en place sans grands moyens. Une guerre sale débute insidieusement : attentats aveugles, égorgements et mutilations d'un côté, torture et gégène de l'autre...
Ce tome de la saga des Carnets d'Orient laisse un peu de côté l'histoire de famille. On ne suit plus qu'Octave, le para et son oncle pour s'intéresser surtout à la mise en place des acteurs du drame dont on sent l'horreur se profiler. La force et l'adresse de l'auteur est une fois encore de ne pas juger les torts des uns ou des autres, d'éviter tout manichéisme ou toute récupération politique mais de faire intelligemment la part des choses. La situation de l'Algérie de l'époque était paradoxale. D'un côté la colonisation avec ses bienfaits : alphabétisation, hygiène et hôpitaux, routes, trains et infrastructures modernes et de l'autre sa face nettement moins glorieuse : spoliation des terres, exploitation des hommes et injustice politique et sociale. La venue de Camus à Alger et ses essais de médiation ainsi que les méthodes d'implantation du FLN dans le bled sont très bien racontés. Un bel album très réussi.