Les boulevards de ceinture
de Patrick Modiano

critiqué par Veneziano, le 16 juillet 2011
(Paris - 46 ans)


La note:  étoiles
A la recherche de sa propre histoire
Le jeune narrateur suit son père, pour mieux comprendre son environnement qui lui semble mystérieux, en raison des lacunes et non-dits qui l'entourent. Commence une saga tour à tour glauque, drolatique et inquiétante dans la Seine-et-Marne et le Paris de l'Occupation.
Pourquoi son père dissimule-t-il un pan de son existence ? Ses amis semblent fort avoir des activités un peu louches, il est complexé d'avoir un fils bachelier, qu'il traite avec une forte déférence. Il finit par apprendre qu'il est apatride en cours de naturalisation, que son père a peur de ce qu'il peut apprendre de lui, tout en y étant attaché, ce qui l'amène à le traîner sur les boulevards extérieurs, le long du rail de l'ancien train extérieur, d'où le titre.

Déconcertant, sombre et tendre, amusant et amer, ce roman vire-volte au gré des incertitudes du narrateur sur les chemins vers lesquels le mènent ses pas, figurés comme matériels. Le lecteur hésite entre la crainte du glauque et du drame, effleuré à chaque instant, et l'aventure et le quasi-burlesque. Ce livre est attachant par la transmission de l'incommunicabilité entre les deux personnages principaux, due par l'indicible.
A la recherche du père perdu 7 étoiles

Ce roman est l'un des premiers publiés par Patrick Modiano. Il est vrai qu'il ne reflète pas précisément l'image que l'on a de l'auteur. Les chapitres sont plus longs, les descriptions plus précises. L'emploi du "vous" adressé à son père établit une sorte de dialogue avec cette figure paternelle. L'on a même tendance à moins se perdre dans ce roman alors que dans ses romans les plus récents, un lecteur actif est nécessaire pour reconstruire le puzzle, si tant est que cela soit possible ... Ici, le roman reste plus conventionnel, tout en gardant une certaine originalité.

Le narrateur, qui ne se veut pas être Patrick Modiano, souhaite mieux connaître son père, homme qui a brillé par son absence, et qui fréquente des personnes aux activités douteuses. Quand il le retrouve, son père ne le reconnaît pas, ce qui permet au narrateur de pénétrer cet univers interlope et de rencontrer ces hommes et ces femmes qu'il côtoie. Son père n'est pas un héros, un homme admirable et aimé. Même ses acolytes n'ont aucun respect pour lui. Certaines scènes sont proprement humiliantes. Puis cet homme est juif. Au temps de l'Occupation, ce paramètre complexifie son rapport à l'identité.

Ce roman met un certain temps à installer une atmosphère, mais une fois posée, l'on se trouve vite pris dans cette histoire. Ce narrateur est touchant par sa volonté de se rapprocher de son père, par sa vive volonté de percer les secrets paternels, par sa capacité à pardonner et à justifier l'innommable. Même si ce roman ne se veut pas autobiographique, Modiano avait un père absent, aux activités et aux fréquentation douteuses, père qu'il a peu connu et sur lequel il s'est beaucoup interrogé comme en témoigne son roman "Un Pedigree". Même s'il n'est pas de bon ton de créer des liens entre la fiction et la biographie de l'auteur, il est difficile d'en faire complètement abstraction ...

Pucksimberg - Toulon - 44 ans - 26 décembre 2015


Un roman réussi 6 étoiles

Le narrateur recherche son père sous l’Occupation parmi des individus louches. Moins modianesque que dans ses autres roman, avec une vraie histoire, l’auteur nous prend par le bras. Il y a le style modiano, l’atmosphère en noir et blanc est bien rendue. Quelques invraisemblances comme : comment le père ne reconnait-il pas son fils ?

Ravenbac - Reims - 58 ans - 13 juillet 2015