Allah n'est pas obligé
de Ahmadou Kourouma

critiqué par Jimini Criquet, le 1 janvier 2001
(BRUXELLES - 46 ans)


La note:  étoiles
Le prix Renaudot 2000 : Un livre très fort
Birahima aurait pu être un enfant comme les autres si. il était né ailleurs. Mais il est né dans un pays d’Afrique, ou plutôt un village d’Afrique.
Après avoir perdu père et mère, il part pour le Liberia, à la recherche de sa tante et tutrice. Tiécoura, le multiplicateur de billet, le grigriman, le féticheur l’accompagne et c’est à deux qu’ils vont rentrer dans l’univers des enfants-soldats, les " small-soldiers "…
Ahmadou Kourouma nous raconte ce que nous connaissons à travers les reportages des journaux télévisés : l’horreur de la guerre civile, quand les enfants se promènent dans les rues une arme à la main alors que dans nos pays ils joueraient au football une sucette à la main. Ces enfants qui tuent sans trop savoir pourquoi, parce que quelqu'un leur a dit que les autres étaient méchants. Ces enfants qui volent parce que quelqu’un leur a dit qu'Allah n'aurait pas voulu qu'une bouche qu'il a créée reste vide.
C'est atroce, bien sûr. Mais on rit aussi beaucoup en lisant ce livre, parce qu'une maman cul-de-jatte devient une maman qui marche sur les fesses, parce que le " petit nègr' " qu'est Birahima essaye de parler comme les blancs dont il utilise des mots cherchés dans le dictionnaire et qu'il traduit parfois dans son langage petit nègr', parce qu'il utilise des expressions "de chez lui"… Bref, parce qu’il est enfant et que c'est à travers ses yeux et ses réflexions que l’auteur nous dévoile la vie de ces enfants qui sont nés ailleurs.
A lire !
La chronique d'un enfant-soldat 6 étoiles

Voici un récit bien rude, mais utile, sur la vie d'un enfant-soldat du Libéria, qui décrit les interactions avec des factions de Côte d'Ivoire. Le style est aussi sanglant que truculent. J'ai apprécié que les mots que l'enfant narrateur découvre soient accompagnés des définitions qu'il trouve dans le dictionnaire.

Ce livre s'avère brutalement réaliste. Pour dépeindre une telle réalité, j'ai trouvé cela un peu pénible à lire. Mais il reste utile pour connaître et comprendre le contexte.

Veneziano - Paris - 42 ans - 4 juillet 2015


Une écriture en rafale 4 étoiles

Birahima est un enfant soldat qui, enrôlé dans des factions de guerre tribale, se démène tant bien que mal entre Côte d'Ivoire, Libéria et Sierra Léone. Il recherche sa tutrice et son parcours l'embarque dans la plus inhumaine condition qui soit pour un enfant de son âge, la barbarie des adultes. Sa kalachnikov en bandoulière, il assume la guerre et nous l'explique au travers de mots simples, tirés en rafale comme il pourrait les dire.
C'est bien le style employé dans l'écriture qui, selon moi, fait défaut. L'histoire aurait mérité une narration plus limpide, alors que le propos reste celui d'un gamin qui n'a pas réussi à me captiver. Les définitions sorties de dictionnaires finissent par étouffer. Ahmadou Kourouma a certes été un grand et bon écrivain. Dommage qu'on ne retrouve pas dans cet ouvrage le style de son auteur. Je sors déçu de cette lecture. L'histoire, pour moi, méritait une autre écriture.

Hamilcar - PARIS - 64 ans - 12 décembre 2011


L’homme est-il obligé ? 7 étoiles

Décidément, l’image de cette Afrique où personne n’est livré à lui-même, où toujours on s’entraide même dans la misère la plus noire, en prend pour son grade avec des auteurs comme Ahmadou Kourouma ou Léonora Miano ! Qu’on ne s’attende pas ici à une lecture joyeuse, ponctuée de grands éclats de rire aux dents blanches : l’auteur en effet nous met le nez sur toutes ces « qualités » humaines dont on ne se vante pas. L’absence totale de scrupules, le don pour la survie à n’importe quel prix, la faculté de soumettre les autres, tous attributs qui nous sont propres et resurgissent dès qu’il y a situation de manque ou de guerre. A lire pour ouvrir les yeux et découvrir un monde où on ne peut se payer le luxe d’être bon ou d’avoir de l’honneur.

Cameleona - Bruxelles - - ans - 6 avril 2007


Histoire d’un enfant soldat 8 étoiles

Le narrateur du roman est très attachant à travers son parcours chaotique, on découvre les désastres des guerres tribales. Celles-ci sont décrites avec pudeur par l’auteur la majorité du temps mais parfois la cruauté des faits l’oblige à relater des scènes horribles. J’ai bien aimé.

Ichampas - LAMBALLE - 56 ans - 28 janvier 2007


Une bonne tranche d'histoire... 10 étoiles

Grandiose récit de la vie des enfants-soldats au Liberia. Qui aurait mieux narré leur quotidien que Birahima, soldat aguerri de 10 ans? GNAMOKODE!!!

Marafabian - - 47 ans - 12 août 2006


J'ai abandonné 2 étoiles

J'avais très envie de lire ce livre... Et en voyant combien il était étoilé sur CL, ma motivation était encore plus grande (si motivation il faut avoir pour lire LOL).
Je me permets d'avoir un avis bien moins optimiste sur ce roman.. je l'ai abandonné après quelques pages (je ne sais plus combien). Le style est trop lourd pour moi: les définitions de chaque mot, c'est trop.
Une étoile parce que je ne peux en dire plus....

FéeClo - Brabant wallon - 44 ans - 26 avril 2005


L'Âme du peuple malinké 10 étoiles

Je conseillerais à Aaro-Benjamin G. de ne pas lire d'oeuvres qui ne reflètent pas la culture américaine, comme moi je m'abstiens de lire des romans fantastiques, des romans de science-fiction ou des polars. Si je faisais un compte rendu de telles oeuvres, le nombre d'étoiles ne dépasserait pas le nombre de deux. Donc, pour rendre justice à ces genres, je ne fais pas de critiques, sauf pour certains polars qui ne respectent pas trop le genre.

Allah n'est pas obligé est une oeuvre formidable surtout pour un linguiste. La culture est véhiculée par la langue. C'est à travers elle que l'on peut monter jusqu'à l'âme du peuple qui la parle. Par exemple, l'inuktitut (langue esquimaude) compte une dizaine de mots pour désigner le blanc. De là, on peut en déduire qu'une absence de couleurs est importante dans notre vision du monde. Je l'ai remarqué quand Brigitte Bardot est venue sur les banquises du golfe St-Laurent pour observer la chasse aux phoques. Elle n'a rien compris à la culture de ceux qui vivent la blancheur. C'est ce que j'ai compris en lisant les critiques de ceux qui ont détesté Smilla de Peter Hoëg.

Kourouma nous parle de son peuple à travers le trait le plus distinctif qui soit, c'est-à-dire sa langue. Et comme Africain, il n'organise pas un texte qui ressemble à la technique des écrivains qui vivent dans des pays soumis à l'esclavage de la machine industrielle. Comme un papillon, Kourouma se promène librement dans son univers d'horreur sans l'organiser de façon serrée autour du thème. Il se permet des digressions difficiles à suivre. Donc, son oeuvre ressemble à une plante fleurie. Les fleurs ne poussent pas nécessairement avec symétrie sur le plan. Chercher la symétrie dans une oeuvre typiquement africaine, c'est chercher une aiguille dans une botte de foin.

Quand on a compris la culture mandingue, on est capable d'apprécier la vision nigéro-congolaise d'un univers soumis à la préhension des colonisateurs et des dictateurs qui se servent même des enfants pour protéger les prérogatives qu'ils se sont données. Vue dans le contexte culturel de ces peuples, la dénonciation de Kourouma est des plus argumentée.

Libris québécis - Montréal - 78 ans - 8 décembre 2004


Illisible 1 étoiles

Un des romans les plus mal écrit qu’il m’a été donné de lire. Évidemment, je n’ai pas fait l’effort de le terminer lorsque l’auteur écrase littéralement son texte sous plus de 500 définitions de mots. J’ai eu l’impression de lire un dictionnaire et de tourner en rond, emprisonné dans des descriptions répétitives, par exemple : « Il fallait aller là-bas le plus rapidement possible chez ULIMO. Le petit fabulateur racontait beaucoup de choses sur le ULIMO. Il raconta un tas de bonnes choses sur ULIMO. Chez les ULIMO, c’était vraiment chouette… »

J’ai lu d’autres romans qui utilisaient la voix d’un jeune garçon pour raconter une histoire. Ceux-là étaient tout de même lisibles. Le style d'écriture de celui-ci a tué le moindre intérêt que j’aurais pu avoir pour le sujet.

Aaro-Benjamin G. - Montréal - 51 ans - 6 décembre 2004


La mort d'un écrivain africain... 8 étoiles

Je viens d'apprendre la mort de cet écrivain ivoirien qui était bourré de talent, il s'appelait Ahmadou Kourouma. Je me souviens de l'avoir vu chez Bernard Pivot où il avait laissé une impression de bonté et de simplicité éminemment sympathique.
Son livre, Allah n'est pas obligé, raconte la vie d'un enfant soldat enrôlé dans les guerres au Libéria.
C'est un témoignage bouleversant ; tout y passe : massacres des populations, guerres tribales, escroqueries des membres des ONG, trafic d'armes, commerce de drogue, détournement des aides humanitaires, religieux et dirigeants corrompus et puis surtout et toujours, misères, misères et misères !
L'Afrique sortira-t-elle un jour de son marasme ? La réponse n'est pas dans le livre mais ce livre laisse supposer que ça ne finira jamais ! Pour nous, Européens, un devoir minimum est de ne pas fermer les yeux ; nous devons au moins nous informer, faute de pouvoir faire autre chose !
Grâce à un humour latent et à une écriture vraiment plaisante, ce livre est lisible et même sous certains aspects, agréable à lire ; mais il nous laisse sur un sentiment de découragement et de désespoir profond.
La mort de cet écrivain, enlevé dans la force et dans la plénitude de son talent, est un malheur de plus pour cette malheureuse Afrique. A défaut de mieux, elle a tellement besoin de ce genre de témoignage pour que, au moins, nous ne fermions pas les yeux.

Saint Jean-Baptiste - Ottignies - 84 ans - 13 septembre 2004


UN REGARD D'ENFANT ECLAIRANT SUR L'AFRIQUE 8 étoiles

Ahmadou Kourouma nous fait plonger au coeur des guerres tribales africaines par la voix de son jeune narrateur, un jeune enfant de 10 ou 12 ans, qui, après la mort de ses parents, part à la recherche de sa tutrice, une tante et traverse le Liberia et la Sierra Léone où les guerres font rage, guerres faites par les soldats-enfants drogués, manipulés et "chair à canons" au profit de chefs cruels ou illuminés, avides de sang et d'argent. Notre narrateur rejoint les enfants-soldats de diverses fractions au cours de son périple.
L'Afrique décrite ici semble être une gigantesque cour de récréation d'école primaire (mais au sens propre) où des tas d'enfants , une fois sortis de la classe et loin de la surveillance de l'instituteur, s'adonnent à leurs jeux cruels. Les principaux protagonistes et victimes de ces guerres sont en effet des enfants. Mais les chefs de guerre, les différents dictateurs sont également décrits comme de grands enfants , dont les motivations sont loin d'être politiques et idéologiques. Kourouma nous présente les tenants et aboutissants des conflits de façon simpliste: les guerres semblent être motivées par des rivalités puériles, des motifs enfantins, des alliances opportunistes. Comme des enfants qui jouent à la guerre...
De l'Afrique , il nous montre l'aspect confus et "bordélique": tous les repères sont flous, emmêlés, mélangés et confondus. Le bien et le mal sont souvent confondus. Tout acte , aussi vil et cruel soit-il est justifié par le fait que "c'est la guerre tribale qui veut ça". Les actes les plus cruels sont souvent décrits avec beaucoup de naturel , et même d'humour, et c'en est d'autant plus choquant et révélateur du "bordel" ambiant sur le terrain et dans les têtes.
Le constat de la situation est terrible. Mais cette cruauté, cette absence apparente de sensibilité et d'humanité, ce chaos politique, économique et surtout humain ne sont pas le produit de l'essence africaine. Le narrateur est un enfant et un enfant n'est pas responsable. Et comme tous les chefs de guerre et autres dictateurs sont eux aussi des enfants, peut-on les considérer comme les responsables ? Non, bien sûr. Les vrais responsables sont les adultes irresponsables qui ont voulu s'approprier un univers qui n'était pas le leur, auquel ils ne comprennent rien . Après le colonialisme et la guerre froide, les occidentaux ont laissé l'Afrique qu'ils ont façonnée selon les principes qui ne sont pas ceux des Africains. L'Afrique ne se comprend plus elle-même: d'ailleurs le jeune narrateur est obligé de jongler avec pas moins de quatre dictionnaires pour pouvoir raconter à tous son histoire. Même le langage ne correspond à rien de ce qui est la réalité de l'Afrique.
Kourouma tire le signal d'alarme et commence l'oeuvre de reconstruction en commençant par les choses fondamentales: se réapproprier la langue.

Teacher - Pulnoy - 53 ans - 6 juillet 2002


Allah n'est peut-être pas obligé mais NOUS devrions nous sentir concernés! 8 étoiles

"Allah n'est pas obligé" est un roman-reportage qui explique une problématique actuelle: les enfants soldats. C'est l'histoire de Birahima un orphelin ivoirien de 10 ans (le narrateur) qui part à la recherche de sa tante qui habite en Sierra-Léone. Il est accompagné dans son périple par Yacouba, un grigriman , multiplicateur de billets. En chemin, ils se font enrôler dans différentes milices du Libéria et du Sierra-Léone. Devenu enfant soldat, Birahima se dit qu'il n'est pas obligé d'être juste envers ce qu'Allah a réalisé sur terre puisque celui-ci n'a pas été juste à son égard! Ce livre est assez dur dans son contenu mais d'une écriture facile à lire. Il y a beaucoup de parenthèses pour expliquer les mots africains mais aussi des mots français. Les répétitions sont également nombreuses rappelant la culture orale africaine.
L'histoire de Birahima ne peut laisser personne indifférent et nous ouvre les yeux sur la misère de ces enfants exploités.

Marquise26 - Sivry - 37 ans - 1 juillet 2001


Le récit hallucinant d'un enfant soldat de dix ans. 8 étoiles

On sait vaguement par les journaux parlés qu'il se passe des atrocités dans ces pays d'Afrique déchirés par la guerre civile. Après avoir lu ce livre on écoutera les nouvelles différemment, ayant pris conscience de toute la stupidité et atrocité de ce qui s'y passe. Des pays déchirés par les luttes tribales, la corruption généralisée, les pillages en règle, la superstition, au nom de laquelle les pures atrocités sont commises et puis surtout les armées de 'small soldier', au moyen desquelles les factions rivales se livrent à une guerre civile qui laisse le pays exsangue.
Ces enfants soldats sont des jouets dans les mains de chefs de guerre sanguinaires. Drogués (le hasch les rend forts) et transformés en bêtes féroces (rite d'initiation: tuer un des parents de ses mains propres), on leur colle une kalachnikov dans les mains avec laquelle ils se massacrent entre eux, terrorisent et pillent les populations.
L'auteur nous raconte l'histoire comme le ferait un enfant de dix ans; le texte est parsemé d'injures, d'expressions en 'p'tit nègre'. c'est surprenant au début mais le récit gagne en authenticité.
Un livre dur, sans concession qui permet de voir plus clair sur la situation de ces pays d'Afrique qui se déchirent sans autre intervention que celle des pays voisins qui participent allègrement au pillage en règle (avec l'accord de L'ONU). J'ai parfois été agacé par le langage du jeune narrateur, notamment les explications de mots ou expressions tirées du petit Robert qui sont parfois malvenues. Cependant le livre se lit facilement et avec plaisir, malgré la dureté du sujet.

Saule - Bruxelles - 54 ans - 15 juin 2001


Afin d'y voir plus clair à propos des enfants soldats 8 étoiles

Birahima, gosse africain, une petite douzaine d'année est promené à travers le récit, de pays en pays du côté de l'Ouest Africain. Il endosse la livrée de plusieurs factions rivales qui, en Sierra Léone, au Libéria, en Côte d'Ivoire, se livrent une guerre impitoyable au profit d'adultes qui ne se livrent aucune guerre. Allah n'est pas obligé d'être juste. Allah ne doit pas laisser vivre ceux qui méritent de vivre, Allah fait ce qu'il veut. La mort des amis, la mort des enfants, tout est banalisé à l'extrême, tout est terrifiant, effrayant. Ce récit plein d'humour nous permet de comprendre les mécanismes de guerre civile en Afrique de l'Ouest, nous permet à nous Européens, dans notre bonheur matériel relatif, de comprendre le pourquoi et le comment de ces conflits. Ecrit sur un ton particulier, ce livre est un plaidoyer pour la tolérance et l'ouverture à l'autre, car comprendre l'autre, c'est déjà aller vers lui.

Drareg - Grace-Hollogne - 58 ans - 23 avril 2001