L'humanité au pluriel : La génétique et la question des races
de Bertrand Jordan

critiqué par Avada, le 2 juillet 2011
( - - ans)


La note:  étoiles
Ascendance
Bertrand Jordan est biologiste moléculaire et l'un des rares auteurs français à écrire des ouvrages sur la génétique, destinés à un large public. Dans ce livre, l'auteur se propose d'apporter les réponses de la génétique à la question épineuse des races humaines, issues des thèses racistes et eugéniques du XIXe siècle.

Certaines variations dans l'ADN (les microsatellites, les minisatellites, les STR et surtout les Snips) permettent de mesurer la diversité des populations et de définir des groupes humains. Ces analyses laissent clairement apparaître que nous sommes tous des homo sapiens et avons tous une origine africaine. Notre espèce est même étonnamment homogène (par rapport à l'espèce canine par exemple), les variations génétiques entre humains étant comprises entre 0.1 et 0.4 pour cent.
Il se dégage néanmoins des différences entre individus, acquises par sélection naturelle. Ainsi, certains groupes humains résistent mieux à certaines maladies : c'est notamment le cas des populations habitant des régions où le paludisme est endémique. D'autres groupes, comme les Européens, ont développé une tolérance au lactose, très rare en Afrique et en Asie à l'âge adulte. Il est finalement possible, même si les limites restent floues, de déterminer, à partir de l'analyse de son génotype, l'origine géographique d'un être humain (Afrique, Asie, Europe) . Les races au sens strict n'existent pas mais l'ADN permet de définir, ce qu'il serait plus juste d'appeler, des groupes d'ascendance au sein de l'espèce humaine.

La conclusion de Bertrand Jordan est claire et nuancée. Néanmoins, il aurait été intéressant de définir de façon plus rigoureuse et plus poussée ce qu'on entend par race et de déterminer précisément à partir de quel taux de variations génétiques, une espèce possède ou non des races ... ou de discréditer totalement ce mot pour tous les êtres vivant sur terre. Plus gênant est le parti pris de l'auteur de répéter après chaque explication que les arguments racistes sont infondés, comme s'il craignait d'être dépassé par ce sujet très sensible et accusé de ce qu'il dénonce.


Ce livre, accessible mais parfois exigeant, est très intéressant et indispensable à ceux qui s'intéressent à la génétique des populations et à l'humain en général.