De si braves garçons de Patrick Modiano

De si braves garçons de Patrick Modiano

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Jlc, le 23 juin 2011 (Inscrit le 6 décembre 2004, 75 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (35 078ème position).
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Un léger parfum de naufrage

Patrick Modiano appartient à cette catégorie d’écrivains dont on reconnaît le style dès les premières phrases. Un style, « une petite musique », une nostalgie douce, des histoires qui se ressemblent un peu par l’époque, les lieux, les ombres des décors, la quête des personnages. C’est ainsi que se construit et se structure une œuvre.

« De si braves garçons » n’est pas un roman. Le procédé littéraire utilisé rappelle celui d’Arthur Schnitzler dans « La ronde » dont Max Ophuls tira un si beau film. Chaque chapitre est une nouvelle histoire dont le personnage principal est lié à ceux des autres récits par un point commun, ici celui d’avoir été élève d’un collège de garçons dans les années 40 et 50.

Dans un village de ce qu’on appelait autrefois la Seine et Oise, un collège privé accueillait des garçons « perturbés par leur situation familiale », « enfants du hasard et de nulle part ». Leurs parents étaient souvent fortunés, parfois étrangers, cosmopolites ou interlopes mais surtout distants, voire indifférents, tant ils étaient occupés par la comédie de leurs vies. Cet établissement se voulait un creuset d’éducation plus que d’instruction formant des hommes. Mais que sont devenus ces collégiens, leurs maîtres et leurs familles?
Au cours d’une existence vagabonde de comédien, le narrateur va les rencontrer, et toujours à un moment crucial de leur vie. Chaque chapitre peut se lire comme une nouvelle. Dès lors, résumer ce livre serait hasardeux et vain. On évoquera plutôt quelques impressions telle celle de cet ancien prof de chimie, entraperçu seul devant un cinéma qui « jetait des regards furtifs sur les enfants. Nos yeux se rencontrèrent, il détourna la tête » avant de quitter imperceptiblement la queue et de se perdre dans la foule du boulevard, révélant une vie secrète déjà devinée. On se souviendra de Martine, la sœur d’un externe, subjuguant ces garçons qui doivent rester « derrière la grille à suivre des yeux la tache tendre de sa robe dans le crépuscule ». Phrase magnifique qui traduit bien les émotions sensuelles d’adolescents de l’époque, enfermés dans un univers trop ordonné. On croisera la petite Bijou qui réapparaîtra plus tard dans l’œuvre de Modiano. On est bouleversé par le destin de Johnny, juif sans papier, qui pour une fois ne descendit pas à la station Passy mais à Trocadéro où il fut arrêté.
Des collégiens qui ont peur de mal vieillir, qui ne peuvent se résoudre à ce que « le monde ne fût pas une éternelle surprise party », dormant seuls dans des nurseries sans bébé, dominés par des femmes mystérieuses, marqués à vie par un destin trop lourd pour eux, enfermés dans le refuge d’une enfance irréelle, de braves garçons que « le collège avait laissés bien désarmés devant la vie ».

J’ai aimé ce « léger parfum de naufrage » qui fait le charme troublant des livres de Modiano. Même si, dans celui-ci, l’exercice est un peu formel, sa lecture n’en procure pas moins un agréable plaisir comme celui de retrouver un vieil ami dont on a partagé la jeunesse.

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Les éditions

  • De Si braves garçons [Texte imprimé] Patrick Modiano
    de Modiano, Patrick
    Gallimard / Collection Folio
    ISBN : 9782070378111 ; EUR 4,10 ; 23/03/1987 ; 185 p. ; Poche
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D'aimables souvenirs de jeunesse

7 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 41 ans) - 11 mai 2014

Cet auteur bien connu, au style en effet bien reconnaissable, retrace ici des souvenirs de son collège privé, des personnalités du directeur, des enseignants et camarades, des activités sportives et théâtrales, des interdictions de sorties, des moments de convivialité, d'ennui, de sa nostalgie, des rencontres.
Tout cela est mignon et suranné, comme la consultation d'un vieil album photo. De ces quasi-saynètes, il n'en ressort rien de vraiment saillant, de bien original. L'atmosphère est certes retranscrite, on se visualise dans les murs et le jardin de ce bahut de temps révolu, mais cela ressemble à un aimable carnet de notes éparses.
C'est agréable et vite lu ; j'ai découvert plus profond et plus dense de cet auteur. On peut se laisser tenter.

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