Les carnets du sous-sol de Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski

Les carnets du sous-sol de Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski
( Zapiski iz podpol'â)

Catégorie(s) : Littérature => Russe

Critiqué par Jules, le 21 mai 2002 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 10 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 499ème position).
Visites : 7 812  (depuis Novembre 2007)

Un être des plus torturé !...

Dostoïevski publie ce livre en 1864. A ce moment, il n’avait encore publié aucun de ses tout grands chefs-d’oeuvre comme « L'Idiot », « Crime et Châtiment », « Les Démons » ou « Les Frères Karamazov » Beaucoup estiment cependant que c'est ici que se trouvent une bonne partie des idées que l’auteur développera plus tard.
La première partie s’intitule « Le sous-sol »

Le ton est donné dès les premières lignes : « Je suis un homme malade… Je suis un homme méchant. Un homme repoussoir, voilà ce que je suis. Je pense que j'ai mal au foie… »
C’est ainsi que débute ce long monologue intérieur. Notre homme s’estime n'être qu'un petit fonctionnaire sans importance, sans relief aucun, un homme qui ne fait que passer sur notre planète sans laisser de traces. Mais il enrage !. Il dit parler du « sous-sol » car là se trouve le niveau auquel il a passé toute sa vie.
Sa colère monte contre ceux qu'il nomme « les hommes d'actions » : ceux qui bougent et agissent sans réfléchir. Ceux-là vivent pleinement leur vie, alors que ceux qui pensent, comme lui, ne font que contempler les autres, trouvant dans la connaissance mille raisons pour ne pas agir. A penser, les choses paraissent moins évidentes et les actes semblent ne jamais correspondre à la réalité plus complexe.
Il s'élève aussi contre ceux qui prétendent que l’homme pourrait très bien se comporter selon la raison et que, dès lors, le monde serait meilleur. D’abord, comment déterminer scientifiquement ce qui serait le véritable « intérêt » de l'homme ? Et à supposer que cela soit possible, comment lui prouver que là est « son intérêt » et que c'est ainsi qu’il doit se comporter ?. Ce monde là ne serait plus la vie pour l'homme ! Il ferait tout pour se révolter contre cet ordre et se comporterait volontairement autrement. A défaut de pouvoir le faire, il créerait le désordre total, le chaos, car : « On peut dire ce qu'on veut de l’histoire du monde, tout ce qui peut venir à l’idée de la cervelle la plus dérangée. La seule chose qu’on ne puisse pas dire, c'est qu’elle est raisonnable. »
Et il poursuit ainsi son monologue d’homme qui réfléchit et ne voit pas du tout où cela pourrait le mener, sauf à l'inaction.
La seconde partie des carnets s’intitule « Sur la neige mouillée »
L'homme nous décrit des faits de sa vie qui se sont passés quand il n'avait que vingt quatre ans. « Ma vie était déjà lugubre, désordonnée et solitaire jusqu'à la sauvagerie. Je ne fréquentais personne, j’évitais même de parler et je me renfonçais de plus en plus dans mon trou. » Il se hait, tant il s'estime lâche et il a beau passer par des hauts et des bas, c’est toujours cette lâcheté, doublée d’une sorte de rage intérieure, qui détermine son comportement. Alors, il cherche la honte et l’avilissement, estimant qu’il y trouve une sorte de bien-être. Si tel était vraiment le cas, son comportement dans cette histoire va l’emporter vers le nirvana le plus total ! Pas moyen d'aller beaucoup plus bas !.
A la fin de ce texte, celui qui a trouvé ces fameux carnets, et qui nous les rapporte, écrit : « Pourtant, ce n'est pas là que s’achèvent les « carnets » de cet homme paradoxal. C'était plus fort que lui, il a continué. Mais il nous semble, à nous aussi, que c’est ici que l’on peut s’arrêter. »
Ce livre n'a rien d’un roman. Il conviendrait plutôt de le qualifier d' « essais » quant à la première partie et de « nouvelle » quant à la seconde. Il est très « russe » dans sa construction et son écriture. Il ne faut pas oublier non plus que Dostoïevski a écrit cet ouvrage quelques années après être sorti du bagne et qu'il en avait été profondément marqué. C’est ainsi qu'il a renoncé à beaucoup de ses idées de jeunesse comme le nihilisme, l’anti-tsarisme, l'anti-religion, la défense des idées venant de l'Europe, comme le rationalisme ou le socialisme. Dostoïevski nous montre ici toute l'étendue des ses talents en matière de psychologie.

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Enigmatique

6 étoiles

Critique de Salocin (, Inscrit le 12 décembre 2012, 36 ans) - 21 mars 2013

A ma décharge, j'ai lu ce livre dans un train bruyant, animé à mes côtés par des conversations débiles sur la dernière soirée télévisuelle de TF1. Lire un Dostoïevski requiert un minimum de concentration, "Les carnets du sous-sol" l'imposent davantage.

Je n'étais donc pas dans les meilleurs conditions pour apprécier et surtout comprendre ce livre que beaucoup qualifient de tournant dans la carrière de Dostoïevski ; il annonce effectivement, dans ce qu'il contient de tortueux, de bizarre, d'inexplicable, de folie, ses 4 oeuvres majeures que seront Crimes et Châtiments, l'Idiot, les Démons et les frères Karamazov.

Je dois donc dire que je n'ai pas véritablement compris ce livre. La structure déjà est très déséquilibrée car la première partie, un monologue féroce et d'une opacité extrême, n'a aucun lien avec la suite de l'histoire dont les épisodes se succèdent sans véritable lien entre eux. Un mystère. Pas d'intrigue, seulement une idée, une mise en situation: celle d'un misanthrope qui du fond de sa cave, plein de morgue, de suffisance et d'arrogance, crie à la face du monde (le lecteur en l’occurrence), son dégoût, sa méchanceté inconditionnelle et prône une vision du monde, un idéal qui se veut assez terrifiant, celui d'une liberté absolue, la liberté de faire du mal, de se comporter comme il l'entend, le droit d'être vil, arrogant, méprisant, haineux.

Il y a des idées intéressantes (l'opposition entre les hommes d'action et les hommes conscients, le rejet de la raison, en ce qu'elle veut gouverner l'homme et lui dicter son intérêt), mais mon impression première reste que les phrases s'embrouillent parfois et il est bien difficile de garder le fil du raisonnement.

Certes, certains passages brillent par leur fulgurance, quelques mots décochés ici ou là font mouches et laissent pantois d'admiration le lecteur, comme c'est souvent le cas avec Dostoïevski, ma vision d'ensemble de ce court ouvrage reste toutefois toutefois assez mitigée, car encore une fois je ne l'ai pas assez bien compris (la faute à ce maudit train). Une 2ème lecture s'impose donc dans quelques années. En attendant, je mets seulement 3/5, à mon grand regret.

Opposition de style

8 étoiles

Critique de Ngc111 (, Inscrit le 9 mai 2008, 31 ans) - 18 mars 2013

On pourrait presque considérer que Le Sous-sol (ou Carnets du sous-sol) est un récit coupé en deux.
Dans la première partie il s'agit d'un narrateur confident, quasiment assis en face de nous, qui déblatère sur sa nature propre, sur l'homme et sur le mal ; dans la deuxième ce même personnage nous raconte une histoire passée, il semble plus loin, la barrière de l'écriture semble s'être dressée, et l'on suit un récit un peu longuet qui touche toutefois à la grâce par moment.

La qualité de la diatribe déclamée par cet homme qui se dit malade est indéniablement à la hauteur de ce que l'on trouvera par la suite dans les plus belles œuvres du maître, comme Les Frères Karamazov ou bien encore Crimes et Châtiments. Plein de fiel mais aussi de lucidité sur lui-même, ses tares et ses souffrances, le narrateur semble produire son argumentation, son discours, sans aucun souffle ni répit ; le lecteur encaisse les phrases chocs et la noirceur de l'ensemble finit de laisser celui-ci désespéré mais admiratif devant telle prestation. Nul doute que les premiers chapitres du Sous-sol seront lus et relus plusieurs fois tant leur force est gigantesque.

Par la suite il faut avouer que la petite histoire racontée par le même homme déçoit un tantinet, la faute à un impact amoindri, sorte de soufflet qui retombe, dû à un rythme moins maîtrisé et à des longueurs quelque peu lassantes. On pense à la séquence du restaurant où le but est évidemment de nous faire ressentir la colère bouillonnante de notre misanthrope, sa violence intérieure lâche quoi qu’explicite et apparente ; le tout s'éternise un peu trop et il faut avouer que l'on est soulagé quand le narrateur passe à autre chose.
La suite est sa rencontre et surtout son dialogue avec une fille de joie, mélange de sadisme et de ton protecteur qui fascine autant qu'il effraie. On retrouve à nouveau les discours passionnants et happants et l'on termine ensuite sur une bonne impression.

Et comme la dernière impression est toujours la bonne...

Humiliation et honte

7 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 70 ans) - 6 novembre 2012

En parlant de ce texte, Dostoïevski écrivait à son frère : « Je ne te cacherai pas que mon travail va plutôt mal. Ma nouvelle, soudain, s’est mise à me déplaire. D’ailleurs, c’est ma faute, j’ai raté là-dedans quelque chose. Je ne sais pas ce que ça donnera. » Et toute ma lecture a été empreinte de ce « quelque chose » qu’il semble avoir raté. Je n’ai pas bien compris son objectif, il cherche sans cesse à vouloir prouver « certaines choses » aux lecteurs qu’il parait vouloir nier ailleurs. On sent bien qu’il a un compte à régler avec quelqu’un, avec l’humanité tout entière probablement ; dans sa postface, Francis Marmande évoque un changement radical dans l’œuvre du maître à partir de ce texte que je trouve personnellement assez maladroit (même si la formidable prose de Dostoïevski y est toujours aussi flamboyante). Il avance l’hypothèse d’un revirement de ses opinions après une période de détention agrémentée de mauvais traitements.

Pour imposer ce qui ressemble à ce règlement de compte avec l’humanité, Dostoïevski propose un monologue en deux parties très distinctes : une réflexion philosophique sur l’incapacité de l’humanité à devenir meilleure (Tout ce que fait la civilisation, c’est qu’elle amène à une plus grande complexité des sensations… absolument rien d’autre…) et le récit des aventures d’un jeune fonctionnaire désargenté qui veut laver l’affront que lui ont fait ses anciens collègues désormais militaires.

Dans la première partie, un fonctionnaire quadragénaire (« Vivre plus de quarante ans, c’est indécent, c’est immoral. ») ayant hérité d’un petit pécule décide de vivre modestement de ses rentes sans quitter Petersbourg où la vie est cependant bien chère pour lui. Il veut parler de lui, de ses maladies qui ne sont en fait que des états d’âme, il veut qu’on s’apitoie sur son sort mais, en même temps, il jouit de l’amertume qu’il éprouve. Déjà dans cette première partie j’ai ressenti comme une contradiction entre cette forme de masochisme rédemptrice et cette volonté d’apitoiement culpabilisante pour les autres. « Non seulement je n’ai pas su devenir méchant, mais je n’ai rien su devenir du tout : ni méchant ni gentil, ni salaud, ni honnête – ni un héros ni un insecte. »

Dans la seconde partie, ce même fonctionnaire raconte les aventures qui lui sont advenues quand il avait vingt ans lorsqu’il s’est invité, sans vergogne, à un souper avec des ex camarades d’école, et lors des suites de ce souper au cours desquelles il a rencontré une prostituée avec laquelle il a eu un moment de tendresse qu’il a interprété comme un moment de faiblesse et qu’il a essayé d’effacer en accablant la pauvre fille.

Dans ces deux textes, il dresse un véritable réquisitoire contre l’humanité et ses prétendues valeurs qu’il voudrait dénoncer mais qu’il ne semble pas pouvoir combattre puisqu’il est lui-même une partie de cette humanité pervertie. C’est là que le récit achoppe, dans cette incapacité à dénoncer définitivement car celui qui est mauvais n’a pas la qualité nécessaire pour prétendre que les autres le sont aussi. Il cherche donc à compenser cette déficience de son analyse introductive en démontrant à travers un exemple vécu, le sien, ce que la société lui a fait subir et ce que lui aussi a fait subir aux autres pour la simple raison de se venger et de vouloir paraître. L’exercice est un peu périlleux et il ne finit que par dresser le portrait d’un minable imbécile pathétique qui est jaloux du standing des autres et se débat comme un insecte prisonnier d’une lanterne.

Dostoïevski ne trouve pas le véritable chemin de son texte, il ne joue certainement pas assez sur la corde du cynisme froid et calculateur. Il bascule sans cesse entre une méchanceté gratuite et un repentir malhabile. Il voudrait sans doute changer de registre, passer à quelque chose de plus méchant, de plus féroce, de plus cruel mais il dose mal ses effets opérant sans cesse une forme d’aller et retour entre méchanceté et remord. Il se contredit, avance en tâtonnant, recule, sombre dans l’excès, semble le regretter et finalement ne trouve pas la voie qui pourrait lui permettre de jeter son fiel à la face de l’humanité en dénonçant toutes ses faiblesses et ses perversions. On a l’impression qu’il n’ose pas renier définitivement sa culture (on respire encore un fond de romantisme slave dans ce texte), son éducation, son humanisme,… Les cilices de son héros ne sont que le ridicule et la stupidité, il n’apitoie personne avec ce combat entre l’humiliation, celle qu’il recherche pour se faire plaindre, et la honte qu’il éprouve de recourir à de tels moyens.

Le narrateur confesse, « c’est moi le premier coupable de tout, et, le plus humiliant, c’est que je suis coupable sans péché, pour ainsi dire, mais selon les seules lois de la nature. » La culpabilité ne serait donc pas du fait de la religion mais uniquement du fait des hommes dans leur plus simple animalité. Dostoïevski n’arrive pas à renier ses convictions religieuses même s’il accuse les créatures de Dieu des pires vices.

Les carnets du sous-sol

7 étoiles

Critique de Exarkun1979 (Montréal, Inscrit le 8 septembre 2008, 37 ans) - 16 décembre 2011

C'est pas mauvais comme livre mais c'est quand même moins bon que tous les autres que j'ai lu de Dostoïevski. J'aime bien le personnage torturé et désagréable du livre. J'aurais moins aimé ce roman sans la fin qui était selon moi tout à fait géniale. J'ai moins aimé la première partie mais la seconde était vraiment bien.

Un livre organique

9 étoiles

Critique de Perlimplim (Paris, Inscrit le 20 mars 2011, 41 ans) - 25 avril 2011

"Les Carnets du sous-sol" représentent à mes yeux une sorte de tour de force littéraire. Le personnage est torturé et tortueux, il est mauvais, étroit, ambigu autant qu'exigu, et pourtant, il n'est jamais totalement antipathique. Car ses réflexions sont souvent justes, et si la façon dont le personnage aborde ses lecteurs est brutale, Dostoïevski nous entraîne dans son "raisonnement". Ce refus d'une lecture "mécaniste" de l'homme (deux et deux font quatre) se révèle au fil des pages extrêmement fine, et ne peut qu'emporter le lecteur qui tient le livre dans ses mains. Le ton agressif du personnage est adapté au propos qui se veut-et qui l'est-dérangeant, et qui pousse à s'interroger sur soi-même et ses motivations. L'introspection radicale de soi-même conduit souvent aux minces frontières qui séparent l'homme dit normal de la folie. Par la radicalité de son entreprise, le personnage des "Carnets du sous-sol" ne peut qu'impressionner à défaut d'être sympathique.
Il faut également rendre hommage au traducteur André Markowicz qui a su si bien rendre les aspects abrupts, quasi gutturaux, de la langue de Dostoïevski dans ce livre. Le lecteur est convié au façonnage d'une immense sculpture, où l'auteur attaque sa matière à grands coups de burin, puis (dans la seconde partie) cisèle finement sa statue finale jusque dans ses moindres détails. Les deux parties me semble en cela indissociables, qu'elles s'interpénètrent l'une l'autre. A ce titre, il est intéressant de relire la première partie après avoir lu la seconde. Certains passages prennent un éclairage nouveau, et des détails qui avaient échappé lors de la première lecture prennent une nouvelle signification.
A lire absolument. En sachant que les "Carnets du sous-sol" sont de ces livres qu'on relira toujours après l'avoir lu une fois.

Un tournant grandiose

10 étoiles

Critique de Stavroguine (Paris, Inscrit le 4 avril 2008, 33 ans) - 4 avril 2008

"Les Carnets du sous-sol" sont un de mes Dostoïevski - ce qui revient à dire un de mes livres préférés. L'anti-héros que Dostoïevski nous y dépeint est sûrement un des personnages qui m'a le plus marqué en littérature. Mesquin, méchant, méprisant et méprisable, ce petit fonctionnaire aigri dégage paradoxalement une sorte de superbe envoûtante qui émane à chaque ligne de son journal aux allures de confession rageuse.
Le texte est violent, noir, tranchant. Jamais peut-être littérature n'aura été un crachoir si magnifique, mêlant génie (c'est de Dostoïevski qu'il s'agit!), haine, jalousie, mais humanisme aussi, et d'autres sentiments - souvent négatifs - parmi les plus forts de l'humanité.

Outre toutes ces qualités (car c'en sont!), ce livre est aussi important pour comprendre l'oeuvre de Dostoïevski dans son ensemble: c'est un tournant. Ecrit peu après sa sortie du goulag, l'auteur y délaisse tout l'espoir (parfois relatif mais présent quand même), toute l'innocence de ses premières oeuvres pour définitivement s'orienter vers des chemins plus sombres et sondant les tréfonds de l'âme humaine, et qui donneront naissance à tous ses grands chefs-d'oeuvre à venir et dont les principaux thèmes sont déjà déflorés dans cet immense roman...

Psychologie

7 étoiles

Critique de J.R. (, Inscrite le 29 novembre 2005, 48 ans) - 26 février 2008

Pourquoi refaire un résumé Dirlandaise? Je suppose par ailleurs que vous avez voulu écrire indigne au lieu de indique et que cette erreur est due à la précipitation.
Dostoievski est excellent quand il parle de lui, en s'apitoyant sur son sort ou en se vantant d'être un génie, parce que c'est de cette manière qu'il expose ses faiblesses. Raconter une histoire n'est pas donné à tout le monde, cet homme s'en sort bien. Se placer au centre du récit me paraît plus ardu et c'est comme ça qu'on peut déceler les limites d'un auteur.
Je suis du même avis que Jules lorsqu'il parle de psychologie. Dostoievski élève le niveau et le débat en ne se contentant pas de livrer une histoire à des lecteurs en mal de romans prémâchés, il les oblige à réfléchir.

Les confidences d'un inadapté

8 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 62 ans) - 6 décembre 2007

Encore une fois, Dostoïevski met en scène un personnage de petit fonctionnaire assez minable qui a eu la chance d'hériter et de pouvoir laisser son travail pour se terrer dans son sous-sol et là, divaguer sur le sens de la vie, la liberté, le libre-arbitre, la douleur d'être trop intelligent et conscient (mais oui...), le rejet des autres et j'en passe.

Dans la première partie intitulée "Le sous-sol", le narrateur s'adresse directement aux lecteurs pour se plaindre sans cesse et philosopher sur le genre humain et sa cruauté.

La deuxième partie intitulée "Sur la neige mouillée" est constituée du récit que ce petit fonctionnaire raconte sur son aventure au cours d'un dîner auquel il n'avait pas été invité et donné en l'honneur d'un ancien camarade de classe qu'il a toujours détesté. On se demande pourquoi il insiste tellement pour y aller à ce dîner car il n'a pas d'argent pour payer et en plus, il déteste ce camarade profondément. Pour la fin de la soirée, il se retrouve dans une maison de passe et fait la connaissance de Lisa, une prostituée qu'il entreprend de conscientiser en lui décrivant le sombre avenir qui l'attend si elle continue dans cette voie. Très beau passage...

Je n'aime pas trop Dostoïevski quand il se plaint par le biais d'un de ses personnages. Je préfère lorsqu'il nous conte une histoire comme il sait si bien le faire et pour cette raison, la deuxième partie m'a beaucoup plus intéressée que le première.

Pauvre Dostoïevski, ce n'est pas drôle n'est-ce pas d'être trop intelligent et inadapté socialement ! Mais épargne-nous tes jérémiades à n'en plus finir... c'est indique de toi !

"Et quand tu meurs, ils t'abandonnent tous, ils se détournent parce que - qu'est-ce qu'il te reste à donner ? On te reprochera encore d'occuper une place gratis, de ne pas te presser de passer outre. Tu n'obtiendras même plus à boire, on t'apportera de l'eau en t'injuriant : "Tu te presses, un peu, de crever, charogne, tu empêches de dormir, tu geins, ça dérange les hôtes.""

Jusqu'où descendre?

8 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 43 ans) - 16 janvier 2006

A l'époque où ce livre est sorti, il a non seulement subi les affres de la censure mais également de nombreuses critiques assez acerbes de la part du milieu intellectuel et de l'entourage de Dostoïevski. Il était certes difficile d'égaler "Les pauvres gens", mais les oeuvres qui ont précédé ce récit n'appartiennent pourtant pas à ce que l'histoire retiendra de Dostoïevski. On peut dès lors s'interroger sur les raisons de cet insuccès, ce texte étant à mes yeux un des meilleurs de l'auteur, parce que dénué d'effets littéraires, noir et violent, un véritable cri du coeur, poussé avec force et mépris.
C'est le coup de gueule, long et mûri, d'un homme qui en a assez de ceux qui décident à la place des autres, sans savoir. Le bonhomme peut sembler mauvais mais son manifeste est ô combien salutaire! En se parlant à lui-même, il s'adresse aussi à nous et nous défie dans nos repères de morale, de vie sociale, de comportements admis et de logique. On réalise assez vite que cet homme se convainc qu'il est méchant et que cela lui interdit tout élan humaniste. Or réflexion faite, il l'est profondément. Pour lui l'amitié pure n'existe pas, tout est calculé et les hommes sont fondamentalement mauvais. On se rend cependant compte, au fur et à mesure de sa dissertation, que ce qu'il cherche, c'est le bien du monde, de l'Homme, même si il s'en défend en se cachant derrière sa grossière carapace.

A ces "Carnets du sous-sol" (auparavant traduits sous le titre "Mémoires écrits dans un souterrain") succède "Sous la neige mouillée", un autre récit dur et cynique, dans lequel un jeune homme qui se dévalorise tente de trouver une certaine hauteur humaine et philosophique dans la compagnie d'une jeune femme, qu'il ne tardera cependant pas à affubler de toutes sortes d'horreurs, par esprit de vengeance et tentative (réussie) de méchanceté. Test grandeur nature qui illustre à merveille, si besoin en était, tout le talent de Dostoïevski pour maîtriser la psychologie de ses contemporains.
Egalement un message sur la rédemption, ce besoin de descendre très bas pour pouvoir accéder par la suite à une forme de renouveau. Sauf que cela ne marche pas toujours et le second récit en est une preuve.

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