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6.2.1 NOUVEAUTES LIVRES
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Les carnets du sous-sol de Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski

Titre original :  Zapiski iz podpol'â

Catégorie(s) : Littérature => Russe

critiqué par Jules, le 21 mai 2002 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 67 ans)

La note: 8 etoiles
Moyenne des notes : 8 etoiles (basée sur 7 avis)
Cote pondérée : 7 etoiles (2 206ème position).
Visites : 3 732  (depuis Novembre 2007)

Un être des plus torturé !...

Dostoïevski publie ce livre en 1864. A ce moment, il n’avait encore publié aucun de ses tout grands chefs-d’oeuvre comme « L'Idiot », « Crime et Châtiment », « Les Démons » ou « Les Frères Karamazov » Beaucoup estiment cependant que c'est ici que se trouvent une bonne partie des idées que l’auteur développera plus tard.
La première partie s’intitule « Le sous-sol »

Le ton est donné dès les premières lignes : « Je suis un homme malade… Je suis un homme méchant. Un homme repoussoir, voilà ce que je suis. Je pense que j'ai mal au foie… »
C’est ainsi que débute ce long monologue intérieur. Notre homme s’estime n'être qu'un petit fonctionnaire sans importance, sans relief aucun, un homme qui ne fait que passer sur notre planète sans laisser de traces. Mais il enrage !. Il dit parler du « sous-sol » car là se trouve le niveau auquel il a passé toute sa vie.
Sa colère monte contre ceux qu'il nomme « les hommes d'actions » : ceux qui bougent et agissent sans réfléchir. Ceux-là vivent pleinement leur vie, alors que ceux qui pensent, comme lui, ne font que contempler les autres, trouvant dans la connaissance mille raisons pour ne pas agir. A penser, les choses paraissent moins évidentes et les actes semblent ne jamais correspondre à la réalité plus complexe.
Il s'élève aussi contre ceux qui prétendent que l’homme pourrait très bien se comporter selon la raison et que, dès lors, le monde serait meilleur. D’abord, comment déterminer scientifiquement ce qui serait le véritable « intérêt » de l'homme ? Et à supposer que cela soit possible, comment lui prouver que là est « son intérêt » et que c'est ainsi qu’il doit se comporter ?. Ce monde là ne serait plus la vie pour l'homme ! Il ferait tout pour se révolter contre cet ordre et se comporterait volontairement autrement. A défaut de pouvoir le faire, il créerait le désordre total, le chaos, car : « On peut dire ce qu'on veut de l’histoire du monde, tout ce qui peut venir à l’idée de la cervelle la plus dérangée. La seule chose qu’on ne puisse pas dire, c'est qu’elle est raisonnable. »
Et il poursuit ainsi son monologue d’homme qui réfléchit et ne voit pas du tout où cela pourrait le mener, sauf à l'inaction.
La seconde partie des carnets s’intitule « Sur la neige mouillée »
L'homme nous décrit des faits de sa vie qui se sont passés quand il n'avait que vingt quatre ans. « Ma vie était déjà lugubre, désordonnée et solitaire jusqu'à la sauvagerie. Je ne fréquentais personne, j’évitais même de parler et je me renfonçais de plus en plus dans mon trou. » Il se hait, tant il s'estime lâche et il a beau passer par des hauts et des bas, c’est toujours cette lâcheté, doublée d’une sorte de rage intérieure, qui détermine son comportement. Alors, il cherche la honte et l’avilissement, estimant qu’il y trouve une sorte de bien-être. Si tel était vraiment le cas, son comportement dans cette histoire va l’emporter vers le nirvana le plus total ! Pas moyen d'aller beaucoup plus bas !.
A la fin de ce texte, celui qui a trouvé ces fameux carnets, et qui nous les rapporte, écrit : « Pourtant, ce n'est pas là que s’achèvent les « carnets » de cet homme paradoxal. C'était plus fort que lui, il a continué. Mais il nous semble, à nous aussi, que c’est ici que l’on peut s’arrêter. »
Ce livre n'a rien d’un roman. Il conviendrait plutôt de le qualifier d' « essais » quant à la première partie et de « nouvelle » quant à la seconde. Il est très « russe » dans sa construction et son écriture. Il ne faut pas oublier non plus que Dostoïevski a écrit cet ouvrage quelques années après être sorti du bagne et qu'il en avait été profondément marqué. C’est ainsi qu'il a renoncé à beaucoup de ses idées de jeunesse comme le nihilisme, l’anti-tsarisme, l'anti-religion, la défense des idées venant de l'Europe, comme le rationalisme ou le socialisme. Dostoïevski nous montre ici toute l'étendue des ses talents en matière de psychologie.

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Les éditions
small Les carnets du sous-sol [Texte imprimé] Fédor Dostoïevski trad. d'André Markowicz lecture de Francis Marmande
de Dostoïevski, Fedor Mikhaïlovitch Marmande, Francis (Postface) Markowicz, André (Traducteur)
Actes Sud / Babel (Arles).
ISBN : 9782868697998 ; EUR 6,50 ; 1992-02-25 ; 182 p. ; Poche
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small Notes d'un souterrain [Texte imprimé] F. M. Dostoievski introd. de Tzvetan Todorov trad. et notes de Lily Denis bibliogr. de Tzvetan Todorov
de Dostoïevski, Fedor Mikhaïlovitch Todorov, Tzvetan (Préfacier) Troubetzkoy, Wladimir (Editeur scientifique) Denis, Lily (Traducteur)
Flammarion / G.F..
ISBN : 9782080706836 ; EUR 5,80 ; 1998-12-17 ; 190 p. ; Poche
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small Carnets du sous-sol [Texte imprimé] Fédor Dostoïevski traduit du russe par Sylvie Howlett présentation, notes, questions et après-texte établis par Sylvie Howlett,...
de Dostoïevski, Fedor Mikhaïlovitch Howlett, Sylvie (Traducteur)
Magnard / Classiques & contemporains (Paris).
ISBN : 9782210755208 ; EUR 4,50 ; 2008-06-16 ; 216 p. ; Poche
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small Zapiski iz podpol'â [Texte imprimé] Fédor Dostoïevski trad. du russe par Boris de Schloezer éd. et préf. de Michelle-Irène Brudny
de Dostoïevski, Fedor Mikhaïlovitch Brudny de Launay, Michelle-Irène (Editeur scientifique) Schloezer, Boris de (Traducteur)
Gallimard / Collection Folio bilingue (Paris).
ISBN : 9782070392391 ; EUR 12,50 ; 1995-05-23 ; 377 p. ; Poche
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Les critiques éclairs (6)

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Les carnets du sous-sol 7 etoiles

C'est pas mauvais comme livre mais c'est quand même moins bon que tous les autres que j'ai lu de Dostoïevski. J'aime bien le personnage torturé et désagréable du livre. J'aurais moins aimé ce roman sans la fin qui était selon moi tout à fait géniale. J'ai moins aimé la première partie mais la seconde était vraiment bien.

Exarkun1979 (Montréal, Inscrit le 8 septembre 2008, 32 ans) - 16 décembre 2011


Un livre organique 9 etoiles

"Les Carnets du sous-sol" représentent à mes yeux une sorte de tour de force littéraire. Le personnage est torturé et tortueux, il est mauvais, étroit, ambigu autant qu'exigu, et pourtant, il n'est jamais totalement antipathique. Car ses réflexions sont souvent justes, et si la façon dont le personnage aborde ses lecteurs est brutale, Dostoïevski nous entraîne dans son "raisonnement". Ce refus d'une lecture "mécaniste" de l'homme (deux et deux font quatre) se révèle au fil des pages extrêmement fine, et ne peut qu'emporter le lecteur qui tient le livre dans ses mains. Le ton agressif du personnage est adapté au propos qui se veut-et qui l'est-dérangeant, et qui pousse à s'interroger sur soi-même et ses motivations. L'introspection radicale de soi-même conduit souvent aux minces frontières qui séparent l'homme dit normal de la folie. Par la radicalité de son entreprise, le personnage des "Carnets du sous-sol" ne peut qu'impressionner à défaut d'être sympathique.
Il faut également rendre hommage au traducteur André Markowicz qui a su si bien rendre les aspects abrupts, quasi gutturaux, de la langue de Dostoïevski dans ce livre. Le lecteur est convié au façonnage d'une immense sculpture, où l'auteur attaque sa matière à grands coups de burin, puis (dans la seconde partie) cisèle finement sa statue finale jusque dans ses moindres détails. Les deux parties me semble en cela indissociables, qu'elles s'interpénètrent l'une l'autre. A ce titre, il est intéressant de relire la première partie après avoir lu la seconde. Certains passages prennent un éclairage nouveau, et des détails qui avaient échappé lors de la première lecture prennent une nouvelle signification.
A lire absolument. En sachant que les "Carnets du sous-sol" sont de ces livres qu'on relira toujours après l'avoir lu une fois.

Perlimplim (Paris, Inscrit le 20 mars 2011, 35 ans) - 25 avril 2011


Un tournant grandiose 10 etoiles

"Les Carnets du sous-sol" sont un de mes Dostoïevski - ce qui revient à dire un de mes livres préférés. L'anti-héros que Dostoïevski nous y dépeint est sûrement un des personnages qui m'a le plus marqué en littérature. Mesquin, méchant, méprisant et méprisable, ce petit fonctionnaire aigri dégage paradoxalement une sorte de superbe envoûtante qui émane à chaque ligne de son journal aux allures de confession rageuse.
Le texte est violent, noir, tranchant. Jamais peut-être littérature n'aura été un crachoir si magnifique, mêlant génie (c'est de Dostoïevski qu'il s'agit!), haine, jalousie, mais humanisme aussi, et d'autres sentiments - souvent négatifs - parmi les plus forts de l'humanité.

Outre toutes ces qualités (car c'en sont!), ce livre est aussi important pour comprendre l'oeuvre de Dostoïevski dans son ensemble: c'est un tournant. Ecrit peu après sa sortie du goulag, l'auteur y délaisse tout l'espoir (parfois relatif mais présent quand même), toute l'innocence de ses premières oeuvres pour définitivement s'orienter vers des chemins plus sombres et sondant les tréfonds de l'âme humaine, et qui donneront naissance à tous ses grands chefs-d'oeuvre à venir et dont les principaux thèmes sont déjà déflorés dans cet immense roman...

Stavroguine (Paris, Inscrit le 4 avril 2008, 28 ans) - 4 avril 2008


Psychologie 7 etoiles

Pourquoi refaire un résumé Dirlandaise? Je suppose par ailleurs que vous avez voulu écrire indigne au lieu de indique et que cette erreur est due à la précipitation.
Dostoievski est excellent quand il parle de lui, en s'apitoyant sur son sort ou en se vantant d'être un génie, parce que c'est de cette manière qu'il expose ses faiblesses. Raconter une histoire n'est pas donné à tout le monde, cet homme s'en sort bien. Se placer au centre du récit me paraît plus ardu et c'est comme ça qu'on peut déceler les limites d'un auteur.
Je suis du même avis que Jules lorsqu'il parle de psychologie. Dostoievski élève le niveau et le débat en ne se contentant pas de livrer une histoire à des lecteurs en mal de romans prémâchés, il les oblige à réfléchir.

J.R. (, Inscrite le 29 novembre 2005, 43 ans) - 26 février 2008


Les confidences d'un inadapté 8 etoiles

Encore une fois, Dostoïevski met en scène un personnage de petit fonctionnaire assez minable qui a eu la chance d'hériter et de pouvoir laisser son travail pour se terrer dans son sous-sol et là, divaguer sur le sens de la vie, la liberté, le libre-arbitre, la douleur d'être trop intelligent et conscient (mais oui...), le rejet des autres et j'en passe.

Dans la première partie intitulée "Le sous-sol", le narrateur s'adresse directement aux lecteurs pour se plaindre sans cesse et philosopher sur le genre humain et sa cruauté.

La deuxième partie intitulée "Sur la neige mouillée" est constituée du récit que ce petit fonctionnaire raconte sur son aventure au cours d'un dîner auquel il n'avait pas été invité et donné en l'honneur d'un ancien camarade de classe qu'il a toujours détesté. On se demande pourquoi il insiste tellement pour y aller à ce dîner car il n'a pas d'argent pour payer et en plus, il déteste ce camarade profondément. Pour la fin de la soirée, il se retrouve dans une maison de passe et fait la connaissance de Lisa, une prostituée qu'il entreprend de conscientiser en lui décrivant le sombre avenir qui l'attend si elle continue dans cette voie. Très beau passage...

Je n'aime pas trop Dostoïevski quand il se plaint par le biais d'un de ses personnages. Je préfère lorsqu'il nous conte une histoire comme il sait si bien le faire et pour cette raison, la deuxième partie m'a beaucoup plus intéressée que le première.

Pauvre Dostoïevski, ce n'est pas drôle n'est-ce pas d'être trop intelligent et inadapté socialement ! Mais épargne-nous tes jérémiades à n'en plus finir... c'est indique de toi !

"Et quand tu meurs, ils t'abandonnent tous, ils se détournent parce que - qu'est-ce qu'il te reste à donner ? On te reprochera encore d'occuper une place gratis, de ne pas te presser de passer outre. Tu n'obtiendras même plus à boire, on t'apportera de l'eau en t'injuriant : "Tu te presses, un peu, de crever, charogne, tu empêches de dormir, tu geins, ça dérange les hôtes.""

Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 56 ans) - 6 décembre 2007


Jusqu'où descendre? 8 etoiles

A l'époque où ce livre est sorti, il a non seulement subi les affres de la censure mais également de nombreuses critiques assez acerbes de la part du milieu intellectuel et de l'entourage de Dostoïevski. Il était certes difficile d'égaler "Les pauvres gens", mais les oeuvres qui ont précédé ce récit n'appartiennent pourtant pas à ce que l'histoire retiendra de Dostoïevski. On peut dès lors s'interroger sur les raisons de cet insuccès, ce texte étant à mes yeux un des meilleurs de l'auteur, parce que dénué d'effets littéraires, noir et violent, un véritable cri du coeur, poussé avec force et mépris.
C'est le coup de gueule, long et mûri, d'un homme qui en a assez de ceux qui décident à la place des autres, sans savoir. Le bonhomme peut sembler mauvais mais son manifeste est ô combien salutaire! En se parlant à lui-même, il s'adresse aussi à nous et nous défie dans nos repères de morale, de vie sociale, de comportements admis et de logique. On réalise assez vite que cet homme se convainc qu'il est méchant et que cela lui interdit tout élan humaniste. Or réflexion faite, il l'est profondément. Pour lui l'amitié pure n'existe pas, tout est calculé et les hommes sont fondamentalement mauvais. On se rend cependant compte, au fur et à mesure de sa dissertation, que ce qu'il cherche, c'est le bien du monde, de l'Homme, même si il s'en défend en se cachant derrière sa grossière carapace.

A ces "Carnets du sous-sol" (auparavant traduits sous le titre "Mémoires écrits dans un souterrain") succède "Sous la neige mouillée", un autre récit dur et cynique, dans lequel un jeune homme qui se dévalorise tente de trouver une certaine hauteur humaine et philosophique dans la compagnie d'une jeune femme, qu'il ne tardera cependant pas à affubler de toutes sortes d'horreurs, par esprit de vengeance et tentative (réussie) de méchanceté. Test grandeur nature qui illustre à merveille, si besoin en était, tout le talent de Dostoïevski pour maîtriser la psychologie de ses contemporains.
Egalement un message sur la rédemption, ce besoin de descendre très bas pour pouvoir accéder par la suite à une forme de renouveau. Sauf que cela ne marche pas toujours et le second récit en est une preuve.

Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 37 ans) - 16 janvier 2006


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