L'Institut Benjamenta de Robert Walser

L'Institut Benjamenta de Robert Walser
(Jakob von Gunten)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Perlimplim, le 21 mai 2011 (Paris, Inscrit le 20 mars 2011, 43 ans)
La note : 10 étoiles
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Discrète perfection

Robert Walser (1878-1956) a peu écrit, et son dernier livre publié de son vivant, "La Rose", l'a été en 1925. En 1929, il entre dans une clinique qu'il ne quittera jamais. Il cesse d'écrire, sa plume est restée muette jusqu'à sa mort. Et en terminant "L'Institut Benjamenta", le lecteur ne peut que regretter la carrière littéraire trop courte de Robert Walser. Mais rien d'étonnant à ce que les contemporains de l'auteur lui aient manifesté une grande admiration. Franz Kafka, Stefan Zweig, Max Brod, Hermann Hesse, Walter Benjamin entre autres ont tous loué les étonnantes qualités de Walser.
"L'Institut Benjamenta" est écrit sous la forme du journal personnel de Jakob von Gunten. Issu d'une famille aristocratique, il refuse la vie de son milieu d'origine, et s'inscrit, dans une ville loin du château paternel, dans une école de domestiques: l'institut Benjamenta. Ce dernier est dirigé par Monsieur Benjamenta, et les cours sont dispennsés par sa soeur, Mademoiselle Benjamenta. Dès la premère phrase, le ton du livre est donné: "Nous apprenons très peu ici, on manque de personnel enseignant, et nous autres, garçons de l'institut Benjamenta, nous n'arriverons à rien, c'est-à-dire que nous serons plus tard des gens très humbles et subalternes." Le rêve avoué de Jakob est, grâce aux cours suivis à l'institut, de devenir un parfait zéro, un être négligeable formé à l'obéissance la plus sévère. Cette recherche de la plus parfaite insignifiance trouve un écho dans la décrépitude avérée de l'institut lui-même, et dans une attention à l'infiniment petit. Le narrateur décrit, avec une tendresse désarmante, un univers en décomposition, proche de la disparition, où les gestes sont répétitifs, les lumières obscures. Les lieux sont habités du mystère qui caractèrise les rêves, les personnages semblent issus du monde des contes plus que de la réalité. Monsieur Benjamenta rejoue la figure de l'ogre; Mademoiselle Benjamenta, celle de la fée. Mais contrairement au conte, l'ogre s'abaisse devant l'enfant-Jakob, et la fée meurt d'un mal secret. Plein d'une fausse candeur, emprunt d'une naïveté d'enfant, Jakob décrit donc la vie et la mort d'un institut, dont il perçoit l'inanité et la vacuité. Walser prête à Jakob une plume simple et directe, souvent ironique, parfois "jolie" selon le mot de l'auteur lui-même. Il créé un univers où l'onirisme le plus vrai rejoint la réalité la plus vaine. "L'expérience réelle et la fantasmagorie sont ici dans un rapport poétique qui fait invinciblement penser à Kafka, dont on peut dire qu'il n'eût pas été tout à fait lui-même si Walser ne l'eût précédé », écrit la traductrice du roman Marthe Robert dans sa préface.
Livre discret et trop peu connu eu égard à ses qualités, "L'Institut Benjamenta" mérite une place de choix dans toutes les bibliothèques.

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