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Stalker, ça creuse la tête (comprenne qui lira)
Stalker c'est la projection de l'homme dans la "Zone", un lieu qui n'a pas grand chose d'humain, mais qui est comme le vecteur par lequel la quête de soi va s'entreprendre.
La zone est une sorte de révélatrice, de machine à penser.
C'est ce que j'ai retenu du livre, mais il fait partie de ces romans au propos assez implicite, avec une bonne marge d’interprétation.
La narration est morcelée, volontairement incomplète et ce relatif flou dans lequel on baigne amène plus de questions que de réponses, mais le tout se lit vraiment facilement, et agréablement.
D'autant que le ton est un brin décalé, on n'est pas dans la description complètement froide et premier degré d'un monde noir.
L'écriture a du caractère, surtout lorsqu'elle est la voix de Redrick Shouhart, le personnage fil rouge, que j'ai trouvé particulièrement vivant, interagissant et analysant le monde avec un regard brute et poétique à la fois.
Ce livre est souvent rapproché d'autres fictions ou évènements réels liés à l'idée de Zone, de lieu délimité, mystérieux, que les hommes ont déserté pour la plupart, et que d'autres tentent d'explorer, de s'approprier.
Vient d'abord à l'esprit la Zone interdite de Tchernobyl. Le livre a été écrit bien avant, mais il y a certaines analogies. Troublantes parfois, surtout quand on a pu voir certains reportages sur la catastrophe de 86, concernant la vie des gens, leur intimité, leurs espoirs.
Ensuite, le film de Tarkovski, que je n'ai pas encore vu. Mais il est apparemment fortement inspiré du livre.
Puis le jeu vidéo Stalker, qui s'inspire de Tchernobyl pour son contexte, et énormément du livre pour son mystère, sa nomenclature, et une foule de détails.
Mais le livre est bien plus proche de la quête personnelle que du roman d'aventure et d'exploration. Il est d'ailleurs très court, 200 pages, il n'y a pas de place pour les digressions. Et il y a même finalement peu de descriptions. La Zone elle-même n'est qu'entre-aperçue, elle est juste au service d'une idée, plutôt qu'une fin narrative en soi.
Voilà, donc un bouquin assez singulier, avec un contexte de départ bien barré, un propos pas si fumeux que ça, et plutôt touchant d'ailleurs.
Il est parfois considéré comme un chef d'oeuvre, je n'irai pas jusque là, je trouve juste que c'est un roman qui vaut le détour, à l'univers original, et qui au moins a le mérite de faire réfléchir.
Je précise que j'ai lu la traduction française originale, pas la réédition récente.
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