Les tragiques grecs, théâtre complet
de Eschyle, Euripide, Sophocle

critiqué par Romur, le 7 mai 2011
(Viroflay - 50 ans)


La note:  étoiles
Un passionnant retour aux sources
Mon commentaire va être proportionnellement aussi long que cet épais volume, mais c’est pour mieux partager la richesse de cette lecture !

Voici un moment que je voulais me plonger dans les racines de la culture occidentale et savoir ce que recouvrait « la tragédie grecque ». Après avoir consulté les différents ouvrages disponibles, laissant de côté les éditions bilingues puisque je ne suis pas helléniste, j’ai choisi celle-ci qui regroupe et commente tout ce qui nous reste, moins de 10% de œuvres, mais on espère le meilleur. Chaque pièce est introduite par quelques pages d’explications, accompagnées de notes abondantes, et un glossaire à la fin permet de s’y retrouver parmi les personnages, lieux et concepts de l’époque. Je ne sais pas juger de la traduction mais le texte français est fluide, des passages en vers et en prose alternant pour tenter de reproduire la structure d’origine des tragédies.

J’ai lu par étapes, à chaque fois une demi-douzaine de pièces, pour avoir le temps de m’imprégner de l’ambiance sans saturer.

C’est une merveilleuse visite de la mythologie grecque, qui m’a permis de découvrir certains épisodes que je ne connaissais pas (Alceste, Rhésos…), de comparer les versions proposées (la folie d’Oreste), de me rendre compte qu’Ulysse que je connaissais à travers l’Odyssée est en fait un personnage détestable, lâche, menteur et manipulateur. Beaucoup d’épisodes de la guerre de Troie montrent d’ailleurs les grecs sous un jour peu flatteur, Ménélas et Agamemnon étant chez Euripide des personnages particulièrement médiocres : il faut que je lise l’Illiade pour vérifier !
Cette lecture est aussi une visite de la société et de la mentalité grecque, avec un système de valeurs très affirmé (respect de l’hospitalité, respect des morts, soin aux parents et aux personnes âgées...). Il faudra que je recherche la réponse à certaines questions : quel regard portaient les grecs sur leur mythologie et leur tragédie ? Quel parti prenaient-ils dans Alceste où le roi Admète laisse mourir sa femme Alceste à sa place ? Dans Médée où celle-ci après des couplets très féministes sur la place et les droits de la femme assassine ses enfants pour se venger de Jason qui l’a délaissée ? Comment assumaient-ils cette mythologie parsemée de sacrifices humains mais censée retracer les origines de leur civilisation et de leur culture ?
En même temps, la pensée est empreinte de modernité notamment chez Euripide qui ne se gêne pas pour critiquer l’influence réelle ou supposée des dieux, quand il ne met pas ouvertement en cause leur existence avec des accents voltairiens. Et chez les trois auteurs, les textes montrent combien l’âme humaine est restée la même et constituent des recueils de sagesse et de maximes pour la vie.
Côté auteur, mon préféré est certainement Eschyle, avec des pièces fortes et des passages ou tirades pleins de souffle et de grandeur. La pièce qui m’a le plus marqué est Les Euménides où Oreste est jugé puis réhabilité du meurtre de sa mère. L’opposition entre Athéna / Apollon d’une part et les Euménides de l’autre, entre une Justice moderne « au bénéfice de l’accusé » et la loi du Talion est grandiose. Eschyle fait remonter à cet épisode les fondements et l’organisation de la justice athénienne. A l’opposé, c’est Sophocle qui m’a e plus déçu, avec des pièces plus ternes, sauf dans Œdipe Roi. Ceci est purement personnel, sachant que je n’avais aucun guide pour ma lecture.

Si vous êtes intéressés par la culture grecque et si vous avez un minimum de persévérance, n’hésitez pas !