Le cimetière de Prague de Umberto Eco

Le cimetière de Prague de Umberto Eco
( Il cimitero di Praga)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Numanuma, le 8 avril 2011 (Tours, Inscrit le 21 mars 2005, 44 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 6 étoiles (basée sur 15 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (19 249ème position).
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Faussaire et vraie haine

Je dois bien l'avouer, je n'avais jamais lu de livre d'Umberto Eco. Pour moi, ce prestigieux cerveau, titulaire d'une chaire de sémiotique, reconnu dans le monde universitaire pour ses essais sur la linguistique ou la philosophie, me faisait l'effet d'un grand de ce monde venu s'encanailler en produisant des romans pleins de références historiques complexes, des termes choisis et inaccessibles au commun des mortels, vous, moi, comme les faisaient ces nobles ennuyés de leur vie fortunées et sans surprise venant humer l'air des grands boulevards parisiens, des quartiers un peu louches et des cabarets coupe-gorges!
Bref, comme tout le monde, j'ai vu, et revu, Le Nom de la rose mais de là, à le lire, il y un pas que je n'étais pas tenté de franchir.

Et puis, l'émission de télé La Grande librairie, jeudi soir sur la 5, rediffusion le dimanche matin, a invité l'auteur et son accent italien à se prendre des coups de boule zidaniens à parler de son dernier roman, Le Cimetière de Prague.
Et là, le sujet m’a pris tout de suite à la gorge: le personnage de roman le plus insupportable, le plus détestable, le plus odieux de toute la littérature mondiale, Simon Simonini, italien français par sa mère, dont la vie tourne dans cet ordre précis: manger, boire et haïr les Juifs, serait l'inventeur du plus fameux faux de l'Histoire, le Protocole des Sages de Sion et serait à l'origine de l'affaire Dreyfus!
En plus, le roman est épais à souhait! Bon, évidemment, il regorge de références historiques et de termes techniques dont on se demande parfois à quoi ils peuvent bien servir mais l'incipit est imparable. Il n'y a que Le Parfum qui m'a donné, jusqu'à aujourd'hui, ce fumet si particulier de pittoresque crasseux: Paris tel que les cartes postales ne le montreront jamais!

Bon, et l’histoire dans tout ça ? Là, c’est plus compliqué. En plus de l’avoir voulu détestable au possible, l’auteur a fait de son personnage un être atteint de dédoublement de personnalité ; chacune de ces personnalités s’exprimant dans une police de caractère spécifique. C’est d’ailleurs sur cette découverte que s’ouvre le roman. En même temps, pour un antiquaire officiel, faussaire officieux, espion pour la couronne italienne, se dédoubler est pratiquement une sorte d’obligation professionnelle…
L’histoire donc ! Simonini fait ses premières armes pendant les campagnes de Garibaldi. Là, l’auteur se lâche, s’étend sur plusieurs chapitres touffus, pleins d’éléments de l’histoire de l’Italie, il faut s’accrocher. Toujours est-il que notre héros comprend mal ce qu’on lui demande, analyse la situation à contresens des événements qui s’annoncent tout à son obsession du complot juif qui lui occupe l’esprit en permanence. Renvoyé sur le terrain pour finir le travail, il réussit un avec un peu trop de zèle et se retrouve à Paris, loin de la politique italienne, histoire de l’éloigner des curieux et de préserver l’intégrité de ses commanditaires.
C’est donc à Paris qu’il découvre qu’il existe une sorte de marché, pour parler en termes actuels, de l’antijudaïsme qui attend d’être exploité. Il imagine donc le compte-rendu d’une rencontre de douze rabbins du monde entier dans le cimetière qui donne son titre à l’ouvrage ; ce seront les fameux Protocoles de Sages de Sion, texte existant véritablement dont il a été prouvé qu’il s’agit d’un faux en 1921.

Umberto Eco, qui connaît Eugène Sue et Dan Brown, mélange un peu les deux auteurs, fait de son texte une sorte de feuilleton, ressemblance renforcée par la présence de gravures dans le corps du texte, à la manière des gravures que l’on trouve dans les romans de Jules Verne. Les séries américaines ont peut-être été une forme d’inspiration aussi : flash back, rebondissements, meurtres, déguisements, une vraie mine pour les séries d’espionnage.
On s’en doute, avec un personnage aussi peu recommandable, avec son antijudaïsme primaire ancré dans le crâne depuis l’enfance, l’auteur a pris des risques et son bouquin a fait un certain bruit en Italie, pays pourtant habitué aux frasques de Berlusconi ! En effet, Eco laisse à nous, lecteurs, le soin de faire la part des choses et de décider ce qui est vrai et ce qui est faux. Entreprise louable mais à considérer que l’intelligence de ses lecteurs fera la différence, il pourrait avoir des dégâts collatéraux comme le renforcement des préjugés antisémites.

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Non fini

1 étoiles

Critique de Krys (Haute-Savoie, Inscrite le 15 mars 2010, 34 ans) - 20 janvier 2015

Comme le dit mon titre, c'est pour moi un livre non terminé : je n'ai pas pu aller jusqu'au bout, et l'ai refermé au premier quart.
Pourquoi ? Le premier quart de ce roman nous montre un personnage antisémite, anti tout, dont le dédoublement de personnalité (qui est sensé nous tenir en haleine ?) est long à être développé et pas original pour un sou.
en bref, j'ai détesté.

L'antisémitisme Européen

8 étoiles

Critique de Loic3544 (Liffré (35), Inscrit le 1 décembre 2007, 39 ans) - 16 mars 2014

Le cimetière de Prague traite de l'antisémitisme en Europe au XIX° au travers d'un personnage dénué de morale. Ce dernier ayant perdu la mémoire, il décide de réécrire sa vie dans un journal intime pour permettre à ses souvenirs de revenir. Le ton est donné dès le début, car ce Simonini se définit au travers de ce qu'il aime, ce qui est très rapide et se résume à la bonne bouffe. Vient ensuite ce qu'il déteste : les gens :
"Les années de mon enfance ont été attristées par leur fantôme [les Juifs]. Mon grand-père me décrivait ces yeux qui t'espionnent, trompeurs à te faire blêmir, ces sourires visqueux, ces lèvres de hyène retroussées sur leurs dents, ces regards lourds, viciés, abrutis, ces plis toujours inquiets entre nez nez et lèvres, creusés par la haine, leur nez, ce nez comme le vilain bec d'un oiseau austral... Et l'œil, ah l'œil... Fébrile, il roule dans la pupille couleur de pain grillé et révèle des maladies du foie corrompu par les sécrétions dues à une haine de dix-huit siècles, il se plie mille ridules qui s'accentuent avec l'âge, et déjà, à vingt ans, l'Israélite semble fané comme une vieillard. [...]
Les Allemands, je les ai connus, j'ai même travaillé pour eux : le plus bas niveau d'humanité concevable. Un Allemand produit en moyenne le double de matières fécales qu'un Français. Hyperactivité de la fonction intestinale au détriment de la cérébrale, ce qui démontre leur infériorité physiologique. [...] L'Allemand vit dans un perpétuel embarras intestinal dû à l'excès de bière, et de ces saucisses de porc dont il se gave. [...] L'abus de bière les rend incapable d'avoir la moindre idée de leur vulgarité, mais le comble de cette vulgarité est qu'ils n'ont pas honte d'être allemands. [...]
Depuis que je suis devenu français, j'ai compris combien mes nouveau compatriotes étaient paresseux, arnaqueurs, rancuniers, jaloux, orgueilleux sans bornes au point de penser que celui qui n'est pas français est un sauvage, incapables d'accepter des reproches. Cependant, j'ai compris que pour amener un Français à reconnaitre une tare dans son engeance, il suffit de lui dire du mal d'un autre peuple, comme par exemple "nous, les Polonais, nous avons ce défaut ou cet autre défaut", et, puisqu'ils ne veulent être à nul autre seconds, fut-ce dans le mal, aussitôt ils réagissent avec un "oh non, ici en France, nous sommes pires", et allez zou de déblatérer contre les Français, jusqu'au moment où ils se rendent compte que tu les as pris au piège. [...] Ils sont méchants, ils tuent par ennui. C'est le seul et unique peuple qui a occupé des années le temps de ses citoyens à se couper réciproquement la tête, [...] Ils sont fiers d'avoir un Etat qu'ils disent puissant mais ils passent leur temps à tenter de le faire tomber : personne n'est expert comme le Français à dresser des barricades pour toute raison et à tout frémissement de vent, souvent sans même savoir pourquoi, se laissant entraîner dans la rue par la pire canaille. Le Français ne sait pas bien ce qu'il veut, sauf qu'il sait à la perfection qu'il ne veut pas ce qu'il a. [...] Il croit que le monde entier parle français. [...] Peut-être leur ignorance est-elle l'effet de leur pingrerie - le vice national qu'ils prennent pour vertu et nomment parcimonie. Dans nul autre pays on n'a pu concevoir une comédie entière autour d'un avare. [...]
Si je me suis fait français, c'est parce que je ne pouvais pas supporter d'être italien. En tant que piémontais, je ne me sentais pas plus que la caricature d'un coq gaulois, mais avec des idées plus étroites. Les Piémontais, toute nouveauté les raidit, l'inattendu les terrorise [...]. L'Italien est peu sûr, menteur, vil, traître [...].
Les prêtres [...] j'ai le souvenir obscurs de regards fuyants, de dentitions gâtées, d'haleines lourdes, de mains moites qui essayaient de me caresser la nuque. Pouah ! Oisifs, ils appartiennent aux classes dangereuses, comme les voleurs et les vagabonds."
Dès le début du livre, le ton est donc donné. Les envolées lyriques de ce Simonini m'ont fait rire. Tant de haine, et donc de solitude et de tristesse dans une vie m'ont donné un peu pitié de cet odieux personnage. Malheureusement, le livre perdra un peu de cette verve par la suite (comme souvent chez Eco), mais le style restera de haute tenue (comme toujours chez Eco). Les références historiques sont légions et cette introduction montre que les préjugés sont légions et que tout le monde peut en être victime. Ce personnage abject va en plus se choisir une belle profession : notaire faussaire. Sa passion lui viendra de son maitre :
"Autrement dit, le notaire Rebaudengo, pour des sommes raisonnables, montait des actes falsifiés en imitant si nécessaire l'écriture d'autrui et fournissant les témoins qu'il enrôlait chez les troquets environnants.
_ Que cela soit clair, mon cher Simon, lui expliquait-il, en passant désormais au tu, moi je ne produis pas des faux mais bien de nouvelles copies d'un document authentique qui a été perdu ou qui, par un banal incident, n'a jamais été produit, mais qui aurait pu et dû l'être. Ce serait un faux si je dressais un certificat de baptême où il apparaîtrait, pardonne-moi l'exemple, que tu es né d'une prostituée et à Odalengo Piccolo. Je n'oserais jamais commettre un crime de ce genre parce que je suis un homme d'honneur. Mais si un de tes ennemis, c'est pour dire, aspirait à ton héritage et que tu savais que ce dernier n'est certainement né ni de ton père ni de ta mère, mais bien d'une courtisane d'Odalengo Piccolo et qu'il a fait disparaitre son certificat de baptême pour prétendre à ta richesse, et que tu me demandais de produire ce certificat disparu pour confondre ce truand, je seconderais pour ainsi dire la vérité, je prouverais ce que nous savons qui est vrai, et tu n'aurais pas de remords.
_ Oui, mais comment feriez-vous, Vous, pour savoir de qui est vraiment né ce type ?
_ Mais tu me l'aurais dit, toi ! Toi qui le connais si bien.
_ Et Vous vous fiez à moi ?
_ Je me fie toujours à mes clients, parce que je ne sers que des gens d'honneur.
_ Mais si, par hasard, le client Vous a menti ?
_ Alors c'est lui qui a péché, pas moi. Si je me mets en plus à penser que le client peut me mentir, alors j'arrête d'exercer ce métier, qui est fondé sur la confiance.
Simon n'était pas resté convaincu que le métier de Rebaudengo pût être qualifié d'honnête par d'autres mais, depuis qu'il avait été initié aux secrets de l'étude, il avait participé aux falsifications, surpassant vite le maître et se découvrant de prodigieuses habiletés calligraphiques."

A partir de là, notre odieux héros mettra tout son talent au service de lui-même et de sa haine des Juifs. Toujours construit autour de ce carnet intime, nous suivons la vie du personnage, ces crimes sans scrupules et ses trahisons qui croisent l'Histoire et nous donnent une lecture romancée mais pas si éloigné que ça de la réalité. Prêt à tout pour gagner de l'argent, surtout si en plus ça permet de démontrer la dangerosité des Juifs, il s'allie à la plupart des anti-sémites de l'Epoque et sera l'auteur ou l'inspirateur de nombreux faux célèbres. J'ai un peu décroché au milieu du roman, mais plus à cause de la fatigue, je pense que du livre en lui-même, ayant réussi à me replonger facilement dedans lorsque ma fatigue retomba.

Ce personnage excessif dans ces haines permet à Umberto Eco de démontrer la bêtise et la dangerosité des haines. Le livre est parfaitement renseigné sur l'époque. La première partie est un peu plus difficile car elle traite de l'Histoire d'Italie, moins connu chez nous, évidemment. Quand il arrive en France, les références sont plus connues et permettent de mieux saisir les tenants et aboutissants du livre.

Moins compliqué à lire que la plupart des romans de l'auteur, ce Cimetière de Prague est aussi plus court que la moyenne (pour Eco). La lecture en est simplifiée et on se laisse embarquer dans cette histoire. L'auteur se met clairement au centre de la haine, prêtant le flanc aux critiques, mais il est très clair que l'ensemble du roman dénonce tout cela. La solitude, l'obsession et les travers de son personnage mettent en avant la tristesse d'une vie dirigée par la haine.

Evidemment, on retrouvera quelques longueurs et la fin pourra nous laisser sur notre... faim, comme souvent chez Eco, mais ce livre met en lumière les mécanismes du racismes au travers d'une érudition et d'une documentation sur l'Epoque proprement incroyable. Dans l'ensemble un bon livre donc, mais pas un livre pour se détendre vu l'exigence demandée au cours de la lecture.

C'est du Umberto Eco...

7 étoiles

Critique de Romur (Viroflay, Inscrit le 9 février 2008, 44 ans) - 2 juin 2013

Après un chapitre d'introduction sublime, avec des descriptions à la manière des romanciers du XIXème siècle (H de Balzac...), Umberto Eco nous emmène une fois de plus dans le dédale d'un récit avec ésotérisme, sectes et associations secrètes... en nous noyant un peu moins que dans Le pendule de Foucault tout de même !
Un petit tour dans un livre d'histoire (pour les grandes lignes de la fresque historique) et sur Wikipedia (pour les références plus mineures) permet de suivre le récit de l'anti-sémitisme, anti-maçonnisme et de l'anti-cléricalisme européen au XIXème siècle.

Simonini (anti-héros détestable, odieux et cynique, meurtrier et affabulateur, haineux et gastronome, mais auquel on s'attache malgré tout !) nous fait visiter la 2ème moitié du XIXème siècle européen, monde en plein bouleversement politique, scientifique, moral dans lequel les conflits du XXème siècle sont en train d'incuber. Faussaire habile, il nous fait découvrir les connivences entre pouvoir politique, médias, anarchistes et églises de tout poil.
Pour pimenter encore les choses, en plus de l'ambiance glauque des Mystères de Paris d'Eugène Sue, Umbert Eco donne un tour mi fantastique et mi psychanalytique (façon Dr Jeckyl et Mr Hyde) à son récit.

Et malgré tout je suis déçu... Depuis l'éblouissant Nom de la rose, je me refais avoir à chaque fois. J'achète car c'est un Umberto Eco et je regrette en me disant que c'était pas mal mais un peu lourdaud, un peu répétitif, qu'il tartine un peu trop son érudition ésotérique dans un ouvrage un peu trop long.

Virtuosité narrative

9 étoiles

Critique de Fa (La Louvière, Inscrit le 9 décembre 2004, 42 ans) - 21 mars 2013

Simonini est un bien désagréable personnage : faussaire, menteur, raciste de bas étage, meurtrier et surtout, affabulateur hors pair.

Tant et si bien que ce roman, au sens de Jacques le Fataliste, nous emporte dans un tourbillon narratif où, pour s'en sortir un tant soit peu, il faut douter, et consédérer avec la plus grande méfiance l'écrit que l'auteur jette à notre regard.

il s'agit du testament fabriqué, forgé par le narrateur; pour toujours nous amener à douter de l'écrit qui n'est jamais qu'une tentative de reconstruction d'une réalité qui déjà a sombré dans l'oubli et le passé.

Nous avons donc un roman où on peut mourir deux fois, tuer, mentir, inventer, créer et détuire. Le Roman de la puissance créatrice de l'écrit.

Encore une fois, pas si simple

6 étoiles

Critique de Elko (Niort, Inscrit le 23 mars 2010, 41 ans) - 3 octobre 2012

Pour une fois voici un roman d'Eco assez accessible dans le style. Par contre plutôt nébuleux dans la construction : différents narrateurs, flashbacks, récits qui se croisent et se superposent, il faut s'accrocher. Mais le travail sur l'Histoire et sa falsification dans une période assez complexe ne manque pas d'intérêt. Ce qui est loin d'être le cas des digressions culinaires. Un roman original de part le sujet et sa construction, mais encore une fois d'abord difficile.

C'était quoi déjà l'histoire ?

6 étoiles

Critique de Mithrowen (La Chaux-de-Fonds, Inscrite le 23 août 2011, 28 ans) - 10 août 2012

"Le cimetière de Prague" est mon premier Umberto Eco. Et bien peut-être que j'aurais dû commencer par un autre de ses romans car ce cimetière m'a vraiment déçu...
Le début est prometteur, un personnage imbuvable et un dédoublement de personnalité, mais la suite (très longue suite) est extrêmement décevante.
C'est une histoire à tiroirs qui part dans tous les sens et où l'on passe son temps à attendre qu'il se passe un évènement majeur qui n'arrive jamais.
Effectivement, Umberto Eco est incroyablement cultivé et cela se voit. Mais, sincèrement ses références historiques à rallonge n'apportent pas tant que ça à son récit. De plus, j'ai trouvé la forme du roman (mélange de journal intime, narration) très désagréable à lire.

Intéressant pour la compréhension de l'exacerbation de l'antisémitisme, mais en tant que roman c'est très poussif...

Le cimetière de Prague

2 étoiles

Critique de Exarkun1979 (Montréal, Inscrit le 8 septembre 2008, 38 ans) - 31 mai 2012

Je ne sais pas pourquoi je me suis entêté à lire ce roman. Pour résumer le Cimetière de Prague, je dirais que c'est l'histoire de l'antisémitisme au XIXe siècle en Europe. Je ne l'ai pas aimé du tout. J'avais toujours l'impression qu'il allait y avoir quelque chose d'important qui arriverait. Malheureusement, il n'est rien arrivé. Tout était dans ce livre d'un ennui total. C'est le pire livre que j'ai lu en 5 ans.

Confus, comme ce qui se passe dans ce cimetière de Prague

6 étoiles

Critique de Ddh (Mouscron, Inscrit le 16 octobre 2005, 76 ans) - 6 octobre 2011

Le cimetière de Prague est l’endroit où se seraient retrouvés les douze grands rabbins des douze tribus d’Israël pour rédiger un Protocole qui asservirait le monde à leur puissance.
Umberto Eco a obtenu un immense succès amplement mérité avec Le nom de la rose. Il nous revient avec un roman ténébreux, peu convaincant mais bien documenté qui plonge le lecteur dans la deuxième moitié du XIXème siècle à Paris, Turin…
A Paris, Le Narrateur retrouve dans cette boutique de brocante les écrits du grand-père de Simonini. Personnage énigmatique que ce jeune Simonini, il frise la parano, il se dédouble, il fabrique des faux, il est même dangereux. Sa ligne de conduite ? Gagner de l’argent pour se permettre de vivre dans l’aisance. Il est le spectateur et même un acteur de l’ombre dans les grands événements qui secouent les années 1800 comme la guerre d’indépendance de l’Italie avec Garibaldi, la chute du Second Empire, la Commune, l’affaire Dreyfus. Sans oublier de plonger dans le mystérieux univers maçonnique, le spiritisme et les messes noires, ainsi que dans un antisémitisme pur et dur.
Umberto Eco n’a pas son pareil pour amener le lecteur dans une ambiance brumeuse, sombre et ténébreuse, confuse. C’était génial dans Le nom de la rose. Ici, c’est lassant et déroutant : qui fait quoi ? On ne s’y retrouve pas toujours.

J'ai apprécié, mais je reste mitigée

6 étoiles

Critique de PA57 (, Inscrite le 25 octobre 2006, 34 ans) - 18 juin 2011

Comme toujours avec Eco, j'ai beaucoup apprécié cette lecture, mais je trouve ce roman plutôt différent des autres. Le personnage principal, type odieux, antisémite, antimaçonnique, finalement anti-tout ce qui ne lui ressemble pas, est à vomir. A début, c'est assez surprenant et presque drôle, puis ses élucubrations à longueur de page deviennent lourdes, très lourdes. Je trouve que cela peut devenir même dangereux, et renforcer des préjugés antisémites, comme le dit Numanuma dans sa critique.
Par contre, j'ai beaucoup apprécié l'idée du dédoublement de personnalité, avec les deux personnages que tout oppose qui racontent leurs souvenirs respectifs sur papier, pour essayer de comprendre ce qui leur arrive.

Umberto a fait du Eco jusqu'à s'y perdre !

4 étoiles

Critique de Ulrich (avignon, Inscrit le 29 septembre 2004, 42 ans) - 13 juin 2011

Après le prendule de Foucaud et le Nom de la Rose, c'est donc mon troisième Umberto Eco. Sans surprise, il fait du Eco mais jusqu'à s'y perdre.
Tout d'abord le ressort romanesque est beaucoup moins réussi. Il se perd, se détend dans la double personnalité, dans la surjuxtaposition des sujets. La fin rattrape. Mais 480 pages avant de retrouver le romanesque qu'on lui connaissait, c'est beaucoup trop long.
Ensuite parce qu'en plus le double personnage principal est insupportablement odieux. Comme le dit numanuma dans sa critique, Eco fait au confiance aux lecteurs. Mais le lecteur se sent sali à lire tant d'horreurs. On poursuit On se dit qu'il y a une raison. On voit la lente construction d'un sentiment anti juif. Celui qui patiemment nourri et arrosé nous conduira vers 39/45. C'est intéressant mais trop c'est trop !
Le romanesque qui se cherche et l'antijudaisme primaire ça fait beaucoup. Beaucoup trop pour dire que j'ai aimé. La lecture fut longue, parfois lutte. Umberto a fait du Eco jusqu'à s'y perdre !

Ah, ce cimetière juif

8 étoiles

Critique de Monito (, Inscrit le 22 juin 2004, 45 ans) - 2 juin 2011

Umberto Eco nous a habitués à nous faire lire des ouvrages recherchés alliant à la vérité historique une mise en scène romanesque qui s’apparente au polar, car il sait nous tenir en haleine.
Ce cimetière de Prague rassemble ces habitudes.

Autour d’une espèce d’autoanalyse par l’écrit, nous découvrons un piémontais nommé Simonin et son double l’abbé Dalla Piccola, qui vont à la fois retracer des grands moments de l’Histoire, de l’unité italienne à la guerre de 1870, de la Commune à l’affaire Dreyfus, mais aussi exprimer des obsessions sur les juifs et les maçons.
D’aucuns ont pu reprocher à Eco de rendre crédible l’antisémitisme et l’antimaçonnisme. Il est vrai que le héros du roman, assume, revendique et exploite ces deux obsessions dans un tournoiement de manipulations du réel, et invention de scénarii rendus crédibles par ses talents de faussaire et qu’il peut y avoir de quoi être troublé quand la quasi-totalité des personnages mis en scène a existé, que leurs propos ont été tenus et que seul l’assemblage de l’auteur donne à voir et lire une création intellectuelle. Pas de doute sur la pensée d’Umberto Eco qui, loin d’être antisémite ou anti-maçons, a toujours dénoncé l’obscurantisme à l’instar du fameux Nom de la Rose, mais une vraie source d’interrogations sur le montage possible des histoires prétendues vraies, la manipulation des masses et les risques qu’elles font peser sur des citoyens toujours plus informés mais pas forcément éclairés au sens critique, à la distanciation, à la vérification, au XIXème siècle, certes, mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Un vrai roman historique qui évoque aussi, opportunément, le cent-cinquantième anniversaire de l’unité italienne alors même que depuis quinze jours je passe quotidiennement devant la demeure d’un député garibaldien.

De l'art du faux

8 étoiles

Critique de Alaouet (, Inscrit le 19 octobre 2007, 54 ans) - 14 mai 2011

Pour ma part, sans aller jusqu'à crier au chef d’œuvre absolu, j'ai vraiment beaucoup apprécié ce bouquin.

Maintenant, il est vrai qu'il n'est pas d'un abord facile et qu'on très loin d'une pure lecture de divertissement, ne serait déjà qu'à cause du procédé narratif choisi par l'auteur, original mais affectant indubitablement (et sans doute volontairement) la compréhension, ou pour le moins, la fluidité du récit.

Il s'agit d'une histoire sous forme de "mémoires", écrite à la première personne par deux personnages différents, ce qui peut sembler contradictoire, d'autant que l'auteur laisse volontairement planer le doute durant un certain temps... a-t-on vraiment affaire à deux interlocuteurs se relayant à tour de rôle (et se contredisant parfois), ou à un seul et unique personnage frappé de schizophrénie ?

Le personnage principal, Simone Simoni, assassin, manipulateur, faussaire, raciste, xénophobe, antisémite... et fin gastronome, est effectivement détestable, éructant à longueur de pages contre les francs-maçon et surtout contre les juifs, qui incarnent à ses yeux le mal absolu.

De manière générale, il n'éprouve d'ailleurs que haine et mépris à l'encontre de tous ceux qui ne partagent pas ses idées ou ne servent pas ses intérêts du moment, n'hésitant pas à trahir, ou à supprimer froidement ses alliés d'hier, pour peu qu'ils lui semblent devenir une menace ou simplement parce que cela peut lui rapporter quelque chose.

Grâce à ses talents de manipulateur et de de faussaire en écritures, il se met au service de toutes les magouilles, de toutes les manipulations historiques, de toutes les conspirations de l'époque, avec d'autant plus d’enthousiasme lorsqu'il s'agit de nuire aux juifs.

C'est ainsi qu'il collabore aux côtés de Mathieu Golovinski à l'élaboration du protocole des sages de Sion, ou encore qu'il participe activement à la falsification des fameux documents secrets à l’origine de l'affaire Dreyfus.

Ce récit, non dénué d'humour, donne également l'occasion de croiser quelques célébrités, tel que Sigmund Freud ou Alexandre Dumas.

Personnellement cette histoire a une nouvelle fois nourri ma réflexion sur les déviances de l'esprit et les ressorts sordides qui peuvent entraîner un être humain à haïr son prochain, le mener au racisme, à l'antisémitisme, mais m'a également permis de réfléchir aux conséquences des manipulations de l'Histoire...

Sans pour autant donner crédit à toutes les "théories du complot", force nous est de reconnaître que l'Histoire a souvent été, et est encore, manipulée ou faussée pour servir les intérêts des "puissants" du moment... la falsification de documents en est bien souvent à l'origine (encore récemment, à une moindre échelle, l'affaire Clearstream).

Pour une qui remonte à la surface, combien restent à jamais dans l'ombre, prenant part à l'Histoire officielle ?...

Le méchant de l'histoire!

7 étoiles

Critique de Killing79 (Chamalieres, Inscrit le 28 octobre 2010, 38 ans) - 13 mai 2011

Simonini est tout simplement un personnage sans morale et même sans humanité. Il déteste toute sorte de gens et son seul plaisir humain est la nourriture. Toutes ses actions ont pour but de lui rapporter de l'argent ou de faire du mal aux personnes qu'il a décidé de haïr. Le mensonge et la traitrise sont ses passe-temps favoris.
Sur la forme, ça fait du bien de lire l'écriture exigeante de Mr Eco. Cependant la superposition des multiples péripéties du personnage principal rend l'histoire un peu lourde et donc le livre un peu long. Le fait que les évènements du livre soient réels permet de s'accrocher à l'histoire mais j'avais quand même hâte que ça termine.

L'absence totale de moralité me permettra tout de même de ne pas oublier ce roman.

Un bien détestable personnage

8 étoiles

Critique de Nothingman (Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 37 ans) - 19 avril 2011

Avec ce Simon Simonini ou abbé Dalla Piccola, est peut-être bien sorti de la plume d’Umberto Eco l’un des personnages les plus détestables de la littérature. Sur cinq cent pages, on a droit aux pérégrinations de cet homme tout entier voué à la haine de l’autre. Simonini n’aime rien tant que sa personne et la cuisine. Sinon, cet homme qu’Eco a choisi de faire vivre au XIX e siècle honnit l’humanité tout entière. Il hait les jésuites, les templiers, les Francs-Maçons, les Français, mais surtout les Juifs. À la fin d’un siècle dont il a traversé une bonne moitié, le désormais vieillard prend la plume pour raconter sa jeunesse, inspirée par les idées xénophobes d’un grand-père, adepte de la théorie du complot. Il deviendra ensuite agent secret après avoir plus ou moins combattu les chemises rouges de Garibaldi, lors de l’unification italienne. Plus tard encore, il s’inspirera d’un livre d’un certain Maurice Joly stigmatisant le rôle des Juifs, qui gangrènent toutes les strates de la société de l’époque. Le protocole des Sages de Sion était né. L’élaboration de ce document, de ce faux est l’un des éléments centraux de ce roman foisonnant conçu selon les feuilletons qu’on pouvait lire à foison dans la presse de l’époque. Et de rendre hommage à Eugène Sue et Alexandre Dumas, qui apparaît d’ailleurs dans ce roman.
Simon Simonini sera encore lié à plusieurs événements du siècle comme la Commune de Paris, l’affaire Dreyfus. Il rencontrera un certain docteur Froïde (Freud), encore au début de ses recherches qui le conduiront à l’invention de la psychanalyse.
Quant à ce triste sire, il a un certain flair pour se sortir sans trop de casse de toutes les situations auxquelles le confronte immanquablement son activité d’agent double. Il va même jusqu’à dénoncer un attentat qu’il avait lui-même fomenté contre Napoléon III pour se débarrasser d’indicateurs devenus trop gênants. Sa perfidie semble sans limite, tout comme sa haine des Juifs, alimentée dans sa prime jeunesse par son grand-père.
Simone Simonini, ou son double, est sans doute l’un des héros les plus détestables qu’il m’ait été donné de trouver sur papier. Personnellement, pour moi, le dernier en date s’appelait Maximilien Aue dans « Les Bienveillantes » de Jonathan Littell, soit un héros tout aussi sombre qui traverse les grands événements de la seconde guerre mondiale avec la même absence de toute once d’humanité que le héros créé par Eco. Il n’empêche, avec Eco, il faut toujours s’accrocher tant les digressions , les sous-intrigues et les développements historiques sont nombreux. Certains se perdront sans doute dans les méandres de ce XIX e siècle, tout comme dans les ruelles sordides de ce Paris arpenté par ce sombre personnage. On retrouve avec plaisir toute la culture et la verve narrative d’Umberto Eco, mais la mayonnaise prend un peu moins que dans « Le nom de la rose » ou "Le Pendule de Foucault". Peut-être est-ce dû inconsciemment au fait que l'on a du mal à croire que ce personnage ait pu vivre autant d'événements importants du XIX e siècle en coulisses sans que cela n'ait la moindre once de répercussions sur sa personne. Ce qui est bien avec Umberto Eco, c'est qu'il ne prend pas ses lecteurs pour des imbéciles, les confrontant à une foule d'idées en faisant confiance à leur esprit critique. Et il en faudra aux lecteurs de ce roman tant certaines pensées du personnage principal sont particulièrement nauséabondes.

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  coup de vieux 8 Sept_tiques 20 avril 2011 @ 11:50

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