Solaire de Ian McEwan

Solaire de Ian McEwan
( Solar)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Jlc, le 7 avril 2011 (Inscrit le 6 décembre 2004, 74 ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (19 900ème position).
Visites : 2 217 

Histoire d'un goujat.

Ian McEwan est des meilleurs romanciers actuels qui sait se renouveler tout en restant le spectateur avisé et ironique du monde contemporain. « Amsterdam », « Samedi » ou encore « Sur la plage de Chesil » ont été, dans des genres différents, des réussites. C’est dire si « Solaire » était impatiemment attendu par ses admirateurs.

McEwan a choisi de nous décrire les gesticulations molles d’un « arrogant hégémonique », d’un chercheur qui ne cherche plus depuis longtemps, d’un homme à la cinquantaine bedonnante, d’un mari volage se souciant peu du mal qu’il peut faire, d’un opportuniste sans conviction qui sait parfaitement exploiter sa réputation fondée sur un prix Nobel de physique obtenu une dizaine d’années plus tôt, d’un individu qui prend conscience de la vacuité de son existence sans pour cela vouloir donner un sens à sa vie. Car Michaël Beard n’a rien à faire des jugements de ses contemporains tant qu’ils ne remettent pas en cause la rente de situation douillette et jouissive qu’il s’est constituée. Il exploite avec talent la candeur, la bêtise ou l’incompétence (voire les trois à la fois) d’universités, d’administrations, d’entreprises qui utilisent son nom pour légitimer des projets plus ou moins fumeux. Ainsi en est-il d’une expédition au pôle Nord avec des poètes pour alerter l’opinion sur le réchauffement climatique, moment que McEwan sait raconter avec un humour très britannique. Marié cinq fois, Beard a eu la lucidité de ne pas vouloir d’enfant, un mari inconstant ne pouvant faire qu’un père irrésolu et distrait. S’il a quitté quatre femmes, il ne supporte pas que la cinquième le quitte. Sa jalousie est accentuée par « l’indifférence radieuse » de sa future ex-épouse et surtout par le fait que son amant soit un maçon. Quelle honte !
Pour tenter d’oublier une telle humiliation, il travaille- enfin, c’est vite dit- sur un projet pour lutter contre le réchauffement climatique en sachant mieux utiliser l’énergie solaire avec de jeunes chercheurs dont l’un va se révéler surprenant. Ce serait dommage d’aller plus loin mais disons qu’une peau d’ours blanc, des outils oubliés, une idée dont Beard ne sait si elle « géniale ou démente », un projet au Texas agrémenté d’une aventure amoureuse, des propos politiquement incorrects qui lui valent un emballement médiatique aussi vite retombé qu’il a été violent sont autant d’ingrédients dont l’auteur sait jouer à merveille pour nouer une intrigue bien construite.

Mais ces moments savoureux se trouvent noyés dans des développements sur les questions environnementales qui sont trop longs, un tantinet abscons, pour tout dire ennuyeux. L’écologie n’est manifestement pas un thème affriolant de la littérature. McEwan n’a pas fait avec « Solaire » ce que Richard Powers avait admirablement réussi dans ‘Le temps où nous chantions ». Le discours que Beard fait à un groupe d’entrepreneurs est soporifique même si l’auteur y a introduit un élément romanesque qui, cette fois ci, ne prend pas. Il y a au moins cent pages de trop.

On pourra aussi relever quelques invraisemblances qui enlèvent au récit une partie de son intérêt car le trait est si gros qu’on ne peut y croire. Tout d’abord, comment se fait-il que des femmes aussi rayonnantes, aussi intelligentes, aussi douces, aussi sensuelles, en un mot aussi « solaires » puissent s’enticher d’un tel goujat ? Même s’il est « des femmes qui ne peuvent aimer qu’un homme en perdition pour le rendre gentil, honnête, tendre et surtout fidèle ». Et puis, la fin est bien trop rocambolesque avec une succession de rebondissements incroyables dont toutefois le dernier, en point d’interrogation » est une pirouette romanesque très réussie.

Un roman à lire si on sait sauter les pages (moi, je ne sais pas faire). Mais bien sûr ce n’est que mon avis et j’attendrai une fois encore avec impatience son prochain roman.

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De l’incidence du réchauffement climatique sur les relations amoureuses

8 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 25 septembre 2011

Bien sûr, on peut se sentir agacé par les multiples allusions techniques à la physique, à la mécanique quantique, à la colligation Beard-Einstein, bien sûr on peut avoir envie de lire en diagonale ou de sauter le discours sur le réchauffement climatique de la planète, condensé de ce que l’on peut entendre ou lire chaque jour dans les médias …..mais les grands auteurs ont toujours ancré depuis le 19 siècle l’intrigue de leurs romans dans le contexte politique, économique ou idéologique de leur époque. Pourquoi alors Ian Mc Ewan ne parlerait-il pas des travaux et des études sur l’avenir de la planète puisqu’elles préoccupent nos sociétés ?

En mêlant les sujets sérieux et bien peu romanesques d’écologie et de réchauffement planétaire aux aventures souvent burlesques d’un ancien Prix Nobel de physique, sommité scientifique mais piètre compagnon, Mc Ewan obtient un décalage humoristique efficace. Il y brosse le portrait sans complaisance de Michaël Beard, un portrait d’autant plus jubilatoire que tout est vu du point de vue de ce même personnage, lâche, hypocrite, opportuniste qui vit sur une réputation glorieuse désormais usurpée « il était une célébrité grâce à Stockholm et traversait les années en roue libre » .

Le mythe du grand homme est détruit ……… c’est cette entreprise décapante de désacralisation qui a fait pour moi le charme de ce roman .

Farfelu ! Mais pas désagréable

7 étoiles

Critique de Tanneguy (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 78 ans) - 2 mai 2011

Le roman de McEwan nous offre quelques passages remarquables d'humour et d'observations pertinentes : les travers de notre époque y sont analysés avec finesse. Pour ma part j'ai apprécié le récit de l'expédition au Spitzbzerg, dont l'auteur lui-même indique qu'il fut à l'origine de son inspiration pour cet ouvrage. Les déboires sentimentaux du Prix Nobel vieillissant sont également réjouissants. L'intrigue, qui pourrait inspirer un auteur de roman policier, se tient bien, même si les exagérations peuvent gêner le lecteur.

Le style rappelle un peu le William Boyd dont on a pu apprécier l'imagination souvent débridée.

Mais le sujet, les recherches scientifiques sur le solaire, est un peu mince, les longues dissertations sont lassantes. On a l'impression que l'auteur voulait le traiter avec humour ; il n'y a pas réussi...

Solaire, surtout pas un livre-laboratoire, mais un vrai roman drôle et tragi-comique

9 étoiles

Critique de Lisdoonvarna (, Inscrit le 3 mai 2009, 49 ans) - 10 avril 2011

Solaire, un roman sur les énergies vertes, renouvelables, le photovoltaïque…présenté comme ça, ce n’est pas très tentant. Certes, nous suivons le héros du roman, le Nobel de physique Michael Beard, dans ses tribulations qui le mènent d’un congrès scientifique l’autre, pour autant n’importe quel lecteur non-scientifique peut mener sa lecture sans que le livre lui tombe des mains. Cela tient à l’habileté de Mc Ewan à maîtriser de façon époustouflante l’art de la narration et au fait que Solaire n’est pas en réalité un roman scientifique mais un roman comique avec pour toile de fond la science et le réchauffement climatique. Le livre comporte de très nombreux passages extrêmement comiques. Les pages 88 à 92, par exemple, sont un morceau d’anthologie et de drôlerie. Michael Beard se retrouve pris d’une urgente envie d’uriner sur la banquise au Pôle Nord. Cocasserie de la situation : il lui faut enlever ses moufles, il fait -30°C, ses doigts sont gourds, il lui faut trouver une ouverture dans une sorte de combinaison incommode au possible. Problème, lorsqu’il a enfin réussi à se soulager, il réalise avec consternation que son sexe sous l’effet du gel adhère entièrement à la fermeture éclair de sa combinaison. Suivent des pages hilarantes sur le fonctionnement anarchique qui a cours sur le bateau de l’expédition polaire, ou celles de la scène hilarante de grignotage d’un paquet de chips dans le compartiment d’un train…N’oublions pas que Ian Mc Ewan n’est pas que romancier. C’est aussi un nouvelliste et à ce titre, bien que parfaitement intégrée à l’intrigue, chaque scène de comédie pourrait être lue à part entière comme une petite nouvelle indépendante du reste, nouvelle trésor de finesse et de causticité.
Solaire est à lire comme une sorte de roman tragi-comique des turpitudes d’un quinquagénaire sur le déclin, d’un scientifique à la gloire passée, à qui finit toujours par échapper ce qu’il croyait pourtant parfaitement maîtriser comme si à mesure que sa vie se délitait répondaient en écho les dérèglements de la planète. A lire, vraiment…

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