Les amantes de Elfriede Jelinek

Les amantes de Elfriede Jelinek
(Die Liebhaberinnen)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Isis, le 19 mars 2011 (Chaville, Inscrite le 7 novembre 2010, 75 ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (35 924ème position).
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La réussite au féminin…

Ce roman profondément iconoclaste et pessimiste traduit à la fois la rancoeur accumulée, à titre personnel, par Elfriede Jelinek à l’égard d’une mère très castratrice et son rejet catégorique des clichés sociaux entretenus par l’Autriche des années 70, dans l’éducation des filles.
A l’époque, en effet, dans la patrie où le romantisme est roi, la réussite d’une femme (sans diplôme) passait nécessairement par le mariage et la maternité, le challenge étant pour ces filles à marier, à l’exemple de Brigitte et Paula, nos deux héroïnes, de tomber sur le «bon» numéro : celui qui saura leur assurer, à défaut du bonheur, une vie sereine et surtout les faire échapper à leur statut d’ouvrière.
Pour ce faire, Brigitte et Paula devront affronter de multiples obstacles : la concurrence avec des filles plus jolies ou plus instruites, telle Susi la petite secrétaire que la mère d’Erich convoite pour son fils : «entre Brigitte et elle, il y a un abîme. l’abîme entre elle et Brigitte se nomme l’école de commerce» ; l’hostilité de leur future belle-mère et de leur propre mère que le ratage programmé de leur vie de femmes rend férocement jalouses d’un destin qui serait plus favorable à leur fille ou belle-fille.
Pour mieux capturer la proie qu'elles se seront choisie, Brigitte et Paula se feront toutes les deux «faire un gosse», avant ou après avoir convolé en justes noces, selon le cas.
Mais, si le but convoité par l’une sera atteint, l’autre devra, après avoir piteusement échoué, reprendre son ancien travail à la chaîne pour survivre…
La force de cette caricature très virulente et féministe de la société autrichienne est accentuée par l’enchaînement continu et syncopé des phrases dépourvues ici de toute majuscule, cela, à l’image des scénarios de vie qui se reproduisent implacablement et en continu, de génération en génération, pour ces femmes esclaves de leur destin.
Si cet ouvrage, paru en 1975, a pris, à mon avis, quelques rides et peut dérouter, tant par le fond que par la forme, il n’en reste pas moins emblématique de toute une génération et tient un rôle important dans l’histoire du féminisme. Il constitue aussi, avec «la pianiste», un des livres clé de cet auteur qui a obtenu le prix Nobel de littérature en 2004.

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Le monde de Sissi tel qu'il survit, selon E. Jelinek

8 étoiles

Critique de Radetsky (Massieu, Inscrit le 13 août 2009, 77 ans) - 2 septembre 2011

Pour faire bref, à l'instrumentalisation de la femme (machine à b....r, à pondre, à produire) par le système et les rapports sociaux qu'il entretient, voudraient répondre deux tentatives individuelles d'y échapper reprenant en tout point les critères de fonctionnement du système en question. Le sort prévisible des personnages ne fait aucun doute : le serpent qui se mord la queue en croyant avoir trouvé une aubaine et se retrouvant piégé pour toujours ! E. Jelinek est une sorte de pendant féminin de Thomas Bernhard, mais avec un style qui ne devient intelligible totalement que si on le rapporte aux procédés oratoires de la langue originale, à savoir l'allemand tel qu'on le parle en Autriche. On a l'impression d'entendre une commère, une concierge aigrie, vitupérant comme la poissarde qui va répétant "j'vous l'avais ben dit qu'c'était une traînée..." en assortissant ses éructations de comparaisons salaces, tout en déroulant le petit bonhomme de chemin d'un discours misérable et clos dans sa prison sociale. L'aliénation se tient aussi dans la pensée d'une société que notre auteur ne fait que transcrire par son procédé littéraire...
A tel point que ses derniers ouvrages frisent l'illisible (en français).

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