Beffrois, racines de pierres
de Martine Dillies-Snaet

critiqué par Carine-Laure Desguin, le 17 mars 2011
( - 61 ans)


La note:  étoiles
Beffrois, racines de pierres
Commenter Beffrois, racines de pierres, de Martine Dillies- Snaet, n’est-ce pas, de ma part, un rien prétentieux ? Oserai-je, n’oserai-je pas ?
Ne pas commenter ces 94 pages, des pages grandes d’infini, humaines de sang, des pages sur lesquelles dégoulinent des sueurs, des larmes, des bruits de canon, des assauts de liberté, taire tout cela après l’avoir senti vivre en moi, ce serait petit, tellement petit.

Alors, pour me rassurer et me donner une claque, j’ai imaginé l’auteure. Photographiant ces montagnes de pierres que sont ces beffrois, lisant et relisant l’histoire de ces villes courageuses, se fondant dans les labeurs innommables de mille et mille journées de guerre, de béton, de froid, Martine Dillies-Snaet , dans son parcours initiatique, a ressenti tout cela, c’est à n’en pas douter.

De chaque beffroi jaillit l’histoire d’une ville, des âmes qui l’entourent et de celles qui l’ont construit. Avec des mots de magie, justes et droits comme un rempart ; des mots suspendus entre la terre et le ciel. Avec aussi, des photos.
De Dunkerque à Douai, en passant par Lille, Cambrai, Béthune, Amiens, les griffes de l’auteure ont façonné sur le papier toutes la grandeur de ces édifices, certes, mais elles ont fait saigner de ces vieilles pierres tout le sang que peuvent contenir les gouffres des non-dits et les remparts de l’histoire des hommes.

Mais comment donc, Martine Dillies-Snaet, avez-vous en seulement 94 pages, transpiré autant de vérités, de détails architecturaux, de silences, de chagrins, de luttes des peuples ? Et tout cela sans lasser le lecteur ! Que du contraire !

A Arras, on lève la tête, contemplant cette tour gothique, on aperçoit le lion, on entend les canons, on entend les bombes. Et déjà les cloches sonnent, à Béthune…

Ce ne sont pas des tours, ce sont des hommes, ce sont des femmes. Ce ne sont pas des pierres, ce sont des mains. Ce sont des montagnes de chair immortelle.

On entend les prières, les pas des hommes, les rues commerçantes, les tempêtes, les carillons. On entend le claquement des drapeaux, qui hurlent les libertés.
On croise un corsaire et puis, juste avant d’éteindre les feux et les tambours de ces villes envoûtantes, on s’arrête juste là, à l’baraque à frites de Dany Boon !

Ce livre n’est pas un livre triste. C’est un livre vrai. Sur son autel, des poésies hautes, libres, et colorées.

Le plus souvent, les livres que je lis, je les donne, je leur offre une autre vie. Celui-ci, je le garde. Et si vous n’avez pas compris pourquoi…